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Benoît Hamon, le 7 avril à Chateau-Chinon.

Benoît Hamon est-il fait pour la Vème république ?

7 min
À retrouver dans l'émission

Autrement dit, la "monarchie présidentielle" tolère-t-elle un candidat qui ne veut pas être l'homme providentiel ?

Benoît Hamon, le 7 avril à Chateau-Chinon.
Benoît Hamon, le 7 avril à Chateau-Chinon. Crédits : Jeff Pacoud - AFP

Que s'est-il passé pour le candidat socialiste, désormais crédité par les études d'opinion d'un score à un chiffre ?

Il avait a priori tout pour lui. La légitimité d'une primaire à deux millions de votants. La juste distance avec l'impopulaire quinquennat sortant. Une dynamique d'union, grâce au ralliement des écologistes.

Mais la campagne n'a pas pris et Benoît Hamon a emprunté le toboggan des sondages. Qui alimente les lâchages politiques. Qui eux-mêmes accentuent la chute dans les sondages, et ainsi de suite.

Certes, il reste deux semaines et rien n'est gravé dans le marbre. Mais il n'est pas interdit de se poser la question : qu'est-ce qui a raté ?

Ce n'est pas que la campagne ait été trop abstraite ou trop déconnectée. Au contraire, les thématiques de la transition écologique, de la santé, des inégalités portées par Benoît Hamon peuvent difficilement être plus concrètes. Non, il s'agit me semble-t-il d'autre chose. Si l'on observe le détail des études d'opinion, une faiblesse se distingue : le manque de stature présidentielle. Comment l'expliquer ?

Jusqu'ici, Benoît Hamon a cherché à se différencier des codes classiques d'une campagne présidentielle sous la Vème république. Dans cette élection du "monarque républicain", il est généralement recommandé d'adopter la posture de sauveur. D'employer le pronom « je », plutôt que "nous". D'emprunter la rhétorique de l'homme ou de la femme providentiel(le). Or, écoutons Benoît Hamon :

"Je ne suis pas l'homme providentiel (...) Je ne crois plus du tout dans cette forme d'immaturité qui consiste à proposer un guide au peuple. Je crois dans l'intelligence collective." (le 5 février 2017)

Autre règle : il est recommandé d'afficher sa force, de nier ses faiblesses, de dissimuler ses trous d'airs, au besoin jusqu'à la méthode Coué. C'est tout l'inverse quand Benoît Hamon, au milieu du JT de France 2, supplie (face caméra) les électeurs de gauche de ne pas l'abandonner :

"C'est une folie de faire cela. Je le dis aux électeurs de gauche : ne faites pas ce choix-là, votez pour, plutôt que de voter par défaut, par élimination". (Le 26 mars 2017)

Troisième loi d'airain des campagnes présidentielles : ne JAMAIS répondre aux journalistes qui vous demandent pour qui vous voterez au deuxième tour si vous êtes éliminé (d'ailleurs, vous avez remarqué, personne ne répond jamais à cette question). Outre la crainte superstitieuse, ce serait avouer ses doutes, démobiliser ses partisans, laisser transparaître qu'on n'y croit qu'à moitié. Petits exemples de ce mutisme avec François Fillon cette année (sur Radio Classique) et Eva Joly (sur RTL) en 2012 :

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23 sec
"Pour qui voterez-vous au second tour ?" François Fillon et Eva Joly refusent de répondre à la question

Une rare exception : devinez qui ? Benoît Hamon chez Laurent Ruquier samedi dernier :

Hamon : - "Je vais vous répondre franchement : Mélenchon". Ruquier : - "J'ai ma réponse !"

La réponse a le mérite d'être franche, rafraîchissante par son absence de langue de bois. Mais elle a immédiatement suscité des dizaines d'articles, de dépêches, où l'on a l'impression que le candidat du PS a quasiment renoncé à porter son fameux « futur désirable ».

Le futur, justement... Est-ce que Benoît Hamon ne met pas trop en avant le long terme ?

La fin du nucléaire pour 2040, le revenu universel dans sa version complète pour les quinquennats suivants... C'est effectivement l'une de ses forces programmatiques, mais aussi l'une de ses faiblesses politiques. A force de parler d'après-demain, le candidat donne l'impression d'oublier l'immédiat, demain, ces prochains mois.

Une élection présidentielle est un mélange de vision lointaine et de propositions de court terme, parfois symboliques. François Hollande a pris un avantage très net grâce à la taxe à 75%. De même pour Nicolas Sarkozy grâce au ministère de l'Immigration et de l'identité nationale. Deux mesures qui ont fait long feu, mais qui ont polarisé les votes.

D'ailleurs, Benoît Hamon a tenté d'y remédier. Il a convoqué hier en urgence une conférence de presse pour "détailler les six premiers mois de son mandat". Il était temps à moins de deux semaines du premier tour.

Coincé entre la verve chaviste d'un Jean-Luc Mélenchon, héros de son propre jeu vidéo, et la verticalité christique d'Emmanuel Macron, qui donne ses initiales à son parti, Benoît Hamon a sans doute été trop modeste, trop horizontal. La Vème république tolère-t-elle un candidat qui ne lui fait pas la cour en bandant les muscles ? Favorise-t-elle un impétrant qui affirme ne pas avoir réponse à tout ? Pas sûr, et on peut le regretter. Le problème n'est pas que Benoît Hamon n'était pas le bon candidat pour cette élection... mais davantage que ce n'était pas la bonne élection pour ce candidat.

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