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Richard Ferrand, ex-député PS, a été l'un des premiers parlementaires à rejoindre Emmanuel Macron.

Ce que dit le recasage de Richard Ferrand du "manager" Emmanuel Macron

3 min
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Le ministre chargé de la Cohésion des territoires, visé par une enquête préliminaire, va prendre la tête du groupe parlementaire de La République en Marche.

Richard Ferrand, ex-député PS, a été l'un des premiers parlementaires à rejoindre Emmanuel Macron.
Richard Ferrand, ex-député PS, a été l'un des premiers parlementaires à rejoindre Emmanuel Macron. Crédits : Fred Tanneau - AFP

Convoquons les anglicismes, à la manière du lexique macroniste (où il est question de "start-up nation", de "helpers" et de "disruption"). Ajoutons à la liste le mot "manager", d'évidence utile pour éclairer la philosophie d'action du chef de l'Etat. Car l’éviction ministérielle de Richard Ferrand (et son recasage comme chef du groupe parlementaire "En marche" à l’Assemblée) relève du plus pur art du management.

Comment rétrograder un collaborateur embarrassant, tout en suscitant son adhésion, ou au moins son acceptation ? Sur de tels postes, difficile d'utiliser les méthodes classiques, compliqué de promettre une prime vacances ou des tickets restaurants... Si l’on en croit les indiscrétions parues dans la presse, Emmanuel Macron a plutôt choisi d'évoquer la tâche historique, la responsabilité immense de ce poste :

"C'est le groupe parlementaire le plus important de la Vème république", a argumenté le chef d'Etat auprès de son ministre, "tu es pour moi ce que Pierre Joxe était à François Mitterrand" lui a-t-il glissé, selon le journal Le Parisien-Aujourd'hui en France, en allusion à la période mitterrandienne.

Dans la pratique, que fait un chef de groupe majoritaire à l'Assemblée ? Il s’assure de la discipline de ses troupes, coordonne leur travail et fait l'interface avec le gouvernement. Rien de forcément très exaltant.

Mais Emmanuel Macron a su convaincre Richard Ferrand : ce qui s’appelle reconvertir un beau placard en triplex avec vue. Il est vrai qu’il était difficile de conserver l'élu breton au ministère de la Cohésion des territoires. C'est précisément le ministre qui devait demander aux collectivités de se serrer la ceinture. Celui, aussi, qui allait négocier la suppression de la taxe d’habitation, qui représente une part non négligeable de leurs ressources. Pas simple...

Cela dit, le poste de chef de groupe n’est pas dénué de mérite ni de prestige. Mais avec des députés qui procèdent directement d’Emmanuel Macron, ce chef du groupe n'aura guère d'autonomie. D'ailleurs, le fait qu'il soit nommé à l’Élysée (et non élu par les députés) est éloquent : il sera donc facilement remplaçable si son actualité judiciaire en venait à dépasser son utilité parlementaire.

Cela dit, le dossier Ferrand s’était tassé ces temps-ci, alors pourquoi Emmanuel Macron fait-il ce choix-là, alors qu’il n’y est plus obligé ?

Précisément parce qu’il n’y est pas obligé. Démettre Richard Ferrand plus tôt, c’eut été obéir au tempo des révélations de la presse. En organisant l’exfiltration au milieu d’un mouvement plus large du gouvernement, il diminue la pression. Cela pose la question du manager que sera Emmanuel Macron au sommet de l’État. Il semble en avoir donné quelques indications : le président va remplacer ou confirmer tous les hauts cadres de l’administration ("le spoil system").... Autrement dit, il ne tient pas la loyauté pour acquise, ni la compétence pour statutaire.

Plus discrètement, au début du quinquennat, il n’avait pas hésité à changer de poste son conseiller en communication, Sylvain Fort, qui entretenait des relations tendues avec une partie de la presse. Ce conseiller lettré et fidèle est désormais à la tête d'un pôle "discours et mémoire" à l’Élysée, et a été chargé du lien avec les intellectuels. Pas de brutalité donc, mais pas non plus de mansuétude.

Comment conjuguer l'efficacité et les principes ? Pas toujours aisé, comme l'illustre cette phrase de Jean-Luc Mélenchon hier, tout en oxymore : le « groupe de la France insoumise à l'Assemblée nationale [sera...] discipliné ».

Chez Emmanuel Macron, le recasage de Richard Ferrand montre une autre volonté : celle de ne pas subir l’actualité, mais aussi de ne pas s’encombrer de ceux qui traînent la patte, qui retardent, qui ralentissent, quand il s’agit d’être en marche.

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