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Les certitudes politiques n'ont pas la vie facile, ces temps-ci.

Ces règles politiques qu'on croyait absolues... jusqu'à dimanche soir

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Aussi vrai que le Titanic était réputé insubmersible jusqu'à ce qu'il coule, ces règles de la vie politique semblaient intangibles...

Les certitudes politiques n'ont pas la vie facile, ces temps-ci.
Les certitudes politiques n'ont pas la vie facile, ces temps-ci. Crédits : Ann Ronan Picture Library - AFP

Aussi vrai que le Titanic était réputé insubmersible jusqu’à ce qu’il coule, il y a quelques règles de la Vème République qu’on croyait indépassables et qui ont sombré ce dimanche.

Première règle : impossible d’envisager de devenir président sans avoir été élu auparavant. Il y a ce mythe du long parcours indispensable, où l’on commence adjoint au maire, puis élu du canton, puis député... pour atteindre in fine l’Élysée. Ou au moins le 2ème tour. Cette règle a volé en éclat. Pour toute expérience de responsabilité politique, Emmanuel Macron ne totalise que 735 jours à la tête du ministère de l’Économie.

Deuxième règle, corollaire de la première : il faut avoir perdu ses cheveux - ou du moins les avoir bien blanchis sous le harnais pour devenir un candidat crédible à présidence. A 39 ans, Emmanuel Macron serait de très loin le plus jeune président de la Vème République. A noter : si Marine Le Pen l’emportait, ce serait également le cas, puisqu’elle égalerait le plus jeune chef de l’État, Valéry Giscard d’Estaing, élu à 48 ans.

Autre constante politique qu’on croyait insubmersible : le vote des Outre-mer est un réservoir de voix pour la gauche. Faux : au premier tour de cette présidentielle, dans les Outre-mer, la première place revient à… Marine Le Pen. Avec 21,9%, elle totalise 177 000 voix, selon les calculs de nos confrères d’Outre-mer 1ère. Suivent dans l’ordre, Jean-Luc Mélenchon, François Fillon et Emmanuel Macron, tous aux alentours de 20%.

Une autre loi politique largement ébréchée : « les socialistes peuvent toujours s’appuyer sur leurs bastions locaux pour sauver les meubles... ». Ce qu’on appelait le socialisme municipal. Cette idée est aussi révolue. Dimanche soir, dans toute la France, Benoît Hamon n’est arrivé en tête que dans… 28 communes sur 36 000. C’est moins que Jean Lassalle, qui l’emporte dans 74 communes. Vous avez peut-être vu passer cette carte de France où sont indiqués les endroits où le PS est en tête. Cette carte de France est vide, blanche, à l’exception de quelques points roses ici et là.

En parlant de blanc : il y avait aussi cette habitude historique selon laquelle le vote blanc n’était pas pris en compte. Ce n’est plus le cas. Pour la première fois lors de cette élection, il a été décompté de manière isolée. Résultat : 1,78% des voix, il a réuni plus d’électeurs que Jean Lassalle… si le vote blanc était candidat, il serait le 7ème de cette présidentielle.

Révolu enfin, le concept de « parti de gouvernement ». Expression en soi très contestable : il y aurait les partis "contestataires" d'un côté et les partis "responsables" de l'autre, seuls aptes à gouverner : le PS et les Republicains, pour faire simple. Le balancier automatique de l'alternance. Ce concept, depuis dimanche soir, sent encore un peu plus la naphtaline : trois des quatre forces arrivées en tête n’étaient pas ces partis dits "de gouvernement". À eux deux, PS et LR ont totalisé 26 % des voix. Un quart seulement des votants.

Voilà donc les règles qu’on croyait intangibles sous la Vème République, et qui ont péri à 20 heures ce dimanche. Comme un monde politique en apesanteur où les lois physiques ne sont plus vraiment les mêmes.

Frédéric Says

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