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Bernard Tapie et Jean-Marie Le Pen sur le plateau de TF1 le 8 décembre 1989

Bernard Tapie, farouchement anti-Front national

5 min
À retrouver dans l'émission

L'engagement politique de Bernard Tapie fut marqué par l'aversion profonde qu'il vouait à Jean-Marie Le Pen et au Front national. En 1992, lors d'un meeting, il s'en était pris aux électeurs du FN qu'il avait traité de "salauds".

Bernard Tapie et Jean-Marie Le Pen sur le plateau de TF1 le 8 décembre 1989
Bernard Tapie et Jean-Marie Le Pen sur le plateau de TF1 le 8 décembre 1989 Crédits : Jean-Pierre MULLER - AFP

Bernard Tapie s'est imposé brutalement dans le paysage politique français à la faveur d'un débat, face à Jean-Marie Le Pen, organisé le 8 décembre 1989. 

À l'origine, l'émission doit accueillir les responsables les plus en vues des principaux partis de l'époque, PS, PCF, RPR, UDF. Mais tous, quand ils apprennent qu'ils auront face à eux le président du Front national, se désistent. Bernard Tapie, lui, fait savoir qu'il est intéressé. Résultat, l'homme d'affaires mouche, en direct, sur le plateau de TF1, celui qui fait peur à tout le monde :

- Le Pen : vous êtes un matamore, vous êtes un tartarin, un bluffeur. - Tapie : c'est pas parce que vous avez une grande gueule et que vous criez que vous arrivez... - Le Pen : mais soyez poli monsieur... - Tapie : mais je ne peux pas être poli avec vous. - Le Pen : vous êtes sorti des bas-fonds... - Tapie : oui. oui. la seule différence, c'est que ce n'est pas parce que vous affirmez fort quelque chose que ce que vous dîtes est vrai. Parce que vous dîtes n'importe quoi.

A l'époque, Bernard Tapie est depuis peu engagé en politique. Il a décidé de se lancer deux ans et demi plus tôt, en 1987. 

Mais ce n'est pas, spontanément, en direction de la gauche qu'il se tourne. Il se voit en homme de droite et contacte le RPR. Jacques Toubon, alors secrétaire général du parti fondé par Jacques Chirac, confirme avoir engagé des discussions. Pour autant, malgré le soutien de Charles Pasqua, le parti refuse de l'investir dans la circonscription qu'il réclame en vue des législatives à Marseille.

La gauche se dit alors qu'il y a peut être quelque chose à faire avec ce chef d'entreprise charismatique. Sur les conseils du publicitaire, Jacques Séguéla, François Mitterrand rencontre Tapie à la fin de l'année 1987. Ce qui débouche sur son investiture par le Parti Socialiste dans la 6ème circonscription des Bouches-du-Rhône. Mais ce n'est pas un cadeau qu'on lui fait là. Cette circonscription est ancrée à droite et considérée comme imprenable.

Et de fait, Bernard Tapie est battu par le candidat RPR, Guy Teissier, mais de très peu. Et l'élection est annulée quelques mois plus tard en raison d'une affaire de procurations douteuses. Et en janvier 1989, à la surprise générale, Bernard Tapie l'emporte. François Mitterrand se déclare alors épaté par la performance. Ensuite, il y a ce fameux débat face à Jean-Marie Le Pen, fin 1989, à la suite duquel Tapie devient une star de la politique.

Bernard Tapie fait du combat contre le FN sa marque de fabrique

Bernard Tapie devient l'arme anti-FN de François Mitterrand. En 1992, investi tête de liste aux élections régionales en PACA, il se rend dans un meeting du Front national à Orange. Bruno Gollnish apprend que Bernard Tapie est dans la salle et lui propose de venir s'exprimer à la tribune. 

