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Le président Macron arrivant près de la pyramide du Louvre, pour donner son discours, après l'annonce de sa victoire.

Emmanuel Macron, l'élection "et en même temps"...

3 min
À retrouver dans l'émission

La victoire du candidat d'En Marche est un exploit électoral. Elle n'en recèle pas moins un certain nombre de paradoxes...

Le président Macron arrivant près de la pyramide du Louvre, pour donner son discours, après l'annonce de sa victoire.
Le président Macron arrivant près de la pyramide du Louvre, pour donner son discours, après l'annonce de sa victoire. Crédits : Philippe LOPEZ / POOL / AFP - AFP

Cette victoire est si paradoxale qu'elle semble avoir été conçue pour utiliser l'expression favorite du nouveau chef de l’État : « et en même temps ». Posons quelques-uns de ces paradoxes.

- C'est un score très large, une victoire plus ample que ne le prévoyaient les sondages... et en même temps l'abstention, les votes nuls et blancs, rassemblent plus du tiers des électeurs inscrits.

- C'est un trentenaire devenu le plus jeune président d'un État démocratique dans le monde... et en même temps son entourage politique (qui a été envoyé hier soir sur les plateaux télé), totalisait souvent davantage d'années de mandats que l'âge d'Emmanuel Macron lui-même.

- C'est le plus jeune président français, et en même temps, ce sont d'abord les électeurs les plus âgés qui l'ont porté au pouvoir : 80% des plus de 65 ans ont voté Macron, contre seulement 55% des 18-24 ans.

- C'est le président revendiqué d'une France unie, apaisée, optimiste, et en même temps le Front national a pulvérisé son record de voix, à près de 11 millions de bulletins.

- C'est un candidat qui s'est présenté comme "anti-système"... et en même temps, il a réuni derrière lui au deuxième tour l'ensemble des partis de gouvernement, les syndicats, le Medef, la plupart de la presse écrite, le soutien des deux derniers présidents, et des quatre derniers premiers ministres, de Jean-Pierre Raffarin à Manuel Valls...

- C'est le candidat qui dénonce la filiation d'extrême-droite du FN, et même temps, il affirme "respecter ses électeurs".

- C'est un candidat qui obtient une large majorité à la présidentielle, et en même temps, 61% des Français ne veulent pas qu'il obtienne une majorité absolue, selon une étude de l'IPSOS parue hier soir.

A LIRE : Aux sources des idées d'Emmanuel Macron

Autre paradoxe : l'ambiance contrastée de l'élection hier soir...

Inconnu il y a trois ans, dépourvu de parti il y a dix-huit mois, et finalement élu président : c'est un exploit électoral absolument inédit.... et en même temps, l'atmosphère hier soir n'était pas à l'euphorie.

Avez-vous remarqué le silence dans les rues ? Allez, j'exagère, il y a bien eu une célébration (fort réussie d'ailleurs), sur l'esplanade du Louvre... Mais à part ça ? Avez-vous entendu le concert de klaxons qui assourdissent d'habitude les villes au soir du deuxième tour ?

Non, l'élection d'hier soir fut une soirée très raisonnable. Raisonnable : nous tenons le mot-clé. Ce fut un vote de raison. Doublement : d'abord parce que le vote Macron a été - pour une part - un vote utile au 1er tour, un vote barrage au second. Pour de nombreux électeurs, il a fallu se "faire une raison".

Ensuite, parce que le programme d'Emmanuel Macron n'a pas fait miroiter de promesses irraisonnées. Tout cela n'aide pas à susciter l'enthousiasme débridé.

Qui défilerait en chantant pour célébrer le changement de gouvernance de l'assurance chômage ? Qui allumerait des fumigènes pour fêter le remplacement des cotisations salariales par 1,7 point de CSG ?

Certes, dans le vote Macron, il y a bien sûr un vote d'adhésion, mais selon les études publiées hier soir, il est minoritaire.

Dans une élection présidentielle classique, le vainqueur du second tour commence son mandat dans l'euphorie, avec un cote de popularité maximale. Ce qu'on appelle souvent la période des "cent jours".

Cette fois-ci, Emmanuel Macron sait qu'il ne disposera pas de cette période de répit. Élu en partie par défaut, boudé par 12 millions d'abstentionnistes et 4 millions de bulletins blancs ou nuls, il est le premier président sans "état de grâce". Le point positif ? S'il doit décevoir, mathématiquement il décevra moins de monde.

Frédéric Says

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