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Jeunes militants assistants au lancement de la campagne de Bruno Le Maire dans le cadre des primaires du parti "Les Républicains"

Dans l'équation présidentielle, l'inconnue de la jeunesse

4 min
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L'image d’Épinal d'une jeunesse forcément de gauche, unie, progressiste, a volé en éclat.

Jeunes militants assistants au lancement de la campagne de Bruno Le Maire dans le cadre des primaires du parti "Les Républicains"
Jeunes militants assistants au lancement de la campagne de Bruno Le Maire dans le cadre des primaires du parti "Les Républicains" Crédits : : YANN CASTANIER / HANS LUCAS - AFP

"Mon engagement, c'est de faire en sorte que la jeunesse vive mieux à la fin de mon mandat" : en 2012, François Hollande avait fait des jeunes la cible prioritaire de son projet, le fameux « rêve français ». Dans une campagne, la jeunesse est choyée par les candidats : pas seulement parce qu'on y trouve de la main d’œuvre militante pour coller des affiches et frapper aux portes. Pas simplement parce qu'elle symbolise la réussite ou non d'une politique – est-ce que le pays est transmis dans un bon état aux générations futures ? Plus cyniquement, parce qu'elle recèle de gigantesques gisements de voix potentielles (65% d'abstentionnistes chez les 18-30 ans aux dernières européennes).

A écouter : La série documentaire "L’avenir devant eux"

On voit d'ailleurs fleurir, ces temps-ci, des collectifs immodestement appelés "les Jeunes avec Macron", "les Jeunes avec Fillon", "les Jeunes avec le Pen". C'est d'ailleurs la seule catégorie d'âge pour laquelle on peut se le permettre (on n'imaginerait guère "les Séniors avec Bayrou", "les Quinquas avec Valls" ou "les poivre et sel avec Dupont-Aignan").

Les acteurs de la campagne parlent donc beaucoup de la jeunesse, sans entrer dans le détail...

L'imaginaire politique n'arrive pas à se défaire de ce mythe : la jeunesse est forcément-de-gauche, dépositaire des valeurs progressistes, communiant dans la tolérance, le mélange et l'ouverture. L'image d'Epinal est pourtant moins vraie que jamais. L'an dernier, aux Européennes, les 18-30 ans qui se sont déplacés ont voté à 34% pour le Front national, à 22% pour le PS, à 19% pour la droite. Depuis 2012, tous les scrutins intermédiaires confirment cette tendance.

Le concept de LA jeunesse, unique, uniforme, est d'ailleurs trompeur...

Plusieurs jeunesses se sont constituées. A part. Et parfois en confrontation entre elles, comme le relève le journaliste Alexandre Devecchio, dans son livre "Les nouveaux enfants du siècle" (éditions du Cerf).

L'auteur met de côté ce qu'il appelle "la jeunesse des beaux quartiers", qui "vogue d'aéroport en aéroport" pour ses week-ends prolongés. Cette jeunesse fait écran à ce qui se passe de manière plus souterraine loin des centre-villes. Alexandre Devecchio se concentre sur les trois jeunesses qui composent selon lui cette "génération fracturée" :

D'abord, ce qu'il nomme la "génération Zemmour" : "petits blancs" revanchards issus des zones pavillonnaires ou semi-rurales excentrées, en colère face aux promesses non-tenues de la mondialisation heureuse et du vivre-ensemble tranquille. La génération Zemmour essaime, dit-il, jusqu'à Sciences Po, où elle redécouvre l'historien Jacques Bainville et soupire quand on lui parle d'intersectionnalité des luttes.

La "génération Dieudonné", poursuit Alexandre Devecchio, dans les périphéries proches des villes, où se mêle ressentiment à l'égard de la société française, désespoir et parfois terreau à la violence la plus radicale. "L'enfant d'une utopie mortifère et d'une époque désenchantée", écrit l'auteur.

Il y a enfin la génération réac, placée sous le patronage du philosophe Jean-Claude Michéa. Une génération qui refuse "à la fois les dérives sociétales de la gauche libertaire et la soumission au marché de la droite libérale". Elle a repris confiance à la faveur de la Manif pour tous, ce "Mai 68 conservateur", selon l'expression du politiste Gaël Brustier. Il y aurait encore beaucoup d'autres portraits à faire de ces jeunesses qui ne partagent plus guère que leur âge.

Certes, il ne faut pas surestimer la nouveauté de ce phénomène : l'époque des bagarres du quartier latin entre les sympathisants d'Occident et les communistes ou les gauchistes n'offrait pas un visage plus unitaire. Mais la génération qui vient semble encore plus irrémédiablement divisée.

Alors dans cette campagne, comment parler à la jeunesse, aux jeunesses de 2017 ?

La question est urgente, presque vitale. Elle concentre d'ailleurs de manière aiguë une problématique plus générale : comment produire du discours politique commun, face à une population de plus en plus segmentée, divisée ? Où un candidat peut se voir accusé en même temps d'être "pro-islamiste" par les uns, "islamophobe" par les autres, "à la botte du système" par les troisièmes ? On repense dès lors forcément à ce slogan, qu'on croise parfois au détour d'une rue, tagué sur un mur gris :

« L'heure est à l'optimisme, gardons le pessimisme pour des jours meilleurs ».

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