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Plusieurs pays ont mis en place des applications mobiles destinées à tracer les déplacements des citoyens pour identifier les chaînes de contamination (ici à Singapour).

Covid-19 : le virus et la contagion de l'autoritarisme

3 min
À retrouver dans l'émission

Partout dans le monde, des libertés sont ébréchées au nom de la lutte contre le coronavirus. Avec le risque que ces restrictions survivent à la pandémie.

Plusieurs pays ont mis en place des applications mobiles destinées à tracer les déplacements des citoyens pour identifier les chaînes de contamination (ici à Singapour).
Plusieurs pays ont mis en place des applications mobiles destinées à tracer les déplacements des citoyens pour identifier les chaînes de contamination (ici à Singapour). Crédits : Catherine Lai - AFP

Y aurait-il dans l'air, en plus des gouttelettes de covid, une légère propension à la dérive autoritaire ?  

Partout dans le monde ou presque, la pandémie s'est accompagnée d'un déluge de mesures qui nous sembleraient, en temps normal, tout droit sorties de la dystopie la plus sombre.  

Dressons une liste non exhaustive : les parlements mis entre parenthèses, les oppositions mises sur la touche, le traçage numérique des lieux et des personnes fréquentés...

Et dans cette liste, j'allais oublier l'interdiction de se déplacer sauf pour motif autorisé par le gouvernement !  

Cette quasi-omission montre à quel point nous nous accoutumons vite à la restriction des libertés.  

Certes, la crainte d'une dérive autoritaire n'est pas nouvelle, quand surgissent les circonstances exceptionnelles.  

La question des libertés individuelles fut l'une des premières posées au Général de Gaulle, de retour en 1958 face à la crise algérienne. Une interrogation qui suscita cette réponse restée dans l'Histoire :  

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La réponse était aussi indignée que la question était justifiée.  

Et aujourd'hui ?  

Bien sûr, tous les outils mis en place poursuivent un but incontestable : réduire à néant le virus, c'est-à-dire nous protéger, nous et nos proches.  

Mais cela ne doit pas nous empêcher de réfléchir aux limites de ces moyens - et surtout à leur proportionnalité vis-à-vis de l'objectif recherché.  

L'air du temps (c'est compréhensible) est à l'efficacité, donc à la rapidité, donc à l'absence de contestation.  

Emmanuel Macron et Édouard Philippe empruntent à cet imaginaire, en nommant un haut-gradé de la gendarmerie pour évaluer l'organisation interministérielle de lutte contre le covid.

Au passage, le professeur Raoult à Marseille, surfe exactement sur la même tentation, quand il fustige les procédures longues, les tests durables, bref, les garde-fous pour homologuer un remède au virus.  

Un autre symbole au plus haut niveau : le conseil constitutionnel autorise des dérogations à la constitution, le temps de la crise sanitaire (décision du 26 mars dernier). Voilà qui restera dans les annales.

Avec application

Pendant ce temps, le gouvernement français avance à pas comptés dans la mise en place d'une application mobile.  

Cette application, provisoirement appelée STOP-COVID, identifierait les risques que vous ayez fréquenté une personne contaminée.  

Mais attention, nous préviennent les ministres Olivier Véran et Cédric O dans le journal Le Monde daté d'aujourd'hui : cette application ne serait en rien obligatoire. 

Son téléchargement serait volontaire, les données anonymisées, et il ne serait pas question de vous géolocaliser - seulement de garder en mémoire vos interactions avec des mobiles proches de vous, pour pouvoir retracer une chaîne de contamination.

Cette solution est bien éloignée des dispositifs mis en place en Asie. Celui de la Corée du Sud a été examiné avec intérêt. En l'occurrence, il s'agit d'un traçage exhaustif et obligatoire, dans un pays qui est parvenu, avec un système de santé mobilisé et des tests massifs, à aplanir la courbe du covid-19.  

Ces différences montrent ce qu'on appelle "le degré d'acceptabilité sociale" dans chaque pays.  

En Europe, culturellement, les données individuelles et privées sont davantage perçues comme sensibles. La méfiance est plus grande (sans doute le fruit de l'Histoire récente), contre la mainmise de l’État sur des informations et des fichiers personnels. Les législations sont d'ailleurs plus protectrices que dans les autres grands puissances économiques et technologiques.  

Même si, paradoxalement, nous n'éprouvons pas grande gêne à nous voir suivis à la trace par des entreprises privées nord-américaines. 

Vigilance

Mais il serait faux de s'en tenir à ce cliché (des pays asiatiques enclins à la surveillance de masse, des pays européens exempts de cette tentation).  

Notre voisin espagnol, dirigé par un gouvernement de gauche, a ainsi autorisé le traçage des personnes, via une application mobile.  

Ce qui participe d'ailleurs à lever les freins mentaux qui existent chez nous. Ce n'est pas le lointain et inquiétant régime chinois, c'est notre pays-frère, notre voisin européen, l'Espagne, alors ça ne doit pas être si grave que cela...

Il convient pourtant de maintenir une vigilance ; de vérifier l'étendue des mécanismes proposés par le gouvernement. Et surtout leur durée : quand seront-ils désactivés, et qui s'en assurera ?  

Car les données sont données... mais rarement reprises.

Frédéric Says

Chroniques

8H20
37 min

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