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Emmanuel Macron, le 16 avril 2020, dans une visioconférence à l'Elysée avec le Comité d'analyse, de recherche et d'expertise.

Emmanuel Macron bétonne sa défense

3 min
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Le chef de l'Etat anticipe les mises en cause qui accompagneront le déconfinement.

Emmanuel Macron, le 16 avril 2020, dans une visioconférence à l'Elysée avec le Comité d'analyse, de recherche et d'expertise.
Emmanuel Macron, le 16 avril 2020, dans une visioconférence à l'Elysée avec le Comité d'analyse, de recherche et d'expertise. Crédits : Yoan Valat - AFP

Le chef de l’État sait que l'après-confinement sera rude, du point de vue politique.  

D'abord parce que les oppositions vont lâcher les coups. Jusqu'ici, elles les ont plutôt retenus. Soit par adhésion à une forme d'unité nationale. Soit - plus cyniquement - parce que les polémiques auraient paru déplacées à la population.  

Ensuite parce que les groupes radicaux (type black-blocks et ultra-droite), pourraient réinvestir la rue ; c'est en tout cas une crainte des services de renseignements, selon les documents consultés par nos confrères de Franceinfo.  

Enfin, parce que des plaintes ont été déposées contre plusieurs membres du gouvernement. Des plaintes issues de patients ou de médecins qui accusent les ministres de ne pas avoir pris (ou pas assez vite) les bonnes décisions face à la pandémie.

Certes, ces plaintes ne seront pas forcément recevables. Mais dans tous les cas l'exécutif est perdant : si elles sont écartées par la cour de justice de la République, les opposants dénonceront une « justice aux ordres » ; si elles sont instruites, alors les ministres se trouveront en position d'accusés.  

C'est surtout le rôle du parlement (et des commissions d'enquête) de discerner les responsabilités, les fautes commises et les accusations factices  

Mais là encore, il n'y aura que des coups à prendre pour l'exécutif.  

Car les catastrophes évitées, grâce à des choix pertinents, sont par définition invisibles... puisqu'elles n'ont pas eu lieu.  

En revanche, les ratés, les hésitations, les contradictions sont, elles, impossibles à masquer. 

C'est pour toutes ces raisons qu'Emmanuel Macron a commencé à muscler sa défense cette semaine.  

Et cette plaidoirie pro-domo est intéressante à analyser. Elle tient en trois points.  

1 – reconnaître l'existence de failles. « Comme vous, j'ai vu des ratés », a lancé Emmanuel Macron dans son allocution, l'autre soir. Une manière de ne pas apparaître en adorateur de la méthode Coué. Une façon, aussi, avec le verbe « voir », de se présenter en témoin et non pas en responsable de ces ratés.

2 – comparer la France avec les autres pays. « Comme tous les pays du monde, nous avons manqué de matériel » dit le président.  

Et c'est vrai que presque partout les gouvernements ont eu à faire face à des pénuries de masques, à des reproches en réaction trop tardives, à des mauvaises surprises techniques, comme ces 600 000 tests commandés par l'Espagne, qui se sont avérés défectueux.  

Mais il demeure le contre-exemple allemand, où la mortalité due au covid-19 reste très faible. Où ce qui manque à la France - c'est à dire des hôpitaux bien équipés et un tissu industriel dense - a permis d'empêcher la pénurie de lits, de tests et de respirateurs. Même si la chancelière Merkel reste prudente : elle a parlé hier d'un « succès d'étape fragile ».  

3 - faire en sorte que les dirigeants d'aujourd'hui et d'hier fassent bloc. Ne pas chercher de bouc-émissaire, ne pas entrer dans une guerre des responsabilités.  

C'est pour cela, qu'il exonère Agnès Buzyn, son ex-ministre de la Santé, qui a pourtant eu des mots très durs contre la décision de maintenir les municipales. Dans un entretien au Point (abonnés), le chef de l’État affirme qu'elle a vu venir très tôt la crise. 

C'est ainsi, également, que le président de la République évite de mettre en cause les gouvernements précédents dans la fonte du stock de masques. Il s'y refuse « même si ce serait plus facile », comme il le glisse, dans un sourire entendu, aux journalistes du Point.  

Voilà comment Emmanuel Macron compte faire face. Pour éviter, après une guerre sanitaire, une guerre de tranchées politiques.  

L'objectif, bien sûr, est de prévenir le vote-sanction au nouveau scrutin municipal (en juin ou à l'automne), puis aux élections régionales, l'année prochaine.  

Mais aussi et surtout de maîtriser le récit de ces événements. Cette pandémie restera sans doute pour l'Histoire l'événement majeur des années 2017-2022 en France.  

Tout comme y restera la capacité de ses dirigeants à y avoir fait face... ou non.    

Frédéric Says

Chroniques

8H20
37 min

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