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Jean-Luc Mélenchon en meeting à Reims le 17 octobre 2021

À l'extrême-gauche, l'union ne fait pas la force

11 min
À retrouver dans l'émission

Devant 2000 militants réunis à Reims, Jean-Luc Mélenchon lance un nouveau mouvement qui s’appelle “l’Union Populaire” pour essayer d’élargir son assise électorale. Il appelle notamment les électeurs socialistes et écologistes à le rejoindre.

Jean-Luc Mélenchon en meeting à Reims le 17 octobre 2021
Jean-Luc Mélenchon en meeting à Reims le 17 octobre 2021 Crédits : François Nascimbeni - AFP

A six mois de l’élection présidentielle, Jean-Luc Mélenchon a tenu ce week-end, à Reims, son premier grand meeting de campagne. Et il a mis sur pied une nouvelle formation politique destinée à porter sa troisième candidature, formation qu’il a baptisée l’Union Populaire.

C’est devenu un systématisme chez Jean-Luc Mélenchon. Pour chaque élection présidentielle à laquelle il compte se présenter, il crée une formation politique. Ce fut le Front de Gauche pour sa première candidature en 2012, La France Insoumise cinq ans plus tard, en 2017, et ce sera donc l’Union populaire pour 2022.

Jean-Luc Mélenchon donne l'impression de s'adonner au jeu de l'ardoise magique. Le dessin sur l’ardoise ne lui plaît pas, il n’est pas comme il l’avait imaginé alors il l’efface et le recommence.

Nous voici donc au démarrage de cette phase qui s'appelle l'Union populaire. Les Insoumis maintiennent leur mouvement et se mettent tout entier au service de la cause de l'Union populaire qui peut dès lors rassembler toutes celles et tous ceux qui, peut-être, auraient été embarrassés de donner l'impression qu'ils rallient une organisation, le mouvement Insoumis, mais qui pourront trouver leur place dans cette Union populaire.

L’objectif est d’élargir sa base électorale, de rassembler, de fédérer autour de sa candidature. Pas les partis politiques, dit Jean-Luc Mélenchon puisqu’ils "ne veulent pas". Il en appelle donc à l’électorat, aux sympathisants, des autres forces de gauche concurrentes. 

Et il met en avant un certain nombre d’arguments pour les séduire : 

“Nous, on veut la retraite à 60 ans” a-t-il notamment indiqué rappelant au passage que François Hollande et les socialistes, en instaurant les 43 annuités de cotisations, avaient mécaniquement repoussé l’âge de départ. Il en avait aussi pour les sympathisants écologistes à qui il a promis de fermer tous les réacteurs nucléaires du pays, s’il est élu.

L'UDF de gauche

Et puis il a vertement critiqué, sans les nommer, les candidats PS et Europe Ecologie les Verts, Anne Hidalgo et Yannick Jadot, les accusant de vouloir constituer un “UDF de gauche”.

Là encore, c’est une constante chez Jean-Luc Mélenchon. Quand quelque chose ne lui convient pas, il le contourne, il enjambe la difficulté. Il n’arrive pas à s’entendre avec les partis politiques concurrents à gauche alors il en appelle à leurs électorats et il leur dit “votez pour moi”.

Il a fait la même chose avec les journalistes et les médias. Ce que disaient de lui les médias ne lui convenait pas alors lui et des proches ont créé leur propre média, qu’ils ont d’ailleurs baptisé “Le Media”, afin qu’on y raconte ce qu’ils avaient envie d’entendre.

Et il adopte sensiblement la même attitude avec les électeurs. Ceux qui votent ne votent pas pour lui ou pas suffisamment à son goût. Alors Mélenchon se tourne vers les abstentionnistes qu’il veut à tout prix inciter à se rendre aux urnes. Actuellement, il multiplie les déplacements dans les universités pour s'adresser aux jeunes. Malheureusement pour lui, cette stratégie du contournement n’a jusqu’ici pas vraiment porté ses fruits.

Jean-Luc Mélenchon est également à contre-courant de ce qui se fait habituellement à gauche en termes d’organisation partisane. A gauche, traditionnellement, se créent des partis politiques. Le parti socialiste. Le parti communiste. 

Le parti radical quand il fut créé au 19ème siècle se situait politiquement à l’extrême gauche. Europe Ecologie les Verts est également un parti politique au sens littéral avec des militants qui adhèrent et qui cotisent. La raison en est qu’à gauche, en théorie, c’est le collectif qui compte, et donc le parti, pas son leader.

Mélenchon dans les pas du Général de Gaulle

Jean-Luc Mélenchon rompt avec cette tradition. L’Union populaire qu’il vient de créer ressemble beaucoup plus à ce qui se fait habituellement à droite, à savoir un mouvement, un rassemblement autour d’un leader charismatique.

D’ailleurs, ça rappelle furieusement l’Union pour un Mouvement Populaire, l’UMP, créé en 2002 par Alain Juppé, au service de Jacques Chirac puis récupérée ensuite par Nicolas Sarkozy. Il s'agissait alors de fédérer des forces et des sensibilités politiques pas forcément toutes en phase les unes avec les autres.

Il y a donc là quelque chose qui s’inscrit dans une filiation gaullienne de la politique. En 1947, le Général de Gaulle crée le RPF, le Rassemblement du Peuple Français, avec l’intention de dépasser le système des partis politiques au profit d’un contact direct avec les Français.

On retrouve là ce que semble aujourd’hui ambitionner Jean-Luc Mélenchon. Et il y a une vraie contradiction entre cette forme d’adhésion à l’esprit de la Vème République et la volonté revendiquée de vouloir en sortir puisque Mélenchon a toujours dit vouloir créer une VIeme République.

En réalité, cette initiative montre surtout, en creux, qu’il est seul, qu’il n’a pas d’allié, qu'il n'a pas su fédérer autour de lui malgré son talent oratoire et malgré sa performance de 2017. Cette Union populaire s'apparente donc à une tentative un peu vaine, un peu désespérée, visant à rééditer l’exploit d'il y a 5 ans quand il avait su capter un grand nombre des voix de gauche dans un réflexe de vote utile.

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