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Emmanuel Macron, le 18 juin 2017.

Emmanuel Macron seul à la barre

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Avec le départ des poids lourds du Modem, le chef de l'Etat a les coudées franches. Et un gouvernement à sa main.

Emmanuel Macron, le 18 juin 2017.
Emmanuel Macron, le 18 juin 2017. Crédits : Bertrand Guay - AFP

Emmanuel Macron ne doit plus rien à personne. Après sa campagne présidentielle menée avec une foi d'exalté et un petit groupe de fidèles, peu de gens pouvaient se targuer d'avoir contribué à la victoire, sinon lui-même. Mais François Bayrou faisait partie de ce petit cercle.

En se ralliant, à la fin du mois de février, il offrit ses 5% d'intentions de vote à Emmanuel Macron – ce qui n'est pas un détail pour accéder au second tour - et relança la dynamique de sa campagne.

Désormais, cette dette est purgée. François Bayrou n'est plus qu'un ex-ministre à la tête d'une formation politique dont En Marche n'a pas besoin pour sa majorité parlementaire.

"Il est des services que l'on ne peut remercier que par l'ingratitude", comme dirait l'autre. François Mitterrand avait mis un peu plus de trois ans à se débarrasser de ses alliés communistes au gouvernement, Emmanuel Macron a mis un peu plus de trois semaines pour en faire autant avec le Modem.

Accélération du temps politique sans doute, habileté surement. Car personne n'imagine que ces départs se soient décidés contre l'assentiment d'Emmanuel Macron, ni même sans celui-ci.

On en voit bien l'avantage : purger le gouvernement de toutes ces bombes à retardement qui menacent d'emporter les ministres. Et d'entacher l'équipe gouvernementale présentée comme celle du "nouveau monde" politique, loin des pratiques du passé.

Il n'était donc pas question de laisser pourrir la situation. Sauf que cette précaution créée un précédent. Cette prudence devient aussi une jurisprudence. En l'occurrence, seule une enquête préliminaire vise les ministres qui partent. Pour mémoire, l'enquête préliminaire, c'est le moment où le parquet enquête pour savoir s'il y a ou non matière à aller plus loin. Autrement dit, c'est le stade le plus précoce d'une investigation judiciaire. Jadis, les ministres démissionnaient quand ils étaient mis en examen, voire condamnés. C'est d'ailleurs la règle qu'avait explicitement fixé Édouard Philippe.

En allant plus loin, en ouvrant la trappe sous les pieds des ministres modem, Emmanuel Macron s'expose à devoir reconduire cette jurisprudence chaque fois qu'une enquête préliminaire touchera l'un de ses ministres. Cela peut devenir une prime aux dénonciations les plus farfelues, aux manœuvres les plus grossières, aux mises en causes les plus calculées.

Mais peut-être que le triomphe du macronisme était-il à ce prix...

Il s'agissait de se défaire des derniers stigmates de l'"ancien monde politique". Dans ce nouveau gouvernement, il reste certes deux membres du Modem, mais qui sont nommés au rang de secrétaires d’État ou de "ministre auprès de ministre", sans attributions précises. On connait d'ailleurs le poids des secrétaires d’État depuis cette phrase définitive de Renaud Muselier : « le ministre Villepin fait tout, et moi je fais le reste ».

Dans le casting, outre des proches et des ralliés, Emmanuel Macron a choisi des personnalités compétentes, reconnues... mais parfois sans passé militant, sans attaches partisanes, sans poids politique. Et donc facilement révocables, sans rapport de force, sans menace de crise politique. Plus qu'un collectif gouvernemental, des individualités précaires au service du projet macroniste.

Désormais, Emmanuel Macron est seul. Ou plutôt seul avec son gouvernement, ce qui revient au même.

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