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Après l’épisode de la gifle, Emmanuel Macron appelle à relativiser et tente de reprendre le cours de son "tours de France".

Gifle à Emmanuel Macron : pourquoi ce n'est pas un tournant

4 min
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L'agression contre le chef de l'Etat, dans la Drôme, vient illustrer de manière spectaculaire la montée de la violence contre les responsables politiques et syndicaux.

Après l’épisode de la gifle, Emmanuel Macron appelle à relativiser et tente de reprendre le cours de son "tours de France".
Après l’épisode de la gifle, Emmanuel Macron appelle à relativiser et tente de reprendre le cours de son "tours de France". Crédits : PHILIPPE DESMAZES - AFP

On a beaucoup entendu, depuis 24 heures, que cette gifle constituait un "tournant", qu'il y avait "un avant et un après". Bien sûr, nul ne peut contester la dimension symbolique de cet acte, en plus de sa violence physique évidemment inacceptable. Mais dire qu'il s'agit d'un tournant, c'est oublier la lente montée en tension de la vie politique française ces dernières années.

En ce sens, c'est plutôt un aboutissement qu'un tournant. Car cette violence ne touche pas seulement le chef de l’État. Chaque échelon se voit menacé, frappé, humilié. Encore ce dimanche, le maire écologiste de Carrières, dans les Yvelines a porté plainte pour menaces et injures homophobes, subies dans l'exercice de ses fonctions. Près de Lyon, à Bron, le maire LR a été menacé plusieurs fois de décapitation, dans des graffitis sur les murs de sa ville. Des violences qui passent sous les radars médiatiques nationaux, mais qui corrodent l'engagement public.

Et la liste est longue...

On peut y inclure toute la cordée républicaine, les parlementaires, les ministres, les chefs de l'opposition. Jean-Luc Mélenchon a porté plainte après la vidéo d'un youtubeur d'extrême-droite qui simule l'exécution terroriste de militants de la France insoumise. La baffe d'hier n'est donc que l'épilogue de cette rage diffuse, ciblant cette fois le « premier de la cordée républicaine ». 

On observe que cette banalisation de la violence politique ne touche pas seulement les responsables politiques. Qui a oublié les images de la CGT, le syndicat attaqué le mois dernier à la fin d'une manifestation ? 

Les digues mentales sont-elles en train de céder ? En tout cas, l'idéal démocratique, celui de débattre pour ne pas se battre, lui, est mal en point.

Vers une désacralisation de la politique

La démocratie n'est certes pas une religion, mais bien une croyance partagée. En ce sens, les agressions contre les élus sont autant de blasphèmes. Blasphème démocratique : l'expression fut d'ailleurs utilisée à propos de l'invasion du Capitole par les partisans de Donald Trump. Il y avait en effet, dans cette enceinte du débat, quelque chose de la profanation.

Bien sûr, la violence politique n'est pas nouvelle. L'anarchisme à la fin du XIXème siècle, qui tua le président Sadi Carnot ; les Ligues des années 30, qui menacèrent le Palais Bourbon ; ou plus récemment, le militant d'extrême-droite qui voulait assassiner Jacques Chirac sur les Champs-Élysées... Tous ces échos historiques montrent que l'agression d'hier ne marque pas un tournant.

Le risque d'accroître les effets de bulles idéologiques

Elle provoque cela dit une rupture, à onze mois de la présidentielle. Une rupture car après cette gifle, comment imaginer l'an prochain une campagne de proximité ? 

Quel candidat se risquera à la rencontre fortuite et spontanée avec des citoyens ? L'on risque plutôt d'assister à un long huis-clos, déjà esquissé, d'ailleurs, par les risques sanitaires et terroristes. 

L'on verra de rares sorties médiatiques, protégées par les escouades des services d'ordre, et des prétendants, renfermés sur leurs fidèles, qui communiqueront essentiellement via les réseaux sociaux. Ce qui est physiquement moins dangereux. Mais avec le risque d'accroître encore un peu plus les effets de bulles idéologiques. Sur les réseaux, chacun réduit ses interactions numériques à ceux qui pensent comme soi-même.

D'où une perte d’altérité. Tous vos contacts sont férocement anti-Macron, ou anti-Mélenchon, ou anti-Le Pen... Le risque est grand de percevoir cet échantillon personnel comme une réalité. Et de tomber des nues, quand le candidat que vous détestez arrive en tête au premier tour, alors qu'autour de vous, personne n'a voté pour lui.

De ces bulles idéologiques, peut-on craindre déjà des contestations violentes, le soir des résultats électoraux ?

Frédéric Says

Chroniques

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