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Contre-feux et rideaux de fumée

3 min
À retrouver dans l'émission

Face à la première journée de mobilisation contre les ordonnances, l'Exécutif a fait preuve de suractivité médiatique.

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- Crédits : Gunberg Lange / EyeEM - Getty

En France, on n'a pas de pétrole mais on a des idées. Enfin, il est vrai qu'on a un peu de pétrole, mais on n'a plus le droit de l'exploiter (alors ne soyez pas mauvais esprit).

Des idées ? Celles du gouvernement, qui fleurissent - ô miracle - le jour de la première manifestation contre la réforme du code du travail, hier mardi. C'est également le jour qu'Emmanuel Macron a choisi pour se rendre à Saint Martin. Pas lundi, pas mercredi. Ce mardi. Contre-feu médiatique, me direz-vous ? Vous êtes décidément mauvais esprit.

Or donc, hier matin, la ministre Marlène Schiappa a annoncé l'extension de la PMA à toutes les femmes. Décision certes importante, mais qui figurait en toutes lettres dans le programme d'Emmanuel Macron... et qui avait déjà été approuvée par le Comité consultatif d'éthique au mois de juin. Il n'y avait donc hier rien de très neuf : ni le détail des modalités, ni les précisions sur l'éventuel remboursement par la sécurité sociale, etc. On en est resté à ce que l'on savait déjà, l'exception d'un vague calendrier (a priori "courant 2018).

De même le gouvernement a-t-il levé le voile, hier, sur quelques éléments du projet de loi de finances, attendu fin septembre. Des précisions sur la fiscalité des PEL, du livret A, mais aussi sur la baisse des loyers HLM et des APL... Du côté du ministère de l’Éducation, le ministre Jean-Michel Blanquer a dit "réfléchir à des 'cellules laïcité'" pour les établissements scolaires.

Autant de sujets "concernants", comme l'on dit dans le jargon des rédactions. Une offensive médiatique tous azimuts, qui dilue forcément la place de l'actualité sociale dans le menu des journaux.

Exemple : si France 2 a ouvert son journal d'hier soir avec les manifestations... dès 20h08, on était passé aux sujets suivants : Emmanuel Macron à Saint-Martin, puis la réforme des APL, puis la PMA. Point commun : il s'agit là uniquement de sujets liés à l'agenda de l'exécutif, quelle que soit par ailleurs la valeur de leur traitement journalistique.

Susciter du "bruit médiatique"

Certes, quand on gouverne, il n'est pas interdit d'être ingénieux. Ce que Tony Blair et ses spins doctors appelaient « faire la météo », comme le relève mon confrère Bruno Dive dans "Sud Ouest".

La technique n'est évidemment pas nouvelle. Souvenez-vous, un jour de juin 2010 : alors que la rue est pleine de manifestants contre la réforme des retraites, Nicolas Sarkozy reçoit Thierry Henry à l’Élysée, pour parler de l'échec de l'équipe de France en Coupe du monde. La veille, le président avait aussi improvisé un déplacement en banlieue, sous haute surveillance, et avec force caméras.

Résultat : la manifestation contre la réforme des retraites, qui avait rassemblé 2 millions de personnes à l'époque (cinq fois plus qu'hier), n'avait été traitée... qu'en 9ème position du 20 heures de TF1.

Susciter du bruit médiatique pour réduire l'écho d'autres événements : les plus critiques dénonceront des rideaux de fumée, les moins sévères parleront d'une certaine habileté politique.

Face à cela, que faire ? La presse doit affronter un dilemme relativement insoluble. D'un côté, suivre l'agenda dicté par le gouvernement, c'est paraître épouser sa stratégie. Mais a contrario, passer sous silence ses annonces, c'est renoncer au devoir d'information.

Frédéric Says

Chroniques

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