LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
François Fillon avec Jacques Chirac, le 6 avril 2000.

A droite, que reste-t-il du chiraquisme ?

3 min
À retrouver dans l'émission

C'est un homme, un courant et une carrière qui ont embrassé quarante ans d'histoire de la droite. Et pourtant il est frappant de voir à quel point le nom de Jacques Chirac a été absent des débats de la primaire.

François Fillon avec Jacques Chirac, le 6 avril 2000.
François Fillon avec Jacques Chirac, le 6 avril 2000. Crédits : Georges Gobet - AFP

Comme si l'ancien président était devenu, à droite, le vieil oncle dont on a un peu honte. Pire, quand les candidats ont multiplié les piques contre "l'immobilisme de ces trente dernières années", n'est-ce pas un peu lui qu'ils visaient ? La victoire de François Fillon marque symboliquement la fin du chiraquisme. Pas seulement parce que les deux hommes ont entretenu des rapports singulièrement mauvais. "Jacques Chirac, homme complexe, porte une responsabilité sérieuse dans le décrochage économique et social de la France » écrivait François Fillon en 2006 dans son livre La France peut supporter la vérité.

Avec la victoire filloniste, c'est aussi plusieurs générations de chiraquiens qui sont envoyés au tapis. "Générations" au sens où Jacques Chirac les a générés. Le fillonisme a défait l'héritier adoubé, Alain Juppé. Vous vous souvenez peut-être de cette scène culte, Jacques Chirac affirmait qu'il voterait Juppé en 2012 (et à défaut du maire de Bordeaux, François Hollande). La défaite de Nicolas Sarkozy a aussi fait sortir du jeu - au moins provisoirement - François Baroin, biberonné au chiraquisme.

Au-delà des hommes, le chiraquisme des idées est désormais aussi à ranger dans les livres d'Histoire...

Oui, enfin si le "récit national" prôné par François Fillon l'accepte en son sein aux côtés de Clovis et de Jeanne d'Arc, ce qui est loin d'être sûr.

Entre le chiraquisme et le fillonisme, la filiation des idées est peu évidente. Même si Jacques Chirac a eu sa période libéralo-thatchérienne entre 1986 et 88, la potion proposée par François Fillon emprunte à un autre grimoire. Il s’agit de faire maigrir l’État, de le sevrer d’argent public. C’est un remède de cheval, une austérité anti-électoraliste, un antidote anti-dette, ce qui n’a jamais été le souci principal de l'ancien président. Évidemment, le chiraquisme est une notion difficile à définir : un mélange d'ardeur au combat électoral, d'ajustements idéologiques successifs, mâtiné de quelques grands principes.

Parmi ces principes, le rejet de la thématique identitaire...

Jacques Chirac n'a jamais porté l'identité française comme thème de campagne. Certes, au fond du seau électoral au début des années 90, il s'était laissé aller à parler du "bruit et de l'odeur", mais ce fut dans son parcours davantage une exception qu'une règle. L'avènement de François Fillon, par un score éclatant (et plus encore la défaite d'Alain Juppé et son "identité heureuse"), marquent la victoire sans partage d'une droite qui assume quelque chose de Barrésien. Une identité profonde, structurée, sans complexe, qui s'est révélée à elle-même avec la Manif pour tous ; la "droite d'après", comme l’appelle le politiste Gaël Brustier, qui « articule esprit conservateur et l'esprit contestataire ».

En 1995, à l'orée de la présidentielle, Jacques Chirac avait prévenu ses proches : « Je vais vous surprendre par ma démagogie ». Le maire de Paris avait déjà échoué deux fois à l'élection suprême, à cause (pensait-il) d’un programme trop à droite. Pour être élu, il avait changé son fusil d’épaule et mis en avant la "fracture sociale". Le danger électoral est similaire pour François Fillon. A peine élu, il déjà du s'expliquer sur son projet de rétrécissement de la sécurité sociale, qui suscite la méfiance. "Impossible d'être élu avec cette purge" dit carrément le gaulliste Henri Guaino. D'ici le mois d'avril, François Fillon mettra-t-il de l’eau dans son vin, ou plutôt dans sa potion amère ? Le chiraquisme n’est pas peut-être pas si révolu...

Chroniques
8H19
18 min
L'Invité(e) des Matins (2ème partie)
La gauche peut-elle être au second tour de l'élection présidentielle? (2ème partie)
L'équipe
Production
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......