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APB, symptôme d'un système en surchauffe par Marianne Rubinstein

4 min
À retrouver dans l'émission

Pour le livre |Emmanuel Macron, homme politique à cheval sur le XIXe et le XXIe siècle, face aux réalités d'un enseignement supérieur saturé.

Guillaume Erner : Marianne Rubinstein, vous allez nous expliquer ce matin en quoi Emmanuel Macron est à la fois un homme du XIXe siècle et du XXIe siècle.

Oui Guillaume Erner. Le mythe est un langage, écrivait Roland Barthes dans ses Mythologies. Un langage qu’il est intéressant de décrypter. Or, notre nouveau Président de la République, dans sa « mythologie » personnelle, est tout cela à la fois. D’un côté, le jeune homme balzacien, brillant, ambitieux, aimant la littérature, qui monte à Paris pour réussir. Et aussi le jeune homme romantique qui brave les interdits pour vivre son amour impossible avec sa professeure de français.

Guillaume Erner : Voilà pour le XIXe, mais pour le XXIe siècle ?

Eh bien c’est tout aussi évident. C’est un homme à l’aise avec la mondialisation et dont les compétences, y compris linguistiques, lui permettent de comprendre et de réussir dans le nouveau capitalisme, si différent du capitalisme industriel du XXe siècle. C’est aussi un homme qui maîtrise parfaitement les codes de la communication planétaire (comme on l’a vu avec ce message viral de réponse à Trump, Make our planet great again). Bref Emmanuel Macron a comme enjambé le XXe siècle, rendant obsolète du même coup la classe politique héritée du passé. Mais il n’est pas dit qu’en dépit de cet enjambement, le XXe siècle ne le rattrape pas à un moment ou à un autre.

Guillaume Erner : Un exemple ?

Vous n’ignorez pas que l’année prochaine, nous fêterons les 50 ans de mai 68. Or c’est justement des étudiants que je voudrais parler ici. Des étudiants et de ceux qui vont le devenir, les élèves de terminale qui viennent à peine de terminer les épreuves du bac et attendent les résultats. Pour eux, plus que le bac, c’est désormais APB, pour Admission Post Bac, qui compte. APB est l’algorithme qui, avant les résultats du bac, répartit les lycéens dans l’enseignement supérieur en fonction de leurs vœux et des places disponibles. Or, aujourd’hui, c’est APB qui cristallise les angoisses des lycéens et de leurs parents. Pourquoi ? Parce que le système est en surchauffe, et ce pour une raison simple : en dix ans, l’enseignement supérieur doit accueillir 350 000 étudiants en plus, ce qui est colossal.

Jusqu’alors, l’université jouait le rôle de voiture-balai du système — le baccalauréat, en tant que premier diplôme universitaire, donnant accès de droit à l’université. Ceux qui ne trouvaient pas de place ailleurs pouvaient donc toujours aller à l’Université. Et en dépit d’un taux élevé d’échec en licence, l’Etat se satisfaisait bon an mal an du système, car il permettait de gérer à moindre coût une jeunesse en mal d’accès à l’emploi. Mais avec cette démographie galopante, cela bouchonne partout, y compris à l’université. Cette année, c’est déjà extrêmement tendu. Dans toute la France, des milliers de lycéens ont passé le bac dans la plus grande angoisse, car n’ayant eu aucune affectation. Même leurs choix estampillés « pastilles vertes », c’est-à-dire supposés garantis, se sont retrouvés bloqués par l’afflux de candidatures. L’année prochaine et la suivante, ce sera pire encore puisqu’arriveront au bac les cohortes très nombreuses des 2000 et 2001, deux années de pic des naissances.

Guillaume Erner : Alors quoi faire ?

Durant la campagne, Emmanuel Macron a repris à son compte la proposition de la conférence des présidents d’Université, visant à mettre en place des pré-requis à l’entrée à l’université. Mais les syndicats étudiants y sont fermement opposés, y voyant une sélection déguisée à l’entrée. La route de la réforme est donc étroite : certes, le système peut et doit être amélioré, mais qu’est-il prévu pour accueillir ces 350 000 étudiants supplémentaires, au-delà de la sanctuarisation du budget des universités ? Héritage du XXe siècle, l’enseignement supérieur public en France n’est pas un marché, mais avant tout un droit garanti par la quasi-gratuité des études. Emmanuel Macron devra y être particulièrement attentif, dans un pays où un jeune sur trois a voté pour Jean-Luc Mélenchon au premier tour de l’élection présidentielle. D’autant que le succès et l’originalité de mai 68 fut d’opérer la jonction entre le monde étudiant et celui du travail, dont on ne sait pas encore comment il réagira aux réformes à venir.

Chroniques

8H19
18 min

L'Invité des Matins (2ème partie)

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