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"J'ai touché du doigt les limites de notre système politique"

Emmanuel Macron, libéré, délivré

4 min
À retrouver dans l'émission

Paradoxe : l'ex-ministre de l’Économie souligne l'impuissance politique... pour mieux promettre l'espoir.

"J'ai touché du doigt les limites de notre système politique"
"J'ai touché du doigt les limites de notre système politique" Crédits : Reuters

Quelle souffrance d'être ministre de l’Économie sous François Hollande ! Quatre ans, quatre titulaires :  Moscovici, Montebourg, Macron, et donc désormais Sapin.
La passation de pouvoir est devenu une activité à plein temps, dans cette grande salle boisée du 8eme étage de Bercy. Là où l'on a vu tous ces ministres éplorés raconter, trémolos dans la voix, la nouvelle vie qui s'ouvrait. Souvenez-vous par exemple d'Arnaud Montebourg, il y a deux ans :

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Billet politique Son 1 - Montebourg, la démission

(Depuis, Cincinnatus est de retour et a laissé ses charrues dans le champ).

Hier, c'est Emmanuel Macron qui a donc commencé à creuser son sillon. Il est intéressant de se concentrer sur son champ lexical, d'écouter les raisons qu'il avance pour justifier sa démission.

Emmanuel Macron ne part pas parce qu'il n'a pas inversé la courbe du chômage, il ne part pas parce que le déficit commercial peine à se résorber, ou parce que la consommation est trop faible... Non, c'est une raison toute différente que donne l'ex-ministre de l’Économie :

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14 sec
Billet politique Son 2 - Macron - être libre

"Les combats que l'on m'a autorisés à mener". Allusion au passage à la trappe de sa loi Macron II, au profit de la loi Travail de Myriam El Khomri.

Autrement dit, je n'ai pas fait assez parce qu'on ne pas assez laissé faire. Même si Emmanuel Macron a rendu hommage à François Hollande quelques instants plus tard, l'accusation est là : un ministre à notre époque est enserré, lié, contraint de toute part :

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12 sec
Billet politique son 3 - macron solidarité gouvernementale

Le propos semble de bon sens et pourtant que dit-il, entre les lignes ? Qu'Emmanuel Macron, malgré un bilan économique mitigé, aurait voulu étendre davantage son périmètre, intervenir dans d'autres domaines. C'est-à-dire en ayant échoué dans le sien, il aurait souhaité empiéter sur celui des autres. Mais, déplore-t-il, il s'est trouvé confronté à la frilosité, à la jalousie, à la-religion-du pré-carré.

C'est un discours qui est cohérent avec son meeting du 12 juillet dernier, quand il se présentait en "recours" contre les "élites" et le "système politique".

Alors c'est un raisonnement qui interroge : si demain Macron est président de la République, jouera de cette facilité rhétorique ? Expliquera-t-il ses échecs par le fait que l'ONU ou l'Allemagne ne l'ont pas laissé intervenir sur les sujets qu'il aurait souhaité ?

Finalement, quel message a porté Emmanuel Macron hier soir ?

En mettant en scène ses limites, ses contraintes de ministres, il a glissé, en toute modernité, ses idées dans le moule de la pensée unique selon laquelle la politique ne peut plus rien.

Une stratégie de la dérobade qui correspond bien avec l'air du temps. Certes, on peut reconnaître à Emmanuel Macron qu'il n'a blâmé ni l'Europe ni son administration, deux des bouc-émissaires préférés chez les politiques déçus ou déchus.

Reste que ce syllogisme : "le système est pourri - il faut de la nouveauté - et la nouveauté c'est moi" - pourrait bien vite trouver sa limite.

On a beaucoup dit qu'Emmanuel Macron était blairiste. Il est peut-être davantage churchillien, en tout cas dans la formule : "réussir c'est aller d'échec en échec sans perdre son enthousiasme".

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