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Edouard Philippe sur le plateau de l'Emission politique, le 28 septembre 2017.

Edouard Philippe, le directeur de cabinet de la République

3 min
À retrouver dans l'émission

Invité hier soir sur France 2, le chef du gouvernement a présenté un visage sérieux, appliqué, technique... voire techno.

Edouard Philippe sur le plateau de l'Emission politique, le 28 septembre 2017.
Edouard Philippe sur le plateau de l'Emission politique, le 28 septembre 2017. Crédits : Thomas Samson - AFP

Il y a quelque chose de singulier à observer Édouard Philippe se débattre pendant plus de deux heures sur un plateau télé - en l'occurrence celui de "L'émission politique" hier soir sur France 2. Pas simplement parce que ce boxeur amateur, au front dégarni et à l'allure altière présente un curieux mélange de décontraction et de crispation.

Son maintien un peu rigide, son flegme orgueilleux, son humour pince-sans-rire lui donnent une allure de grand commis de l’État, de directeur de cabinet. Une impression renforcée par l'usage permanent du langage "techno" : priorité aux chiffres, aux dossiers, au contexte. Si l'objectif était de faire la pédagogie des réformes, il n'est pas sûr qu'il ait été atteint. Au cours de longs développements, le premier ministre s'est souvent retranché derrière les pourcentages et les fractions - dans un style qui ferait passer le plus sobre spécialiste des finances publiques pour un sémillant GO du Club Med. [extrait sonore]

Est-ce la volonté d'effacer sa rentrée médiatique ratée et imprécise chez Jean-Jacques Bourdin ? Est-ce une réminiscence de l'ENA ? Toujours est-il que ce pointillisme se double d'une vraie qualité d'écoute, que l'on perçoit rarement à ce niveau de responsabilités. Les deux mains jointes devant le visage, légèrement penché vers son interlocuteur, Édouard Philippe ne cherche pas à briller ni à plaire.

"Lui c'est lui, et moi c'est... lui"

Cette image de super-directeur de cabinet nous revient encore quand le chef du gouvernement est mis en difficulté sur le fond des dossiers.

Sur la PMA ouverte à toutes les femmes (qu'il refusait il y a quatre ans), il botte en touche. Certes, il reconnaît une "évolution personnelle", mais sans vraiment dire laquelle. Avant de renvoyer à la concertation, au dialogue, à l'échange (mots compte triple au scrabble politique).

« Pour enterrer un problème, créez une commission » professait Clemenceau. Beaucoup de problèmes semblent ainsi avoir vocation à être inhumés. Sur l'aéroport de Notre-Dame des Landes ou sur la fermeture de réacteurs nucléaires, là encore Édouard Philippe s'en remet aux rapports et aux expertises, sans donner sa conviction. [Extrait sonore]

Au total, les certitudes et les hésitations d’Édouard Philippe disent beaucoup de l'agenda gouvernemental. Inflexible sur les réformes économiques, le premier ministre semble en revanche habité par le doute cartésien (par la procrastination ?) dès qu'il s'agit des thèmes sociétaux et environnementaux.

Ce décalage illustre aussi la difficile transhumance politique des anciens membres de LR. Ils sont en totale cohérence avec Emmanuel Macron sur le plan économique... et sont obligés de gommer leurs convictions d'hier sur la PMA ou le nucléaire.

Un embarras qui montre que le fameux clivage droite-gauche n'est pas uniquement une invention de l'esprit ou une vieillerie inopérante.

Cela dit, Édouard Philippe n'a guère le choix. On le sait, les convertis sont toujours les plus zélés. Débauché par Emmanuel Macron, l'ancien proche d'Alain Juppé est arrivé sans troupes, sans parti, sans alliés.

Le premier ministre est donc dans la main du chef de l’État. Obligé de s'inscrire dans ses pas, en fidèle directeur de cabinet. De veiller à exécuter la "vision" du président avec minutie. On n'imagine pas Edouard Philippe reprendre à son compte la formule de Laurent Fabius, alors premier ministre, pour François Mitterrand : "Lui c'est lui et moi c'est moi". Sur Jean-Marc Ayrault, François Hollande avait ce jugement : "Il est tellement loyal qu'il n'"imprime" pas" (Un président ne devrait pas dire ça, ed. Stock). Le diagnostic s'applique à l'actuel locataire de Matignon.

Frédéric Says

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