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Coluche, candidat à l'élection présidentielle, donne une conférence de presse le 2 mars 1981

Comiques en politique : faut-il en rire ou en pleurer ?

4 min
À retrouver dans l'émission

Marine Le Pen a réussi à attirer dans ses filets un nouvel humoriste, Philippe Chevallier, du célèbre duo "Chevallier et Laspalès". Si beaucoup de comiques rechignent à afficher leur proximité partisane, d'autres n'hésitent pas à s'engager politiquement, quitte, ensuite, à s'en mordre les doigts.

Coluche, candidat à l'élection présidentielle, donne une conférence de presse le 2 mars 1981
Coluche, candidat à l'élection présidentielle, donne une conférence de presse le 2 mars 1981 Crédits : Pierre GUILLAUD - AFP

L’humoriste Philippe Chevallier, du célèbre duo comique Chevallier et Laspalès, annonce qu’il votera Marine Le Pen à la prochaine élection présidentielle. Il fait cette déclaration dans une interview au magazine Télé Star tout en affirmant qu’il n’est "pas d’extrême droite".

Mais il a “peur du mondialisme", confesse-t-il, “peur de la société qu’on (lui) propose”. Il se déclare donc “souverainiste” et revendique son vote en faveur de la candidate du Rassemblement National. Parce qu’elle a “une base populaire”, avance-t-il encore et qu’il y a “des gens qui souffrent”.

Philippe Chevallier n’est pas le premier humoriste à déclarer sa flamme à Marine Le Pen. Deux autres comiques avant lui avaient rejoint ce qui s’appelait encore à l’époque le “Front National”. Franck De Lapersonne, en 2017, ancien de l’émission Palace et d’une émission humoristique baptisée “sexy zap”. Et quelques années plus tôt, Jean Roucas, figure du “Bébête show” dans les années 1980. Il avait fait une entrée triomphante à l’université d’été du FN à Marseille en 2013.

Tous les deux ont par la suite amèrement regretté cet engagement politique. Le monde du spectacle le leur a fait payer très cher. Ils ont subi “de nombreux boycotts”, affirme Jean Roucas. Ils se sont retrouvés dans une forme d’isolement professionnel. C’est "la plus grosse bourde de ma vie” se lamentait après coup Franck De Lapersonne.

De nombreux comiques sont tentés par l'aventure politique

il y a ceux qui s’en tiennent à afficher leur proximité partisane, Chevallier, Roucas, De Lapersonne à l'extrême droite. A gauche, il y eut bien sûr Guy Bedos et il y a Jamel Debbouze, tous deux proches du Parti Socialiste.

Et puis d’autres aspirent à s’engager, à faire eux-mêmes de la politique. Jean-Marie Bigard en est l’un des exemples les plus récents. il a affirmé pendant plusieurs mois vouloir se présenter à la présidentielle avant finalement de renoncer.

Mais le plus célèbre d’entre eux reste évidemment Coluche qui, le 30 octobre 1980, bouscule le paysage politique français en annonçant sa candidature à l’élection présidentielle :

J'ai peur, si vous voulez, que le régime de Giscard soit appelé à prendre de l'ampleur et que tout le monde crie "vive l'ampleur". Comme on a voté pendant trente ans pour des gens compétents et intelligents, je propose qu'on vote aujourd'hui pour un imbécile qui n'y connait rien, c'est à dire moi.

Il appelle alors les abstentionnistes à voter pour lui et grimpe à 12% dans les sondages, derrière Giscard et Mitterrand. Finalement, à un mois du premier tour, il renonce. Sa candidature était "une farce", explique-t-il, une farce qui ne le fait "plus rire".  Quelques années plus tard, il fit de la politique autrement en fondant les Restos du Cœur, une association encore aujourd’hui au cœur du dispositif de prise en charge de la précarité en France.

Des comiques qui réussissent en politique, ça existe

En Italie, l’humoriste Beppe Grillo a fondé le Mouvement 5 étoiles, une formation qui fut associée à l'exercice du pouvoir, aujourd'hui bien implantée dans le paysage italien. 

En Ukraine, l’actuel président, Volodymyr Zelensky, est un ancien acteur comique qui s’est fait élire en 2019 sur la dénonciation de la corruption des élites. Au Guatemala, en 2016, c’est également un acteur comique, Jimmy Morales, qui se fait élire président en prônant la morale et en dénonçant la corruption. 

On pourrait encore citer Al Franken, aux Etats Unis, devenu sénateur du Minnesota. Ou encore en Islande, l’humoriste Jon Gnarr qui, en 2010, est devenu maire de la capitale Reykjavik. Il s’était présenté en déclarant vouloir “s’en mettre plein les poches sans se fatiguer”, parodiant les responsables publiques de son pays.

Si de nombreux comiques franchissent le pas, parfois avec succès, c’est qu’au départ, ce sont de fins observateurs du jeu politique, de ses effets et de ses travers. Et quand ils moquent ou parodient les politiques, ils mettent en évidence une forme de vérité, de réalité, derrière les discours. 

Et du coup, dans une période où la parole publique est fortement discréditée, comme c’est le cas aujourd’hui en France et ailleurs, c’est la parole des comiques qui prend le pas et devient crédible. On essaie alors de s’attirer leur sympathie et eux peuvent tentés d’user de cette crédibilité pour s’engager politiquement.

Cependant, le risque pour les humoristes, quand ils franchissent le pas, c’est que, confrontés à la concrétude de l’action publique, ils ne fassent plus rire, ils perdent leur statut de bouffon du roi.   C’est précisément ce qui est arrivé à Coluche au bout de quelques mois. Ca devenait trop sérieux, il ne faisait plus rire.

En revanche, Les responsables politiques, eux, ne rechignent pas à jouer du ressort comique, à user d’un bon mot, car ils savent que l’humour est une arme pour s’attirer les sympathies et discréditer un adversaire. 

C'est par exemple Mitterrand, lors du débat télévisé face à Chirac en 1988, lorsque celui-ci affirme qu'il n'y a pas de président et pas de premier ministre mais seulement deux candidats face à face, lui répond : "mais vous avez tout à fait raison, monsieur le Premier ministre". La gifle est d'autant plus cinglante qu'elle est assénée avec un trait d'esprit.

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