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Barack Obama, Vladimir Poutine et Hervé Mariton (montage)

Barack Obama, Vladimir Poutine et Hervé Mariton

4 min
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Quelle relation avec Moscou ? La question divise la droite. Et au-delà.

Barack Obama, Vladimir Poutine et Hervé Mariton (montage)
Barack Obama, Vladimir Poutine et Hervé Mariton (montage) Crédits : Cheriss May / Ivan Sekretarev / Joël Saget - AFP

Hervé Mariton, presque candidat à la primaire de droite (recalé faute de parrainages), a annoncé hier qu’il soutiendrait Alain Juppé. Une actualité assez secondaire, me direz-vous, et on sera d’accord sur ce point.

Mais ce qui est intéressant chez Hervé Mariton, c’est son argumentaire pour justifier son ralliement à Alain Juppé - et pas à François Fillon dont il est pourtant plus proche sur de nombreuses questions. Écoutez l’un des arguments employés par Hervé Mariton (hier sur France Inter avec Léa Salamé) :

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12 sec
Invite de 7h50 - H. Mariton et "l'alignement" sur Poutine - Billet politique 1

François Fillon est trop pro-Russe, nous dit en substance Hervé Mariton. A quoi fait-il donc allusion ? A la proposition de François Fillon de revoir les alliances. Faire de la Russie un interlocuteur respectable. Le vrai ennemi, explique Fillon, c’est Daesh, pas Moscou.

Et s’il y avait sur ce point une ligne de clivage plus profonde qu’on ne le croit au sein de la droite française ?

Globalement, entre les sept candidats à la primaire, il n'y a pas de différences majeures sur l’économie (baisses d’impôts et coupes dans les effectifs de fonctionnaires), pas de différences irréconciliables sur les questions sociétales (personne ne promet plus de démarier les couples homosexuels)… Non, la vraie ligne de partage, la plus intense, presque la plus philosophique, a trait aux questions internationales. Et en particulier au rapport à la Russie de Vladimir Poutine.

La conviction de François Fillon est assez simple : il faut dialoguer à nouveau avec la Russie, s'ouvrir, établir un nouveau partenariat. Une position différente de celle de Nicolas Sarkozy. Écoutez cette archive : c’est la première déclaration de politique internationale du président Sarkozy, en 2007, lors de la conférence des ambassadeurs français :

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9 sec
La Russie et la "brutalité" - N. Sarkozy - Billet politique 2

Une position que Nicolas Sarkozy a parfois infléchi. Par exemple, il y a deux ans, il mettait en garde contre une « nouvelle guerre froide ». Il demandait aussi la livraison des navires mistral, bloquée par la France, à Moscou.

Un rapprochement avec le Kremlin ? Très peu pour Alain Juppé. Notamment sur la question syrienne, où Moscou soutient Bachar Al Assad. Selon Juppé, « il y a des moments où il faut dire « stop, on n’est pas d’accord ».

Hervé Mariton, au travers d’une petite phrase, met donc le doigt sur l’un des clivages les plus forts à droite, sur un thème majeur, les alliances internationales. Clivage peu relevée ces derniers temps. Il est vrai qu’on était occupés à débattre des Gaulois...

Cet attrait pour la Russie n’est d’ailleurs pas isolé parmi les responsables politiques…

Dans la classe politique française, la Russie trouve des amis, des alliés, ou des avocats de circonstance. D’abord au Front National, bien sûr. Au FN, la doctrine hostile à l’OTAN, aux États-Unis et au "mondialisme" se conjugue parfaitement avec les subsides fournis par les banques proches du Kremlin.

Le clivage pro ou anti-russe traverse aussi la gauche. La Russie trouve des défenseurs avec Jean-Luc Mélenchon et Jean-Pierre Chevènement. Au nom de l’indépendance de la France vis-à-vis des États-Unis, tous deux se sont élevés contre les sanctions économiques de l’Union européenne contre Moscou.

Si la présidence Hollande s’est traduite par une hostilité constante, sur fond de crise ukrainienne, d’embargo agricole, le président français a tout de même revu sa position l’an dernier sur la question syrienne, en mettant fin au "ni-ni" (ni Daesh, ni Bachar). Se rapprochant, de fait, de la position russe.

Cette inflexion traduit un doute plus global sur les alliances de la France. D’abord parce que la relation avec notre allié américain s’est distendue sur ces quinze dernières années.

Washington fut considéré par la France comme trop dur sur l’Irak, en 2003, époque Villepin... Et trop mou sur la Syrie, en 2013, époque Hollande. Le président français, en privé, ne manque d’ailleurs pas une occasion de le répéter : il était prêt à frapper Bachar Al Assad, à l’été 2013, suite à l’utilisation d’armes chimiques, et il regrette la "passivité" (c'est son mot) de Barack Obama. Pendant ce temps, Vladimir Poutine avançait ses pions dans la région et se réinvitait dans le jeu avec succès.

A droite, la fascination russe répond aussi peut-être à l’imaginaire bonapartiste, du leader puissant et incontesté. Il n’est pas exclu que certains candidats fassent une sorte de transfert.

Le 7 mai 2017, nous élirons un président. C'est-à-dire, sous la Vème république, un chef des armées et un chef de la diplomatie (le fameux « domaine réservé »). Le débat est donc essentiel : quel positionnement pour la France ? Où se placer entre le locataire de la Maison Blanche et celui du Kremlin ?

Et ce débat, qui l’eut cru... c’est peut-être Hervé Mariton qui l’aura provoqué.

Frédéric Says

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