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PhotoPQR / L'Est Républicain

Chiffres du chômage : un pessimisme à toute épreuve ?

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A entendre certains commentaires, quand le chômage monte, les chiffres seraient forcément justes. Et quand ils baissent, ils seraient forcément truqués. Est-il à ce point impossible de se réjouir d'une bonne nouvelle ?

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60 000 chômeurs de moins, et pourtant c’est un tollé général. Mis à part le gouvernement qui se réjouit sur tous les tons de cette diminution, le pays oscille entre le scepticisme et l’ironie. L'opposition traque une manipulation des chiffres, une partie de la presse y voit une présentation biaisée. Bref, il y a forcément anguille sous roche.

The French are "glad to be unhappy" (les Français sont "heureux d’être malheureux"), écrivait il y a quelques mois le New Yorker. On en a ici une illustration. Visiblement il faut, avec acharnement, trouver des motifs de désespoir.

Par exemple : ces dernières années, seul un chiffre était commenté par les responsables politiques et par la presse : celui de la catégorie A de Pole Emploi, c’est-à-dire les chômeurs n’ayant pas du tout travaillé. C'était le chiffre référence, qui permettait d'établir des comparaisons. Ce chiffre était d'ailleurs presque chaque mois en hausse.

Regardez ce qui s’est passé hier soir : les chiffres de la catégorie A sont en forte baisse. Oui... mais... exceptionnellement, les commentaires s'intéressent aussi à la catégorie B et C, les chômeurs qui ont eu une activité réduite. Et là bingo : ça ne baisse pas autant que ça. Qu’importe si personne, jusqu'ici, ne s'intéressait vraiment à ces catégories B et C, y compris quand le chômage y diminuait (ce qui était régulièrement le cas).

Même chose pour les radiations : les fins esprits nous expliquent que ces bons chiffres ne sont pas si bons, car en fait il y a une hausse du nombre de radiations et surtout de défaut d'actualisation des chômeurs à Pole Emploi… Tout cela en oubliant de préciser que, parfois, ceux qui trouvent du travail ne prennent pas la peine d’effectuer des démarches administratives supplémentaires, pour se désinscrire des listes de Pole Emploi. Et qu'ils attendent donc tout bonnement de se faire radier. Certes, ça n'épuise pas l'analyse de ces chiffres. Il y a par ailleurs beaucoup à dire, et on l'a évoqué ici, sur les errances et la procrastination du gouvernement.

Mais au fond, quand les chiffres du chômage sont en hausse, ils seraient incontestables ; quand ils sont en baisse, ils seraient forcément faux. Dans le premier cas, le thermomètre absolu de notre déclin irrémédiable et permanent, dans le second, l'instrument peu fiable d'un machiavélisme politique, forcément sujet à caution.

De quoi est-ce le symptôme ?

Tout se passe comme si notre pays, au bord de la dépression, avait du mal à se réjouir, ne serait que fugacement. Il est vrai que la société française, heurtée par le terrorisme, la précarité, l’insécurité, les doutes identitaires, le chômage - toujours très élevé -  a de quoi être sur les nerfs. La France reste l'un des pays les plus inquiets sur son avenir. Devant l'Irak et l'Afghanistan.

Cette incapacité à dire : "d'accord, ce n'est pas grand chose, mais c’est une bonne nouvelle", doit nous interroger sur notre état collectif, sur l'état de ce corps social français rongé par la peur, la haine et l’anxiété, ces passions tristes recensées par Spinoza. Des craintes qui génèrent ces temps-ci, dans le débat public, leurs stocks inépuisables de dérision facile et de cynisme bon teint.

Dans un régime totalitaire, s’il y a une mauvaise nouvelle, c’est forcément un complot (sans doute fomenté par des agents à la solde de l’étranger...).

Dans notre belle société gentiment dépressive, c'est quand il y a une bonne nouvelle que c'est forcément un peu louche.

C’est sans doute cette morosité acharnée qui a, par contraste, contribué au succès de la Nuit debout : cette bulle, cette enclave qui se veut positive, hors de la résignation et de la négation de nos capacités collectives, est un endroit où l’un des mots clés est... la bienveillance.

Un peu de bienveillance. Et si c'était cela (davantage qu’un nouveau Pacte de responsabilité, une aide aux PME, ou une baisse des impôts) qui manquait le plus à notre pays ?

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