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En 1995, Nicolas Sarkozy fustige "le problème des sondages", après la défaite d'Edouard Balladur.

De la relativité des sondages

4 min
À retrouver dans l'émission

Ils se multiplient, notamment sur la primaire de la droite. Mais comment calculer un rapport de force politique, alors qu’on ne connaît ni les candidats ni le corps électoral ?

En 1995, Nicolas Sarkozy fustige "le problème des sondages", après la défaite d'Edouard Balladur.
En 1995, Nicolas Sarkozy fustige "le problème des sondages", après la défaite d'Edouard Balladur. Crédits : (Capture d'écran - INA)

Dans cette matinale consacrée à la science, pleine de questions, de mystères, de doutes... j’ai choisi de m’intéresser à un domaine qui - lui au moins - est sûr, béton, irréfutable, jamais pris en défaut : les sondages !
Que de grands présidents nous ont-ils octroyés : Raymond Barre, Michel Rocard, Edouard Balladur, Lionel Jospin, Ségolène Royal... tous ont été sacrés par les études d’opinion un an avant l’élection.

Bien sûr, la critique est facile, mais en cette période électorale, le constat est sous nos yeux : la presse et les sondages c’est un peu comme avec la junk food : on sait que ça n'est pas terrible, parfois douteux, mais c’est difficile de ne pas craquer… Et on le regrette toujours un peu à posteriori.

Encore ce matin, on découvre cette étude de TNS Sofres qui place Emmanuel Macron devant François Hollande au 1er tour. Quand on regarde en détail, on s’aperçoit que le jeune ancien ministre prend en fait surtout des voix à la droite. Un phénomène mille fois observé pour les candidats centristes ou assimilés : très populaires dans les études d’opinion car ils rassemblent à droite et à gauche. Puis, lorsque la campagne commence vraiment, qu’elle se clive, qu’elle se tend, le plus souvent les électeurs regagnent leurs pénates, et votent pour leur camp.

A droite, un autre sondage nous informe que Nicolas Sarkozy gagne 6 points face à Alain Juppé pour la primaire... Il n’en faut pas plus pour que l’état-major sarkozyste plastronne : "voilà c’est fait, la stratégie a fonctionné, le retour est réussi, la présidentielle quasi-gagnée". Oui, mais les zélotes du sarkozysme n’ont visiblement pas souvenir de la mise en garde de leur candidat. En 1995, le même Nicolas Sarkozy était le porte-parole d’Édouard Balladur (candidat qui fut longtemps en tête des sondages, avant d’être éliminé au premier tour). Écoutez :

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25 sec
1995 - Nicolas Sarkozy et "le problème des sondages" - Billet politique

Les sondages en hausse donnent une illusion de puissance, mais ils peuvent aussi être trompeurs dans l’autre sens. Ces jours-ci, quand vous rencontrez des proches de François Hollande, si vous leur suggérez poliment que cette campagne n’est pas gagnée d’avance - pour faire dans la litote - la réponse fuse systématiquement : « Oh vous savez, François Hollande était bien à 3% en 2011, ça ne veut rien dire ».
On voit dans ces deux exemples les effets indésirables de cette drogue dure qu’est la sondagite : elle peut provoquer tour à tour l’euphorie et le déni de réalité…

Avec un beau cas d’école sur la primaire de droite…

Ces sondages posent une série de questions. Comment calculer un rapport de force politique, alors qu’on ne connaît ni les candidats ni le corps électoral ? Combien de Français iront voter pour cette primaire ouverte ? 1 million ? 3 millions ? Ceux qui se déplaceront seront-ils le noyau dur des sympathisants les Républicains ou bien plus largement des citoyens de droite et du centre ? Cela change évidemment tout en matière de sociologie électorale.

Pas simple, d’autant que ce scrutin a lieu pour la première fois. Et d'ailleurs les résultats, d’un sondeur à l’autre, sont souvent assez différents. Comment l’expliquer ? Il faut lire dans les notices écrites en petit… Pour faire leurs comptes, les instituts utilisent des méthodes diverses : certains sondent les « sympathisants de la droite et du centre », d’autres distinguent les électeurs "comptant aller voter à la primaire" ; d’autres encore ne prennent en compte que les électeurs "certains de se déplacer". Selon les méthodes, et par projection, on obtient entre... 500 000 et 12 millions de votants !
Tout dépend aussi de la question posée : l’intention de vote n’est pas la popularité, qui est elle-même différente du souhait de victoire.
Tout bien considéré, il semblerait donc - ô surprise - qu'on ne soit pas ici dans le registre de la science exacte. "Une dialectique entre le réel et l'imagination", disait tout à l'heure Étienne Klein à propos d'Einstein. Et c'est bien la relativité qu'il conviendrait d'appliquer à ces chiffres trop souvent présentés comme absolus.

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