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Vincent Peillon ou le retour de Claude Allègre, par Frédéric Métézeau

3 min

Vincent Peillon, vous l'écrivez dans votre livre "Refondons l'Ecole" : "j'ai quelques convictions, un amour que certains jugent parfois étrange, presque excessif, de l'école". Votre CV en témoigne, agrégé de philosophie, professeur en école normale puis prof de philo en lycée, "monsieur éducation" d'un candidat qui a fait 80% des voix chez les enseignants, vous vous étiez préparé à votre poste comme un athlète au 110 mètres haies de sa vie. Mais vous butez sur la première haie : votre projet a réussi à retourner contre la gauche le cœur de son électorat. Pire que cela, des maires socialistes à Lille, Lyon, Tourcoing, Amiens, Strasbourg, Montpellier, Argenteuil ne sont pas sûrs d’appliquer les nouveaux rythmes scolaires dès septembre 2013 et le communiqué du parti socialiste hier est éloquent, il « renouvelle toute sa confiance aux élus locaux, aux enseignants et aux parents d’élèves, et les appelle à se mobiliser pleinement pour la réussite de cette réforme » . Bref, le PS prend acte que ses élus ne sont pas mobilisés pour défendre votre réforme.

Ajoutons l’ancien président de l’UNEF Bruno Julliard quittant votre cabinet en se disant « frappé par le conservatisme et le corporatisme des principaux syndicats enseignants », le genre de formule qui peut ruiner 6 mois de câlin-câlin avec les syndicats. Comment a-t-on pu en arriver là, alors même que la semaine de 4 jours instaurée par droite faisait l'unanimité contre elle et que votre prédecesseur avait déjà entamé une concertation pour l’abolir ? Bref, Vincent Peillon, comment avez-vous pu devenir le Claude Allègre du premier quinquennat socialiste, un problème pour les syndicats, pour votre parti, voire pour François Hollande ? Vous, le moine-soldat de l’école deviez donner 60.000 postes supplémentaires aux enseignants, vvous êtes aujourd’hui l’épouvantail de ceux que vous vouliez soulager et selon le député socialiste Jean-Christophe Cambadélis, "vous n'intègrez pas, en philosophe que vous êtes, cette psychologie de l'instituteur et du prof par rapport à l'école qui ne veulent pas partager le lieu du savoir avec des éducateurs" . Depuis deux jours, Le Monde et Libération pointent le conservatisme des syndicats enseignants - pas forcément rassurant quand on se souvient des louages des mêmes après la présentation du plan Juppé en 1995 - il ne s’agit pas ici de juger la nature de votre réforme, ni la méthode mais de pointer les incidences politiques du blocage. Si la réforme cale, c'en est fini de la refondation de l'Ecole à la mode Peillon. Le très politique François Hollande devra un jour se séparer de vous comme le très politique Jospin avait sacrifié son ami Claude Allègre. Mais vous n'êtes pas l'ami du président, et ce dernier aura d'autant moins de scrupules...

Frédéric Métézeau

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