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Le mouvement En Marche va recruter des rédacteurs et des vidéastes pour créer ses propres contenus.

En Marche veut constituer son propre média, et alors ?

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Le mouvement d'Emmanuel Macron veut relayer les "initiatives citoyennes" et les "actualités" partisanes. Rien de plus classique pour un parti politique...

Le mouvement En Marche va recruter des rédacteurs et des vidéastes pour créer ses propres contenus.
Le mouvement En Marche va recruter des rédacteurs et des vidéastes pour créer ses propres contenus. Crédits : Lionel Chamoiseau - AFP

C'est une annonce faite lors de la convention du mouvement ce week-end. En Marche veut constituer un "média", pour produire et partager ses articles et ses vidéos. "Le but, c'est de sortir du traitement sous l'angle politicien", explique une porte-parole, qui veut "mettre en lumière les initiatives des militants".

Immédiatement, cette nouvelle a déclenché le scepticisme voire la colère de certains journalistes, qui dénoncent le risque d'un "organe de propagande". On comprend bien le sous-texte : depuis plusieurs mois, les relations entre la presse et En Marche sont tendues. La communication est verrouillée, et personne n'a oublié que l’Élysée voulait sélectionner les journalistes autorisés à suivre le président de la République.

LIRE AUSSI : "Les journalistes auront-ils le droit de déplaire à l’Élysée ?"

C'est donc dans ce contexte de défiance que s'inscrit la polémique sur la création de ce média En Marche. D'autant que le mouvement affirme qu'il va recruter des rédacteurs et des vidéastes pour produire les contenus...

Mais sur le fond, y a-t-il vraiment un péril ?

Faut-il que les journalistes aient perdu confiance en leur propre influence, en leur singularité, pour craindre d'être concurrencés par un média officiel dédié à célébrer le macronisme en marche...

Évidemment, les tentatives de sélection des journalistes, les pressions face aux articles qui déplaisaient étaient (sont) condamnables. Mais que le parti présidentiel crée un support pour diffuser ses idées, quoi de plus naturel ? Qu'il le fasse avec les moyens de communication actuels, quoi de plus normal ?

Il eut été tout aussi absurde de reprocher au PS la création de son journal "l'Hebdo des socialistes" (qui totalise à ce jour 868 numéros), ou de contester l'existence de "Les Républicains magazine", le trimestriel de LR. Ou encore d'appeler à la fermeture du principal média de Mélenchon, c'est à dire son compte Youtube (370 000 abonnés). Ce "média" En Marche, (en réalité ses vidéos diffusées sur le web), convaincra-t-il au-delà de ceux qui sont déjà convaincus ?

En réalité le problème est bien plus large. Il pose la question de l’étiquetage sur internet : qui parle ? Et d'où parle-t-il ?

A première vue, entre un organe communicationnel d'un parti et un média traditionnel, la différence est nette. Mais en réalité, la palette est plus complexe : entre ces deux extrêmes, s'intercalent les médias militants, les sites partisans, les blogs engagés... Ce qui rend la frontière est de plus en plus poreuse. Et surtout de moins en moins discernable au premier coup d’œil.

Les formations politiques ont d'ailleurs leur responsabilité dans ce brouillage. Comme le remarquait mon confrère Samuel Laurent du Monde, les partis utilisent de plus en plus le vocabulaire de la presse pour leur communication : par exemple, En Marche produit déjà des "Désintox" (une rubrique de vérification du journal Libération) ; le PS diffuse régulièrement ce qu'il appelle un "édito" de Jean-Christophe Cambadélis ; l’Élysée produit des "reportages" en vidéo. La confusion est évidemment savamment entretenue. Aux journalistes, dès lors, de faire en sorte que leur contenu ne puisse jamais être confondu : ni avec un clip promotionnel, ni avec un pamphlet pavlovien.

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