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Georges Pompidou en 1969

1969, année exotique

4 min
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C'est l'idée à la mode dans les débats d'experts, les éditoriaux et les dîners en ville : l'élection de 2017 serait un décalque de 1969.

Georges Pompidou en 1969
Georges Pompidou en 1969 Crédits : - - AFP

1969 ? Le premier pas sur la lune, bien sûr, la chanson de Gainsbourg, assurément, mais aussi l'année qu’il faut absolument citer dans un débat d'experts ou dans un dîner en ville, quand la conversation en vient à la politique. "L’élection de 2017 ressemblera à celle de 1969", nous dit-on avec assurance. Pour mémoire, la présidentielle de 1969 fait suite au départ du Général de Gaulle. La gauche est éliminée dès le premier tour. Le second tour oppose Georges Pompidou à Alain Poher, le président centriste du Sénat.

Effectivement, s’il s’agit de comparer les époques, d’identifier des "concordances des temps", comme le dirait Jean-Noël Jeanneney, il n’y a pas pléthore d’exemples historiques pour la présidentielle de 2017. Tant elle paraît incertaine. Remontons un peu le temps :

- 2012 : victoire de la gauche. On peut hasarder que ce n’est pas le scénario le plus probable au printemps prochain.

-2007 : la continuité de la droite au pouvoir grâce à la rupture symbolique opérée par Nicolas Sarkozy.

- 2002 : la surprise FN au deuxième tour. En 2017, la surprise serait qu’il n’y figure pas.

- 1995 : la droite coupée en deux, entre chiraquiens et balladuriens. Elle est aujourd'hui globalement rassemblée.

- 1988 se joue sur fond de cohabitation.

- 1981 : la gauche prend sa revanche sur 1974. Dans les deux cas, un affrontement serré au 2ème tour.

Reste donc la présidentielle de 1969, qui semble a première vue correspondre davantage à 2017…

A première vue, car la gauche se trouve en miettes. La SFIO est à bout de souffle, après le départ de son dirigeant Guy Mollet, accusé d'avoir trop donné dans le compromis (tiens donc). En 1969, la candidature de la gauche modérée échoue à 5% au premier tour, incarnée par le duo Gaston Defferre-Pierre Mendès France : un prélude à la recomposition qui va suivre.

Si l’on extrapole encore un peu plus, l'élan est du côté de la gauche tribunicienne : le communiste Jacques Duclos est tout près de se qualifier au deuxième tour, ce qui rappelle la dynamique Mélenchon, comme le note avec raison l’historien Jean Garrigues.

Mais la comparaison s’arrête là, pour beaucoup de motifs. Retenons-en trois. D’abord, l’extrême-droite est inexistante dans ce scrutin de 1969. Il y avait eu Tixier-Vignancourt en 1965, il y aura Jean-Marie Le Pen en 1974, mais elle ne présente pas de candidat en 1969. Bien loin, donc, de la situation actuelle.

Autre différence : certes, les deux élections, 1969 et 2017, donnent l'impression d'un changement d'époque : dans un cas avec le départ du général de Gaulle ; dans l'autre avec la renonciation inédite d'un chef de l’État après un seul mandat. Mais le climat politique, la confiance dans les institutions n'ont pas grand-chose à voir. En témoignent les taux d'abstention ; aux législatives de 1968 il plafonne à 20%, contre 43% en 2012.

Enfin, bien loin des réseaux sociaux, la campagne se joue à l'époque via la télévision d’État, dont le ministre de l’Information reçoit chaque jour le menu du journal télévisé.

Alors pourquoi cette idée que l’élection 2017 sera un décalque de 1969, se propage-t-elle ?

C’eut été une question, Guillaume, à poser à vos invités psys d’hier ; mais tentons une hypothèse. Alors que chacun pressent le pire pour 2017, il y a sans doute la volonté de se raccrocher à quelque chose de connu, de rassurant : "on a déjà vécu ce type de scrutin et après tout la République est toujours debout". Même si l’on sait au fond de soi que le contexte n’a pas grand-chose à voir. Comparer 2017 à 1969, c'est se rassurer par l'illusion ; cela revient à rentrer chez soi alcoolisé en se disant que la voiture connaît la route.

Il est vrai, comme disait Pierre Dac, que "les prévisions sont difficiles, surtout quand elles concernent l'avenir". Les certitudes, les pronostics, les intuitions ont pris un coup de vieux avec le Brexit, l’élection de Trump et celle de François Fillon. Voilà peut-être d'où vient cette volonté de remplacer les anticipations divinatoires par des théorèmes empiriques. Quitte à se référer aux scrutins les plus baroques, comme cette présidentielle de 1969, année politiquement... exotique.

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