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La carrière d'Emmanuel Macron

Emmanuel Macron ou la tentation de Brutus

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Le ministre de l’Économie met en avant sa "loyauté" mais refuse d'être "un obligé". Il remet en cause les 35 heures, l'ISF ou le statut des fonctionnaires... Mais l’Élysée assure que tout est sous contrôle. Jusqu'à quand ?

La carrière d'Emmanuel Macron
La carrière d'Emmanuel Macron Crédits : Idé - Radio France

Quand François Hollande décide en 2014 de nommer ce gentil trentenaire quasi-inconnu à la tête de Bercy, il y a dans ses yeux un peu de bienveillance et, disons-le, un peu d’orgueil. En substance : "ce Macron va vous étonner, et c’est moi qui l’ai déniché". Pour un peu, on croirait entendre Valéry Giscard d’Estaing se rengorger dans la cour de l’Élysée, en 1974, fier d’avoir nommé le tout jeune Jacques Chirac à Matignon :

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Son 1 Billet politique Giscard Macron

"Pas mal", Emmanuel Macron, au point d’avoir d’abord ringardisé Manuel Valls, dépouillé de son image de transgresseur… "Pas mal", au point aussi de s'être imposé dans les sondages - dont on sait ce qu'ils valent à un an de la présidentielle, certes. D'après l'étude commandée par Libération parue hier, les Français placent Macron en tête, parmi ceux à gauche qui feraient un bon président.

« Ce cruel moment était venu (…) ; il avait été trop heureux, il devait voir les hommes et les choses se tourner contre lui. »

C’est Balzac qui parle ainsi dans les Illusions perdues. "Illusions perdues", cela caractérise d’ailleurs sans doute bien l’état d’esprit d’Emmanuel Macron : rétrogradé dans le rang protocolaire lors du dernier remaniement, empêché de présenter sa propre loi, au profit de Myriam El Khomri, jalousé par les ministres hollandais historiques...

Alors en lançant son propre mouvement, Emmanuel Macron joue-t-il le rabatteur de voix ou bien le Brutus à gueule d'ange ? L’Élysée fait mine que tout est sous contrôle... C'est souvent mauvais signe.

"Tu quoque mi fili"
"Tu quoque mi fili" Crédits : Philippe Wojazer - Reuters

Au point qu’Emmanuel Macron peut être à François Hollande ce que Nicolas Sarkozy fut à Chirac ?

Le parallèle est intéressant. Souvenez-vous, à partir de 2002. Nicolas Sarkozy fait le calcul que Jacques Chirac, trop usé, trop impopulaire, ne pourra pas se représenter. Il choisit donc de se démarquer, chaque fois qu'il le peut, pour construire sa popularité en opposition au président. En opposition, aussi, à un système jugé à bout de souffle. Quand il y a dissension, il y a sujet au 20 heures, et le novice Macron (qui plaide l’ingénuité et les phrases sorties de leur contexte) l'a compris mieux que personne.

Se démarquer, toujours, quitte à être à rebours de son camp : à l'époque, Sarkozy défend la discrimination positive, aujourd'hui Macron plaide la fin des 35 heures. Sarkozy fait voter la fin de la double peine, Macron fait voter l’ouverture des magasins le dimanche. « Je ne dois rien à Jacques Chirac », disait Nicolas Sarkozy… « Je ne suis pas son obligé » dit Macron de Hollande ce matin, dans un entretien au Dauphiné Libéré.

Alors jusqu’à quand un président affaibli peut-il laisser faire ? De provocation en provocation, on voit mal désormais comment le chef de l’État pourrait ne pas taper du poing sur la table, ne pas reprendre, en substance, cette phrase de Jacques Chirac, lancée à l'époque en direction de Nicolas Sarkozy :

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Son 2 Billet politique Chirac Macron

Frédéric Says

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