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Des militants LR au meeting de Nicolas Sarkozy, à Meyzieu le 9 novembre 2016.

A droite, la primaire ouverte comme bouc-émissaire

3 min
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Ce système de désignation concentre les critiques à droite. Une façon d'occulter les causes de la défaite.

Des militants LR au meeting de Nicolas Sarkozy, à Meyzieu le 9 novembre 2016.
Des militants LR au meeting de Nicolas Sarkozy, à Meyzieu le 9 novembre 2016. Crédits : Jeff Pachoud - AFP

A droite, la primaire ouverte n'aura été qu'une parenthèse, bien vite refermée. Hier, une consultation interne aux Républicains révélait que 70% des militants ne voulaient plus de ce système.

La primaire est accusée, dans le désordre, d'avoir divisé la droite, d'avoir allongé le processus électoral et d'avoir usé les candidats avant l'heure. Le résultat de cette consultation interne tombe évidemment très bien. Il correspond à ce que les cadres du mouvement répètent depuis des mois en coulisses. "La primaire ? Ce n'est pas dans notre ADN, expliquent-ils, pas dans notre histoire gaulliste".

On est effectivement loin de "la rencontre d'un homme et du peuple". En l'occurrence, il s'agit davantage d'une brochette de candidats alignés derrière les pupitres, qui se battent à coups de piques. Juste assez méchantes pour attirer l'attention, juste assez bénignes pour permettre la réconciliation.

L'irruption de cette primaire ouverte, si contre-intuitive à la droite, correspond à un contexte très particulier. Nous sommes en 2015 : aucun prétendant ne se dégage alors clairement. La droite veut par ailleurs donner un coup d'air frais après le traumatisme du vote interne et de la triche entre Copé et Fillon. Elle se dit enfin que ce procédé, après tout, a permis à la gauche de gagner en 2012. La gauche elle-même l'avait importé, non pas tant des Etats-Unis comme on l'entend souvent, mais d'Italie, où une primaire ouverte avait mené Romano Prodi au pouvoir.

Ce n'est pas la primaire qui a fait perdre François Fillon, ce sont les affaires

Voici donc aujourd'hui que les Républicains brûlent ce qu'ils n'ont jamais vraiment adoré. Ce n'est pas la girouette qui tourne, c'est le vent. Désormais, les ténors de la droite font remarquer que d'autres mouvements s'en sont mieux sortis sans primaires : En Marche, la France insoumise et le FN.

Sous-entendu : si ces partis ont brillé et qu'ils n'ont pas organisé de primaire, cela veut dire que l'absence de primaire fait briller. Ce syllogisme un peu puéril masque en fait un autre raisonnement. Celui qui rend la primaire responsable de la défaite.

Or, ce qui a plombé François Fillon, ce n'est pas la primaire, ce sont les affaires. Elles ont été révélées le 25 janvier 2017, soit deux mois après qu'il a été désigné.

Inversons le raisonnement : si François Fillon avait été choisi par un suffrage interne des militants, par un vote à main levée, par une partie de chifumi, est-ce que cela aurait fait disparaître les casseroles ? Évidemment non.

Au contraire, la primaire ouverte a été une aubaine pour le parti les Républicains. Elle lui a permis d'"infuser" ses idées, à quatre reprises en prime time, grâce aux débats télévisés. Elle a mobilisé dans un même élan 4 millions de participants, cette France de droite que d'aucuns disaient disparue ou anémiée. Elle a permis de récolter 17 millions d'euros, soit plus que le budget de campagne.

Elle a surtout fidélisé des électeurs qui se sont sentis écoutés, concernés, investis. Et qui n'ont, somme toute, jamais lâché leur candidat. Au premier tour de la présidentielle, n'oublions pas que François Fillon a rassemblé 7,2 millions de voix, 20% des suffrages. Pour lui, le second tour s'est joué à 450 000 voix près, pour reprendre la formule de Jean-Luc Mélenchon. Mais les militants de droite veulent effacer cet épisode ambivalent et douloureux de leur mémoire. Et la mise à bas de la primaire sert visiblement d'exutoire.

Frédéric Says

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