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Fraçois Fillon, au bord de la Sarthe à coté de l'abbaye Saint-Pierre de Solesmes

Editorialiste politique ou psychanalyste, quel rapport entre ces deux métiers ?

4 min
À retrouver dans l'émission

On aura compris après l’élection surprise de Fillon à la primaire de droite que tout se joue là, dans ces pré-pré-primaire, pré-pré-pré-élection que constituent ces débats télévisuels. Exit Top chef ou The Voice, les émissions politiques sont aujourd'hui devenues une gigantesque téléréalité.

Fraçois Fillon, au bord de la Sarthe à coté de l'abbaye Saint-Pierre de Solesmes
Fraçois Fillon, au bord de la Sarthe à coté de l'abbaye Saint-Pierre de Solesmes Crédits : JEAN-FRANÇOIS MONIER - AFP

Dans le cadre des Matins des psys, la chronique est tenue par le pédiatre et psychanalyste Serge Hefez.

C’est une question me semble-t-il appropriée au moment où les sept candidats à la primaire de gauche sont entrés à leur tour dans l’arène télévisuelle. Séduire, puis voter, on connaît la chanson ! On peut se gausser de Trump, premier président du monde à être effectivement impliqué à l’écran dans une émission de téléréalité. Il a su mettre à profit toutes les ficelles qu’il avait perfectionnées dans ce type d’émission.

Quelques jours après l’élection de François Hollande, on commençait déjà à évoquer l’élection suivante et le mercato des candidats potentiels allait bon train, du reste on spécule déjà sur les chances qu’aura untel ou untel d’être élu en 2022 avec la gourmandise de ceux qui vont aborder une nouvelle saison du Loft et avoir la possibilité d’adouber ou d’éliminer tel ou tel favori.

Les candidats l’ont bien compris : si les qualité morales ou techniquement politiques sont nécessaires, si les programmes sociaux et économiques continuent d’être requis, il s’agit avant tout d’occuper la scène, de faire du buzz, de trouver le bon mot, le bon geste, la formule séduisante qui pourra être relayée à l’infini par les réseaux sociaux. Le bond de popularité de Macron s’est incontestablement produit lors de ce fameux meeting du 10 décembre à Paris, dans ces hurlements insolites que d’aucuns ont qualifiés d’hystériques mais qui furent une belle démonstration de sa sensibilité, de son ventre, de ses affects.

Les critères de choix vous paraissent donc relever de critères avant tout émotionnels ?

Et oui comme dans toute téléréalité, les critères d’élection semblent moins liés à une rationalité qu’à la manière dont nous nous trouvons affectés par celui qui demande notre suffrage. Le cœur a ses raisons que la raison ignore, et les journalistes politiques sont amenés bon gré mal gré à sonder les âmes des candidats, c’est le triomphe d’une psychologie de comptoir qui se déploie en lieu et place d’une sèche rationalité économique.

Où se joue l’élection ?

Le grande émission politique n’est-elle pas ce lieu de « l’ambition intime » où, sous la baguette magique scintillante d’une fée psychanalyste autoproclamée, tous les candidats redoublent d’abattage pour démontrer comment tel ou tel traumatisme de leur petite enfance a été déterminant pour leur future carrière. Dans ce bain tiédasse de conflits oedipiens douloureux, de rivalités fraternelles délétères chacun cherche à faire surgir l’émotion, à susciter l’identification.

Tocqueville l’avait déjà pressenti, il y a près de deux siècles. Il anticipait une société où l’ordre serait fondé sur l’installation des citoyens dans un jeu indéfiniment prolongé…. Bien avant Michel Foucault, il prévoyait qu’une certaine forme d’ordre social se maintiendrait, non pas grâce à l’institution, mais par la manipulation des émotions et des désirs. Ces nouveaux jeux du cirque sont devenus par eux-mêmes des dispositifs de gouvernance très efficaces.

Faudrait-il donc renforcer les mesures de protection de la vie privée ?

Certes, il s’agit d’oublier la thèse des deux corps du président, public et privé, car elle a depuis belle lurette, fait long feu. Nicolas Sarkozy portait sa vie privée en étendard, François Hollande cherchait à la préserver, mais le résultat est identique.

La seule erreur, et elle est de taille, serait de penser que ces atermoiements donnent du sens ou ont la moindre incidence sur les décisions de la vie publique. Et qu’on peut juger de la capacité à raisonner, à décider et à gouverner à partir de ces éléments de l’intimité. Ils ne disent rien, ne révèlent rien, ne fournissent aucun indice. Si nous n’avons qu’un seul corps et un seul cerveau, nous avons tous une infinité d’aptitudes et de savoir faire. Un homme politique se juge à ses programmes et à ses résultats, et non aux pseudos portraits psychologiques toujours contradictoires qu’on pourrait tirer de sa vie intime.

Chroniques

8H19
15 min

L'Invité des Matins (2ème partie)

Les Matins des psys : Réparer les divans (2ème partie)
Intervenants
  • Responsable de l'unité de thérapie familiale dans le service de psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière de Paris
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