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Emmanuel Macron, le 12 juillet 2016.

Emmanuel Macron et les délices de l'"anti-système"

2 min
À retrouver dans l'émission

C'est fait : Emmanuel Macron s'est produit hier soir pour la première date de sa tournée qui doit l'emmener jusqu'en 2017. Son meilleur tube ? "Je suis l'anti-système"

Emmanuel Macron, le 12 juillet 2016.
Emmanuel Macron, le 12 juillet 2016. Crédits : Christophe Petit Besson - Maxppp

Musique, scénographie, tout y est : fond bleu-blanc-rouge, jeunes sympathisants, le ministre-pas-encore-candidat déambule sur la scène, sans cravate, au milieu de trois prompteurs. Tout cela est si moderne...

Mais comme souvent, il est intéressant de dissocier la chorégraphie et les paroles. Alors que dit Macron dans le texte ? Peu de propositions concrètes, mais un long réquisitoire contre les élites.

A plusieurs reprises, sous les applaudissements, Emmanuel Macron s'est décrit comme le candidat qui bouleverse "l'ordre établi", "qui dérange le système", "contre ceux qui sont tout en haut".

Encore un peu et Emmanuel Macron sortait son balai pour nettoyer la classe politique, façon Schwarzenneger en Californie.

On se frotte les yeux, on se pince, mais oui, c'est bien le ministre de l’Économie qui parle ainsi. Ses adversaires ne manqueront pas de rappeler son parcours : Sciences Po, l'ENA, inspecteur des finances, ex-banquier d'affaires... désormais parangon de l'anti-système. Un peu comme si José Bové était le candidat de Monsanto, ou Philippe Poutou celui de la CGPME. Mais au-delà du décalage, cette rhétorique est intéressante par ce qu'elle dit de l'époque politique.

Quel est le calcul d'Emmanuel Macron ?

Face à la défiance sourde, violente, contre tout ce qui ressemble à de la politique, Emmanuel Macron veut passer entre les gouttes. Dénué de troupes, de parti, de fonds, il joue sur son seul atout : la popularité des sondages. Ou, par contraste : l'impopularité des partis. Il joue donc l'homme neuf-qui-n'est-pas-issu-du-sérail. Comme si le fait d'avoir peu fréquenté les appareils partisans induisait une pureté naturelle. Désormais, on pardonne davantage aux banquiers qu'aux politiques, c'est dire la situation.

N'y a-t-il pas, d'ailleurs, un phénomène du même ordre aux États-Unis avec Donald Trump ? Aux yeux de ses électeurs, le candidat-homme d'affaires est perçu comme forcément plus honnête parce qu'il a fait sa fortune lui-même, loin des "couloirs de Washington" qu'il abhorre.

En France, ce discours tend à se répandre chez tous les candidats.

On passe sur Marine Le Pen, pour qui l'anti-système est un thème récurrent. "Je vote pour qu'ils dégagent", c'est le slogan choisi par Jean-Luc Mélenchon pour sa caravane d'été. A droite, Laurent Wauquiez et Bruno Le Maire n'ont de cesse de critiquer le petit milieu parisien, comme pour expier leur appartenance à celui-ci. Macron ne fait qu'aspirer l'air du temps, pour capter une partie de la radicalité qu'expriment les électeurs.

Certes, ce n'est pas nouveau. Le poujadisme a toujours essaimé, mais désormais, ce discours est en passe de se généraliser. Le discours anti-système comme marqueur du système ?

La campagne de 1995 s'était jouée sur la fracture sociale ; celle de 2002 sur l'insécurité ; celle de 2007 sur le malaise identitaire... 2017 sera celle du procès des élites.

Si l'on prend un peu de recul, qu'a t-on vu, salle de la Mutualité ?

Un candidat, au milieu des siens, pestait contre les élites. A l'extérieur, plusieurs dizaines de CRS protégeaient le rassemblement, face à des manifestants qui eux-même... fustigeaient les élites.

Une mise en abyme qui annonce la tonalité de la future campagne.

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