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Emmanuel Macron, le 7 avril 2020, en déplacement à La Courneuve (Seine-Saint-Denis).

Emmanuel Macron, de 20h02 à 2022...

4 min
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C'est à 20h02 que s'exprimera ce soir Emmanuel Macron à la télévision, pour la quatrième fois depuis le début de la crise du Covid-19. Comment réorganiser la fin du quinquennat, dans un paysage politique aussi imprévu ?

Emmanuel Macron, le 7 avril 2020, en déplacement à La Courneuve (Seine-Saint-Denis).
Emmanuel Macron, le 7 avril 2020, en déplacement à La Courneuve (Seine-Saint-Denis). Crédits : Gonzalo Fuentes - AFP

Soyons francs et confessons-le : nous n'avons bénéficié d'aucune sorte de confidence de l'Elysée, d'aucune indiscrétion quant au discours de ce soir.  

A lire certains journaux, il semble pourtant que les sources (plus ou moins) proches du chef de l’État soient particulièrement affables.  Ces sources qui sont tour-à-tour appelées « l'entourage », « un membre du premier cercle », « un conseiller influent », ou encore le très énigmatique « visiteur du soir ».  A en croire ces proches, donc, le président préparerait un discours « churchillien », c'est-à-dire une adresse à la nation qui ne promette que du sang, de la sueur et des larmes.  

Par principe il faut se méfier de ces confidences orchestrées. 

Au mieux, il s'agit d'un ballon d'essai, lâché pour voir comment réagit la population.  Au pire, il s'agit d'un obscur conseiller tenu loin du secret, qui se prévaut auprès des journalistes d'une proximité avec le président qui n'existe nulle part ailleurs que dans ses désirs.  

Il faut d'ailleurs se souvenir qu'il y a quelques semaines, certaines de ces sources soit-disant « proches » nous révélaient qu'Emmanuel Macron allait reporter le premier tour des municipales. Voire s'arroger les pleins pouvoirs grâce l'article 16 de la constitution... Il n'en fut rien.  Pour autant, il est exact que le contexte du discours de ce soir est celui d'un président qui n'a guère de bonnes nouvelles à offrir. Pourquoi ?  

D'abord, le confinement sera long. Il fut d'abord annoncé à deux semaines au moins, il durera au minimum trois à quatre fois plus.  Ensuite, l'économie n'est pas en simple pause, elle est presque à l'arrêt. Avec 8 millions de personnes au chômage partiel et de nombreuses filières dont l'activité est nulle.  

Enfin et surtout, dans les hôpitaux, si le nombre de cas graves se stabilise, pour l'heure, l'épidémie n'a pas amorcé de décrue substantielle. Il n'en reste pas moins des motifs d'espoir, de satisfaction. Le confinement est très majoritairement respecté. Les « Gaulois réfractaires », ou prétendus tels, prouvent qu'ils savent faire preuve de discipline quand l'essentiel est en jeu.   Le dévouement des soignants, des personnels logistiques, aussi, et au delà les initiatives de solidarité au sein de la population, montrent la résilience du corps social.  

Pour autant, au-delà des remerciements nécessaires mais convenus, le chef de l’État doit laisser entrevoir un bout de ciel bleu. Un espoir à l'horizon. Peut-être est-ce le moment d'esquisser les fameuses « décisions de rupture », promises au début de la crise. Peut-être est-ce l'occasion de tracer les pistes des mois à venir, de cette fin de quinquennat, placée sous le signe de "l'urgence" et de "l'unité", à en croire l'Elysée.  

N'est-il pas temps, par exemple, d'annoncer un retrait de la réforme des retraites ? On voit mal comment ce projet - qui transforme des trimestres en points - pourrait être jugé « urgent » et encore moins facteur d'unité.  

Peut-être faut-il esquisser aussi la politique de relance ?Passera-t-elle par des grands travaux, la construction d'infrastructures publiques, par l'investissement, qui permettrait d'injecter de l'argent dans le circuit économique ? Certes, l'alliance du béton et de la ferraille, façon années 30 et New Deal, n'est plus d'actualité, écologie oblige. Raison de plus pour mêler à cette politique d'investissement une exigence verte. Un green new deal, comme l'appellent de leurs vœux plusieurs partis politiques.  

Positionnement

Avec cette crise, durable et profonde, le chef de l'Etat dispose d'ici la fin de son mandat d'une chance et d'une faille. La faille, c'est l'heure des comptes. Quand sera jugulée la crise, l'exécutif devra justifier chaque décision. Et chaque non-décision. Il faudra prouver à l'opinion, sceptique, que chacun de ces choix était, sinon le meilleur, du moins le moins pire possible.  

La chance, c'est de pouvoir rassembler. Si l'on se concentre sur le fond, quelles propositions émergent ? La relocalisation de l'industrie, notamment sanitaire, fait l'unanimité. La reconquête de la souveraineté politique (au détriment du libre-échange et du laisser-faire) trouve des partisans sur presque tous les bancs.  

Alors, après avoir tenté depuis le début du quinquennat de mener une politique centriste, voire centrale, Emmanuel Macron peut maintenant mener une politique centrée. Centrée sur la résorption de la crise, au travers de mesures qui recevraient l'assentiment d'une large partie de la population, d'une grande majorité des partis.  

C'est en tout cas le pari des macronistes pour 2022. L'unité churchillienne derrière le chef. 

Mais au fait : un détail, oublié par nos grands communicants. Au sortir de la guerre, Churchill... perdit les élections.   

Frédéric Says

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