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Qui pour représenter la gauche de gouvernement en 2017 ? (Manuel Valls, François Hollande, Ségolène Royal le 1er juin 2016).

Au PS, casse-tête pour un casse-pipe

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Et si François Hollande n'y allait pas ? Au parti socialiste, les candidats potentiels regardent leurs chaussures...

Qui pour représenter la gauche de gouvernement en 2017 ? (Manuel Valls, François Hollande, Ségolène Royal le 1er juin 2016).
Qui pour représenter la gauche de gouvernement en 2017 ? (Manuel Valls, François Hollande, Ségolène Royal le 1er juin 2016). Crédits : Stéphane de Sakutin - AFP

Ils y pensent depuis leur plus tendre enfance. Ils y ont sacrifié leurs soirées, leurs week-ends, leur(s) famille(s). Ils ont sillonné les sections, arpenté les "fêtes de la rose", fait basculer des congrès. Ils se voyaient déjà en haut de l’affiche électorale, un dimanche du mois d’avril, prêts à enfiler le costume présidentiel. Mais depuis quelques temps, les ténors du PS ne semblent pas se bousculer pour concourir à l’élection suprême. Silence dans les rangs. Pas d’ambitions affichées, pas même de messages subliminaux comme celui de Nicolas Sarkozy en 2003 :

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Nicolas Sarkozy - Billet politique - pas simplement quand je me rase

Il est vrai, jusqu'ici, que le scénario était assez simple chez les jeunes loups socialistes : François Hollande était candidat à sa succession, il perdait et la vraie partie commençait ensuite. Mais depuis ce livre tant commenté où le chef de l’État alterne les bourdes et les vacheries, il n’est plus certain que le sortant se représente.

Alors qui pour se dévouer, pour aller au casse-pipe ? On entend les mouches voler… Cela ressemble au moment de l’élection du délégué de classe, quand il n’y a pas de candidat et que chacun regarde ses chaussures. Il faut lire Manuel Valls dans le Canard Enchainé : « Je risque de me retrouver à 10% et je serai mort pour la politique ». Le premier ministre, qui essaye quand même de se donner des allures de rassembleurs ces jours-ci, avait tout misé sur 2022.

Tenez-vous bien, la situation est si désespérée que les socialistes en arrivent à dire du bien… de Ségolène Royal. Les couloirs de la rue de Solférino bruissent de compliments empoisonnés, sur la stature, la popularité, le talent de Ségolène Royal. Ce sont d’ailleurs souvent les mêmes qui estimaient en 2007 au PS qu’elle constituait à peu près la onzième plaie d’Égypte. La ministre de l’Écologie n’est pas dupe, d’ailleurs, et pratique le tri sélectif des compliments intéressés.

Elle n’a pas plus envie d’aller au charbon : « Si c’était gagnable, on ne viendrait pas me chercher », explique-t-elle dans le Journal du Dimanche. Le même journal affirme que les frondeurs s’interrogent aussi pour la primaire : au sein de l’aile gauche, Marie-Noëlle Lienemann serait prête à retirer sa candidature à condition que Benoît Hamon en fasse de même. Dans le tableau socialiste, seul Arnaud Montebourg n’a pas de doutes, au moins officiellement.

On se frotte les yeux, on peine à y croire : au PS, la course à la présidentielle s’est souvent résumée par « pousse-toi de là que je m’y mette ». Aujourd’hui, c’est plutôt « après vous, et surtout ne poussez pas derrière ».

Comment l’expliquer ?

Il y a d’abord l'affaiblissement de tout ceux qui pouvaient incarner la relève. Affaiblissement méthodiquement organisé par François Hollande : Montebourg renvoyé, Valls ligoté, Royal isolée…

Ensuite, le bilan : même si des réformes de gauche ont été menées (compte pénibilité, tiers payant généralisé, augmentation des bourses étudiantes et du RSA), ce qui prédomine, c’est l’impression de gâchis : politique de l’offre non assumée, réforme du code du travail non annoncée, projet de déchéance de nationalité non concerté… Or au PS, tous les candidats potentiels sont co-responsables de ce bilan. De Benoît Hamon à Manuel Valls, aucun ténor ne peut s'exonérer totalement de ce qui s’est passé. A part peut-être Martine Aubry, toujours repliée sur sa mairie de Lille.

Plus globalement, chacun sent venir une défaite cinglante, un changement d’époque et nul ne veut incarner le visage de la rouste pour les livres d’Histoire. La rue de Solférino a fait le deuil d’un second tour. Le PS vise 18% au premier tour, pour que la déroute ne soit pas une débâcle.

On pense à François Mitterrand qui décrivait ainsi l’opiniâtreté nécessaire à un candidat : « Il faut 20 ans de souffrances, d’échecs et d’obsession. On a une chance de devenir président quand on y pense sans arrêt, y compris le matin en mettant ses chaussettes ». Aujourd’hui, la présidentielle, c’est plutôt quand ils prennent une veste que les socialistes y pensent.

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Profs, Policiers : le malaise des “urgentistes” de la République
Intervenants
  • auteur du Billet politique de France Culture, journaliste au service politique de la rédaction
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