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Edouard Philippe a proclamé sa "loyauté" à Emmanuel Macron... en tout cas pour la prochaine élection présidentielle.

Édouard Philippe va créer son parti... mais pourquoi faire ?

4 min
À retrouver dans l'émission

Après le Modem et la République en Marche, la majorité comptera bientôt un nouveau parti en son sein, celui d'Edouard Philippe, officiellement lancé demain.

Edouard Philippe a proclamé sa "loyauté" à Emmanuel Macron... en tout cas pour la prochaine élection présidentielle.
Edouard Philippe a proclamé sa "loyauté" à Emmanuel Macron... en tout cas pour la prochaine élection présidentielle. Crédits : Loïc Venance - AFP

Si vous êtes passionné de rubik's cube et autre casse-tête, intéressez-vous à l'architecture des partis de la majorité. 

On le sait, il y a La République en Marche (le parti d'Emmanuel Macron), le Modem (le mouvement de François Bayrou). S'ajoute à cela un petit parti de centre-droit, dénommé Agir. Sans oublier l'aile gauche du macronisme, rassemblée dans une structure qui s'appelle Territoires de Progrès.

C'est compliqué ? Eh bien vous n'avez encore rien vu. Car les stratèges macronistes veulent en finir avec toutes ces chapelles ; ils comptent les unir dans la perspective de 2022. Présidentielle, bien sûr, mais surtout législatives. Avec un label unique, partout en France, pour les candidats qui se réclameront d'Emmanuel Macron. 

D'accord, mais quelle forme doit prendre cette structure, qui chapeautera les partis existants ? Là-dessus, personne n'est vraiment d'accord. François Bayrou veut l'union, mais refuse que le Modem soit dissous. Comme, à vrai dire, tous les chapeaux à plume de la majorité : favorables au regroupement mais attentifs à leur petite boutique.

Résultat : ce nouveau parti pourrait prendre la forme d'une confédération de mouvements déjà existants. Il s'agit d'une maison commune, selon le terme en vogue. Maison commune où chacun garde sa chambre individuelle.

Et comme si tout cela était encore trop simple, voici qu'un nouveau parti va être créé ce week-end, dans le giron de la majorité. 

Cette fois, c'est Édouard Philippe qui se lance. L'ancien Premier ministre est bien décidé à consolider son assise. Un parti à soi, cela permet de rassembler des élus, d'enrôler des militants et de constituer un trésor de guerre : les financements publics des partis sont calculés en fonction du nombre de voix qu'ils obtiennent à la présidentielle. 

En créant sa structure, Édouard Philippe renforce donc, à court terme, son assise et son autonomie. Même si pour l'heure, il a juré fidélité à Emmanuel Macron, en tout cas jusqu'à la présidentielle de l'an prochain. 

Et à long terme, que vise l'ancien Premier ministre Édouard Philippe en créant son parti ? 

Il sait que dans six mois, quoi qu'il se passe, commencera la course à l'élection... 2027. Ce sera le cas si Emmanuel Macron perd, bien sûr. Mais ce sera aussi le cas s'il gagne, puisque la constitution ne permet pas d'exercer plus de 2 mandats présidentiels consécutifs.

En fait, si l'on dézoome des petits tracas microscopiques et des jeux de partis, Édouard Philippe fait face à une malédiction de la Vème République. 

Quel avenir une fois qu'on a été premier ministre ? 

C'est le travail le plus ingrat de la politique. Vous êtes là pour prendre les coups et pas la lumière. Vous rendez les arbitrages, vous rendez service, puis vous rendez votre tablier.

Difficile d'exister après Matignon. Prenez Laurent Fabius, le plus jeune premier ministre de la Vème République, nommé en 1984 à 37 ans. Quelques années et une défaite électorale plus tard, le voici suivi par une caméra d'Antenne 2. Reportage assez cruel où on voit l'ancien chef du gouvernement, esseulé en campagne, un mégaphone à la main, au bas d'un HLM [extrait sonore].

On a parlé de « L'enfer de Matignon », selon le titre du livre de Raphaëlle Bacqué. On pourrait tout autant parler de « l'enfer de l'après-Matignon ». Que faire quand vous avez tutoyé les sommets ? Quel poste, quelle responsabilité convoiter ? L’Élysée est la seule ligne qui manque à votre CV politique. 

Beaucoup ont tenté cette ascension, peu ont réussi. En 2010, l'ancien chef du gouvernement Dominique de Villepin lance son parti, comme le relate la chaîne Public Sénat [extrait sonore].

Mais de campagne il n'y aura point. Les sondages ne décollent pas. Et Villepin remise ses ambitions présidentielles. 

A Matignon le quotidien crée une usure, parfois une impopularité dont il est ardu de se débarrasser. Édouard Balladur a payé pour le savoir. Lionel Jospin aussi. 

Ce n'est pas un hasard si Jacques Chirac a refusé Matignon, avant l'élection de 1995, finalement victorieuse. Jean-Pierre Raffarin et Jean-Marc Ayrault ont quitté la scène, trop loyaux et donc trop invisibles. Georges Pompidou, ex-premier ministre du général de Gaulle, a gagné parce qu'il s'en est distingué. 

Un premier ministre, ça n'accède pas à l’Élysée, ou rarement. En créant son parti, voici donc la jurisprudence qu'Edouard Philippe tente de faire mentir.

Frédéric Says

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