LE DIRECT
"Notre pays a atteint une sorte de tolérance fiscale zéro" a lancé Edouard Philippe, hier à Paris, lors de la restitution du Grand débat national.

Calculs politiques et calculette budgétaire

4 min
À retrouver dans l'émission

Quelles réponses fiscales du gouvernement, après le Grand débat national ?

"Notre pays a atteint une sorte de tolérance fiscale zéro" a lancé Edouard Philippe, hier à Paris, lors de la restitution du Grand débat national.
"Notre pays a atteint une sorte de tolérance fiscale zéro" a lancé Edouard Philippe, hier à Paris, lors de la restitution du Grand débat national. Crédits : Fred Tanneau - AFP

« Plus fort et plus vite » : ce n'est pas le slogan des prochains Jeux olympiques à Paris. Mais c'est la consigne que retient le gouvernement du bilan du grand débat national. Voici ce qu'en a dit Edouard Philippe hier à Paris :

"Notre pays a atteint aujourd'hui une sorte de tolérance fiscale zéro. Les débats nous indiquent, je crois, clairement la direction à prendre : nous devons baisser, et baisser plus vite, les impôts."

Un "état d'urgence fiscal" en quelque sorte. Le mouvement des gilets jaunes a commencé en réaction à une hausse de fiscalité, il ne serait pas absurde d'en sortir avec une baisse de fiscalité. 

Certes. Mais une fois qu'on a dit cela, quels gestes l'exécutif peut-il consentir ? Le New York Times résume la complexité de l'équation : "la France veut moins d'impôt, mais pas moins de services publics".

Par ailleurs, les contraintes sont robustes : le gouvernement s'est engagé à réduire la dette, à diminuer le déficit sous les 3%. Tout cela avec une croissance que même les observateurs les plus cléments qualifieront de "modeste". 

Dès lors, sauf à changer complètement de paradigme, les mannes à distribuer sont assez fluettes. En termes plus triviaux : comment repartir des miettes ? 

Quelques propositions ont émergé du grand débat national... Mais elles se heurtent vite à des limites.

Un exemple : la TVA à 0% sur les produits de première nécessité. A première vue, qui peut être contre ? Pourtant, ce serait prendre le risque que les distributeurs se mettent dans la poche cette baisse de taxe. Il y a un précédent en la matière : la réduction de la TVA sur la restauration, sous Jacques Chirac. Aucune étude à ce jour n'a prouvé une quelconque baisse globale des prix. 

Autre proposition entendue dans les débats : faire payer un impôt sur le revenu à tous. Même par les plus pauvres, quitte à se limiter à une somme symbolique, afin de renforcer l'idée de solidarité et de cohésion. Moralement, sans doute est-ce déjà plus discutable. Et du point de vue des finances publiques, c'est un non-sens. Aller collecter quelques centimes ou quelques euros d'impôt chez les bénéficiaires du RSA, cela coûterait plus cher en procédures et en contrôles que ça ne rapporterait. 

"Morceau avalé n'a plus de goût"

Dès lors, pourquoi ne pas baisser l'impôt pour toutes les tranches ? Possible, mais sauf à creuser le déficit, cela se traduirait par des baisses minimes pour chaque contribuable - et très coûteuses pour le budget global. 

Autre piste avancée : supprimer la redevance ? Se dressent plusieurs obstacles : cela mettrait en danger l'indépendance de l'audiovisuel public. Et ce serait, politiquement, un "fusil à un coup". Un impôt qui baisse, cela se voit ; un impôt qui disparaît, cela s'oublie. 

Ce que le ministre des comptes publics, Gérald Darmanin, a l'habitude de résumer par la formule suivante : « Morceau avalé n'a plus de goût ». Métaphore de l'ingratitude du contribuable. Un exemple historique : la suppression par Lionel Jospin de la vignette automobile, à quelques mois de la présidentielle de 2002 : on ne peut pas dire que les électeurs lui en surent gré. Jack Lang ici présent pourrait en témoigner. 

Rétablir l'ISF, alors ? Ce serait conforme à l'esprit du grand débat, mais pas à la lettre d'Emmanuel Macron. Souvenez-vous, dans cette missive envoyée aux Français au début de l'exercice, le président excluait ce reniement. 

Pourquoi pas un big bang fiscal ?

L'idée revient régulièrement : une remise à plat totale de toutes les tranches et de toutes les niches. Pourquoi pas, mais un tel big bang crée forcément des "gagnants" et des "perdants". Or, les seconds font plus de bruit que les premiers. On a rarement vu des hashtags sur les réseaux sociaux pour fédérer les contribuables radieux de payer moins. 

In fine, cela donnerait l'impression à une partie des Français que le seul bilan du grand débat national est... un prélèvement supplémentaire. Autant verser un grand bidon d'huile sur le brasier. 

Une fois tout cela passé en revue, il convient tout de même de s'interroger : une baisse des impôts, est-ce vraiment le sens profond de l'épisode historique que la France vient de vivre ? Ou bien l'exécutif fait-il le choix de n'en retenir que ce qui est compatible avec son soubassement idéologique ? 

Avant la crise des gilets jaunes, le gouvernement nous disait : « il faut baisser les impôts et la dépense publique ». Après les gilets jaunes, il nous dit : « il faut baisser les impôts et la dépense publique ». 

Et si Emmanuel Macron, dont le nom fut conspué sur les ronds-points, se servait finalement du grand débat pour imposer davantage de macronisme ? 

Comme s'il saisissait la perche pour franchir l'obstacle : plus haut, plus vite, plus fort.

Frédéric Says

Chroniques

8H19
24 min

L'Invité des Matins (2ème partie)

Jack Lang : "L'art et la culture doivent être proclamés à l'école !"
L'équipe
Production

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......