LE DIRECT

Une parole dominante et quatorze candidats

2 min

Quatorze candidats et nous ne sommes qu’au mois de décembre. Leur multiplication devient un vrai symptôme. Sur les quatorze prétendants, une bonne dizaine n’a strictement aucune chance d’accéder à la Présidence, et la plupart n’atteindra pas les cinq pour cent, donc paiera très cher son tour de piste.

Présidentielle : les 13 candidats déclarés au 27 novembre 2011
Présidentielle : les 13 candidats déclarés au 27 novembre 2011

Or ils y vont.

Ils expliquent leur démarche avec des mots voisins : Ils disent que le temps de la présidentielle est un moment unique, le seul peut-être où on l’on peut se faire entendre. Même Jean-Louis Borloo, qui a renoncé à sa candidature, vient de publier un livre pour peser sur les débats. Pour secouer le cocotier, lui aussi.

Ils ont tous le même désir, de Christine Boutin à Jean-Luc Mélenchon ou à Corinne Lepage, celui de forcer une porte. Hormis les deux courants dominants, le PS et l’UMP, ils veulent faire sauter les lignes. Décadenacer un système barricadé. Marine Le Pen veut même faire croire que c’est son exclusivité, alors que ce discours est général. Cette revendication, elle s’élève dans la parole de tous les candidats qui, sauf séisme, ne deviendront pas président de la République.

Ils réclament une part de proportionnelle, pour desserrer les mâchoires du scrutin majoritaire, qui contraint à des alliances derrière le principal parti de droite ou de gauche, dont la pente naturelle est fatalement de caporaliser son camp.

Au fil du temps, la présidentielle est ainsi devenue la seule respiration. Une respiration tous les cinq ans, voilà comment s’oxygène la France. François Bayrou en sait quelque chose, lui qui vient de vivre un quinquennat d’apnée.

A cela s’ajoute un autre effet. Celui de la crise. Cette année, elle pousse le pouvoir sortant à décréter l’état d’urgence. Quasiment un état de guerre, où l’union nationale imposerait le silence dans les rangs. Ne pas dire qu’on songerait à renégocier un traité, ce qui serait une trahison, ne pas évoquer la perte du triple A, sous peine de la provoquer. Ne pas parler de la réforme des retraites ce qui serait un mensonge. Faire bloc derrière le père de la nation, et se taire.

Il y a donc l’effet du scrutin majoritaire, il contraint les petits à se ranger derrière les gros, et il y a l’effet de la crise, qui voudrait qu’on marche au pas. Une chape de plomb devrait donc s’abattre sur le débat quinquennal de la cinquième république, or c’est tout le contraire qui se produit cette année.

Les candidatures se multiplient, de droite à gauche. Il faut croire que la chape est vermoulue. Le prochain président va devoir la remplacer par une toiture moins hermétique. Le verrouillage à la française vit sans doute son dernier hiver. A partir du printemps, il va devoir ouvrir la porte aux courants minoritaires.

L'équipe
Production
Journaliste
Avec la collaboration de

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......