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Eric Zemmour en meeting à Nice le 18 septembre 2021

Ce que disent et ne disent pas les sondages sur le phénomène Zemmour

5 min
À retrouver dans l'émission

Les sondages qui placent Eric Zemmour au coude à coude avec Marine Le Pen à six mois de la présidentielle montrent que le polémiste bénéficie d'un engouement populaire et médiatique. Le phénomène connaitra-t-il un débouché politique dans les mois à venir ? On peut en douter pour plusieurs raisons.

Eric Zemmour en meeting à Nice le 18 septembre 2021
Eric Zemmour en meeting à Nice le 18 septembre 2021 Crédits : Valérie HACHE - AFP

On ne dira jamais assez qu’il faut regarder les sondages avec prudence et nous en avons une illustration concrète avec deux enquêtes récentes sur l’élection présidentielle.

Toutes les deux sont parues le même jour, vendredi. L’une réalisée par l’institut Opinion Way pour le journal Les Echos, l’autre réalisée par l’institut IPSOS et le CEVIPOF (le centre de recherches de Sciences Po) pour le journal Le Monde.

La première, celle d’Opinion Way, place Eric Zemmour à 13% d’intentions de vote, assez loin derrière Marine Le Pen à 18%. Mais de cette enquête, il fut très peu question dans les médias. On a beaucoup plus entendu parler de l’autre sondage, celui d’IPSOS pour le journal Le Monde.

Car ce sondage place Eric Zemmour - qualifié pour le second tour à 16% - devant Marine Le Pen reléguée juste derrière à 15%. Il en a beaucoup plus été question parce qu’il donne l’impression que les cartes sont rebattues alors qu’en réalité ce n’est pas forcément le cas, ou pas complètement.

En tout cas, on voit bien avec ces deux enquêtes combien les écarts peuvent être importants et combien il est aventureux, voire imprudent, d’en tirer quelque enseignement sur ce qui pourrait se passer dans les urnes six mois plus tard. 

Un sondage n’est pas un outil prédictif du vote

La sincérité des sondages dépend en partie de l'intérêt pour l’élection présidentielle. Dans l’enquête publiée vendredi, Opinion Way a posé la question aux personnes qu’il a sondées : “vous intéressez-vous à cette élection ? Ou bien pas encore ?”. Résultat, 50% des personnes interrogées répondent qu’elles ne s’y intéressent pas ou pas encore.

Nous voyons là qu’il y a un problème. Comment prendre en compte l’intention de vote de personnes qui déclarent ne pas s’intéresser au scrutin sur lequel on leur demande de se prononcer ?

Au-delà de cette simple enquête, le phénomène d’intérêt ou de désintérêt pour une élection constitue sans doute l’une des grandes difficultés auxquelles sont confrontés les instituts de sondage. Car leurs échantillons sont biaisés, déformés et cela tient à la manière dont sont réalisées les enquêtes.

Elles sont effectuées sur internet ; les personnes sollicitées ont le droit d’y répondre ou de ne pas y répondre. Ne répondent donc que ceux qui se sentent concernés, qui s’intéressent au sujet sur lequel porte le questionnaire qui leur est soumis.

Or sur l’ensemble des français, seul un faible pourcentage s’intéresse de façon permanente à l’actualité politique. C'est quelques % de la population sont ceux qui, pour la plupart, répondent aux sondages lorsqu’ils sont sollicités. Pas les autres.

C’est donc sur une fraction extrêmement réduite que sont actuellement réalisés les sondages politiques. Ce que pense la très grande majorité des français reste dans l’ombre. Cette majorité silencieuse et invisible ne s’intéressera au scrutin, ne se politisera, que quelques semaines avant l’élection présidentielle.

C’est d’ailleurs ce qui explique l’inversion des courbes entre Chirac et Balladur en février 1995. C’est à ce moment-là que les classes populaires entrent dans l’élection et se politisent et c’est à ce moment-là que se forge l’opinion, que se fait l’élection.

Ce n’est pas que les sondages se sont trompés auparavant. Ils étaient sans doute juste. Mais ils mesuraient ce que pensait une petite fraction de la population, celle qui s’intéresse de façon continue à l’actualité politique. Voilà pourquoi, aujourd’hui encore, il faut lire avec beaucoup de prudence les enquêtes portant sur l’élection présidentielle.

Il se passe quelque chose autour d'Eric Zemmour

Concernant Eric Zemmour, on ne peut pas nier qu’il se passe quelque chose. Il remplit des salles de 2 ou 3 000 personnes. Il vend son livre par dizaines de milliers d'exemplaires. Il y a certes un emballement médiatique et on peut s’interroger sur la manière dont le phénomène Zemmour se nourrit de cet emballement. 

Il n’empêche que ce que dit Zemmour résonne dans une partie de l’opinion, contrairement à ce que peuvent dire par exemple Florian Philippot ou François Asselineau, tous deux également radicaux dans leurs propositions et, eux, candidats déclarés à l’élection présidentielle. 

Cela tient d’abord au fait qu’il n’est pas un professionnel de la politique. Les responsables politiques aujourd’hui sont discrédités car perçus comme agissant avant tout pour leur intérêt personnel. Ce n’est pas le cas d’Eric Zemmour. On ne perçoit pas son ambition ou son intérêt derrière son discours. Cela changera certainement le jour où il se déclarera candidat, s’il se déclare.

Ensuite, ce qu’il dit résonne dans une partie de l’opinion notamment sur l’immigration parce que ça fait écho à des craintes qui traversent la société française. Une récente étude de l'institut Polling Vox pour la Revue politique et parlementaire montre qu'une des grandes craintes collectives actuelles est que des millions de personnes franchissent la Méditerranée dans les années à venir à cause du réchauffement climatique.

Mais il y a une différence entre ce que disent les personnes qui se déclarent séduites aujourd’hui par Eric Zemmour et ce qu’elles feront demain au moment du vote. Parce qu’à mesure qu’on approchera du scrutin, elles prendront conscience de la conséquence de leur vote.

Si quelqu’un dit aujourd’hui qu’il votera Zemmour, ça relève du fantasme. Ca n’a pas de conséquence. Zemmour n’est même pas candidat. Mais ça changera à l’approche du scrutin, s’il est candidat, parce qu’alors sera pris en compte son projet pour la société française.

Les électeurs se demanderont : Que se passera-t-il si je vote Zemmour ? Que se passera-t-il si Zemmour est élu ? Est-ce qu’il sera en mesure de préserver ma pension de retraite ? De faire fonctionner le système de santé ? L’économie ? De lutter contre le chômage ? Et surtout, est-ce qu’il en est capable ?. Et sur cet aspect, il y aura des doutes et des craintes.

Car Éric Zemmour bénéficie aujourd’hui de ce qui le desservira peut-être, sans doute, demain. A savoir qu’il n’est pas un professionnel de la politique. Il ne connaît pas les rouages de l’Etat. Il ne sait pas conduire un pays. 

Or en France, on investit tellement dans le président de la République, il a tellement de pouvoirs, que les électeurs ne confient pas les clefs du camion à quelqu’un qui n’a pas, au moins un peu, appris à conduire.

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