Celui-ci s'exécute et il fait un discours qui surprend tout le monde : "Les immigrés, dit-il, il faut tous les mettre dans des bateaux". Il est acclamé par la salle. Et "quand ils sont assez loin, on les coule". Nouvelles acclamations. Bernard Tapie change alors de ton : "J'ai parlé d'un massacre, d'un génocide, les sermonne-t-il, et vous avez applaudi. Demain matin, quand vous vous regarderez dans la glace, gerbez-vous dessus". 

Un peu plus tard dans la campagne, lors d'un autre meeting, cette fois devant ses partisans, il s'en prend une nouvelle fois violemment aux électeurs du Front national :

C'est parce qu'on déculpabilise ceux qui se trouvent une bonne raison qu'on a un Front national si fort. Car si Le Pen est un salaud, ceux qui votent pour eux (lui) sont des salauds.

Cette aversion pour le FN et ses électeurs est viscérale. Toute sa vie, il répétera qu'il les abhorre,  comme ce jour d'octobre 2014 où Bernard Tapie est l'invité d'Audrey Pulvar sur ITélé. Elle lui demande ce qu'il pense des électeurs du Front national qui ont élu Marine Le Pen à la tête du parti :

Ce que je dirais des électeurs (du FN), c'est qu'ils sont stupides. Penser, à un moment donné, qu'on peut sortir de l'Europe, qu'on peut revenir au franc. On serait, en l'espace de trois semaines, quasiment en faillite. Donc, comme les gens le savent, je me dis : pourquoi ils continuent quand même de s'enthousiasmer ? Je pense que c'est par défaut.

À ce moment-là, en 2014, Tapie a quitté la politique depuis longtemps. Mais vingt ans plus tôt, en 1992, sa croisade anti-FN lui vaut les louanges de François Mitterrand. Au point que celui-ci, à la faveur du remaniement qui le fait remplacer Edith Cresson par Pierre Bérégovoy, propulse Bernard Tapie ministre de la ville. Il est jeune, brillant, tout lui réussit et il est un porte-étendard bienvenu qui redore un peu le blason de la Mitterrandie finissante empêtrée dans l'affaire Urba et dans l'affaire du sang contaminé.

Mais ministre, il ne le reste pas longtemps. Car lui aussi est rattrapé par la justice et contraint de démissionner quelques mois après avoir été nommé. De retour au gouvernement à la faveur d'un non-lieu, fin 1992, il rend définitivement son portefeuille ministériel trois mois plus tard après la cuisante défaite du PS aux législatives de mars 1993.

Bernard Tapie contre Michel Rocard

Ensuite, Bernard Tapie rompt avec le PS et passe au PRG, le Parti radical de gauche. Il n'était pas apprécié par les cadres socialistes qui considéraient ce trublion bousculant tout sur son passage comme n'étant pas du sérail. Mais Bernard Tapie va encore une fois servir le dessein de François Mitterrand contre son ennemi de toujours au PS, Michel Rocard. Tapie, discrètement soutenu par le président, se présente sous l'étiquette "Energie Radicale" contre Rocard aux européennes et il lui fait volontiers la leçon :

S'il (Rocard) veut être un jour président de la République, il va falloir qu'il comprenne que pour être à gauche, faut être à gauche. Il faut l'annoncer, il faut le clamer. Ca se mérite, ça se décrète pas.

Résultat de l'élection, Tapie fait jeu égal avec Rocard. C'est un très mauvais score pour le PS ce qui torpille la candidature de Michel Rocard à la présidentielle de 1995. Après quoi, encore une fois rattrapé par la justice, Bernard Tapie quitte définitivement la politique. 

Il incarnat, avant l'heure, cette société civile au contact de laquelle le monde politique essaie aujourd'hui de se réinventer et de retrouver fraicheur et dynamisme. Il fut aussi l'un des rares exemples de réussite d'un homme issu des classes populaires, d'un "petit gars des bas-fonds" comme il se qualifiait lui-même, fils d'un père ouvrier-ajusteur et d'une mère aide-soignante. En 1996, cependant, juste avant de rendre son tablier, il émit quelque regret sur son engagement. "La politique a causé ma perte" déclara-t-il laconiquement au journal Libération.

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