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Bureau de vote au Touquet le 15 mars 2020

Deux scrutins, deux salles, deux ambiances

4 min
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À l'approche des élections dont le premier tour aura lieu ce dimanche, la plupart des médias se sont beaucoup plus intéressés aux régionales qu'aux départementales. La plupart des journalistes et des électeurs ne s'intéressent à ces scrutins locaux que s'ils ont une résonance nationale.

Bureau de vote au Touquet le 15 mars 2020
Bureau de vote au Touquet le 15 mars 2020 Crédits : Ludovic MARIN - AFP

Deux scrutins se dérouleront simultanément ce dimanche. Les électeurs français sont appelés à voter à deux reprises pour renouveler les assemblées délibérantes et les exécutifs de leur département et de leur région. Ces deux collectivités territoriales sont chargées de mettre en œuvre un certain nombre de politiques publiques et leurs élus sont renouvelés tous les six ans. La dernière fois que nous avons voté pour ces scrutins, c’était donc en 2015, sous l’ère François Hollande, une autre époque.

Vous avez certainement remarqué qu’on a beaucoup parlé, ces dernières semaines, des élections régionales. Avec notamment ce psychodrame, à droite, quand Renaud Muselier a annoncé faire liste commune avec La République En Marche dans la région SUD, ex-région PACA. Ou encore quand Eric Dupond Moretti a déclaré sa candidature avec plusieurs autres ministres dans les Hauts de France face à Xavier Bertrand.

En revanche, pour les départementales, rien ou pas grand-chose. Elles sont passées complètement sous les radars médiatiques. Hormis la Presse Quotidienne Régionale, les locales de Radio France et de France Télévision qui s’en sont fait un peu l’écho, pour le reste, c’était silence radio, télé et journaux.

Il n'y a pas de différence de traitement pour ces deux scrutins : les médias s'en fichent

Les médias nationaux se fichent des élections départementales comme des élections régionales.

Avez-vous entendu parler, dans cette campagne, de ce que tel ou tel président de région fait des fonds européens FEDER ? (ces fonds structurels d’investissement pour l’innovation). Non ! Avez-vous entendu parler de programmes d’investissement dans les collèges pour les départements, dans les lycées pour les régions ? Non ! De l’action des régions en matière d’emploi et de formation professionnelle ? Non ! C’est triste à dire mais hormis quelques spécialistes des politiques publiques et des collectivités territoriales, la plupart des journalistes et la plupart des électeurs s’en moquent. 

Ça tient au fait que la mise en œuvre des politiques publiques au niveau local, c’est compliqué. Une politique publique ne dépend jamais ou rarement uniquement que du département ou que de la région. Les collectivités travaillent bien souvent en partenariat entre elles, avec l’Etat, avec les communes, avec les intercommunalités. Il est donc difficile de disséquer les niveaux d’intervention et donc de juger de la pertinence d’une action. Et donc, pour cette raison, la plupart des journalistes et des électeurs n’ont pas le sentiment que c’est au niveau du département, ou au niveau de la région, que se jouent leur avenir et l’avenir de la nation. 

Dans ces conditions, on s’intéresse aux départementales et aux régionales uniquement si elles ont une résonnance nationale et si on peut en tirer des enseignements pour l’élection présidentielle, élection qui reste le principal moment de respiration démocratique du pays et l’élément structurant de notre vie politique.

Les élections régionales ont une résonance nationale... dans certaines régions.

La plupart des médias s'intéressent donc aux élections régionales dans les Hauts de France à cause de Xavier Bertrand, candidat déjà déclaré à la présidentielle et potentiel rival d'Emmanuel Macron. Les feux médiatiques lui lèchent le portrait. C'est aussi le cas pour les régionales en PACA parce qu'une victoire du Rassemblement national marquerait l'imaginaire collectif en vue de la candidature de Marine Le Pen à la présidentielle.

Mais ailleurs, qui connaît François Bonneau, président de la région Centre-Val-de-Loire ? Qui sait ce qu'a réalisé, depuis maintenant quatre mandats, Alain Rousset, président de la Nouvelle Aquitaine ? Qui reconnaitrait, en la croisant dans la rue, Marie-Guite Dufay, à la tête de la Bourgogne Franche Comté ? Une récente enquête d’opinion montrait qu’en moyenne, 42% des Français seulement connaissent leur président de région. Ne parlons pas des présidents des autres régions.

Pour les départements, c’est pire encore. Avez-vous déjà entendu le nom d’Hélène Sandragné, actuelle présidente du département de l’Aude ? Savez-vous qu’un affrontement politique terrible se prépare dans le département du Tarn et Garonne entre Jean-Michel Baylet, l’ancien ministre, et Christian Astruc, actuel président du département ? On ne s’intéresse pas ou peu à la vie publique dans ces territoires et ce désintérêt ne peut que nourrir l’abstention.

Et nous, médias, devrions peut-être battre notre coulpe. Parce que nous alimentons l’idée qu’il ne se passe rien d’important et rien d’intéressant ailleurs qu’à Paris. Nous nous comportons comme si la France était un grand théâtre et comme s’il n’y avait qu’une scène sur laquelle nous braquons nos projecteurs médiatiques : la scène parisienne. Autour, c’est la salle, elle est dans l’ombre et elle est emplie de spectateurs qui peuvent avoir le sentiment de ne pas pouvoir prendre part à la vie publique. Le risque évidemment, c’est qu’un jour le spectateur ait envie de grimper sur la scène pour y déverser sa colère et sa rancœur.

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. Crédits : Visactu

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