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François Hollande et Pierre Gattaz, le 21 janvier 2014.

Entre François Hollande et Pierre Gattaz : "it's complicated"

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Hauts et bas de la relation entre l'Exécutif et le patron du Medef.

François Hollande et Pierre Gattaz, le 21 janvier 2014.
François Hollande et Pierre Gattaz, le 21 janvier 2014. Crédits : Philippe Wojazer - AFP

Ce quinquennat ressemble d’un certain point de vue, Pierre Gattaz, à l’officialisation d’une relation. Avant, la gauche était un peu honteuse de vous voir. Enfin, publiquement... trop s'afficher avec le patronat, c’était mal vu... Elle préférait vous recevoir discrètement dans les antichambres de la République ; vivons heureux, vivons cachés. Elle vous écoutait, bien sûr, mais elle ne voulait pas que ça se sache. Dans le parti de Jaurès et de Blum, ça aurait fait jaser. Et puis tout a changé. Depuis 2012, le gouvernement s’est mis à vous fréquenter publiquement, assidûment, avec un nombre record de ministres à l’université d’été du Medef, à Jouy en Josas (c’est le nom de la ville, pas le programme de la journée).

Une relation assumée au grand jour, officialisée, parachevée par cette déclaration :

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Quel succès… Alors il faut reconnaître que vous savez jouer de vos arguments. Comment ne pas repenser à cette sérénade irrésistible du début de quinquennat : 1 million d’emplois promis, en échange d’une baisse massive des cotisations patronales. Il y a de quoi faire chavirer l’Exécutif le plus endurci. Un engagement pris la main sur le cœur, ou plutôt la main sur le pin’s, "1 million d'emploi", celui que vous arboriez au revers de votre veste (voir photo ci-dessus). Comment ne pas être séduit ?

Mais replaçons les choses dans leur contexte. A l’époque, vous ne pensiez pas que vos avances fonctionneraient aussi bien : on sortait de l’élection, François Hollande venait d’être élu, avec les voix des Verts et de Mélenchon… Effectivement, on pensait, vous pensiez, qu’il y avait de la marge avant que les ministres ne se jettent dans vos bras. Et d’ailleurs, disons-le, le président avait tendance à repousser vos avances... Vous demandiez un grand choc de compétitivité, et voilà ce qu’il vous répondait :

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C’était lors de sa conférence de presse du 13 décembre 2012. Quelques mois plus tard, vos arguments ont finalement fait mouche, et il y a eu le pacte de responsabilité. 43 milliards d’euros d’allégements pour les entreprises. Une lune de miel, et un exemple de ce qu’on appelle la triangulation politique : lorsqu'une majorité reprend des propositions de son adversaire, et les fait adopter (d'ailleurs souvent mieux que cet adversaire).

Alors, malgré tout, dans ce couple gouvernement-Medef, autant vous le dire, vous paraissez parfois un peu gênant. Ces derniers temps, le président a l’air de regretter la séduction que vous avez opéré. Il est vrai que le million d’emploi prévu se fait toujours attendre ; pire, votre vice-président Geoffroy Roux de Bézieux a indiqué il y a quelques jours, que ce n’était pas « une promesse mais un objectif ». Forcément, on ronchonne du côté de l’Elysée : en témoignent ces quelques mots de François Hollande, recueillis par la journaliste des Echos Elsa Freyssenet dans son livre (p. 113) : « ce qui a été terrible pour le Medef, mais aussi indirectement pour le gouvernement, c’est le million d’emploi promis pour justifier le pacte de confiance qu’il réclamait. Certains électeurs de gauche pensent que je me suis fait gruger et que le patronat n’a pas tenu parole ». Signé François Hollande.

Cela dit, ce n’est pas entièrement de votre faute. D’abord parce que vous avez le mérite de la constance : vous n’avez pas varié dans vos revendications, c’est le moins qu’on puisse dire ; on se réveille pas le matin en se disant, « ah peut-être que Pierre Gattaz a changé, qu’il demande maintenant davantage de compte pénibilité »... Non.

Et puis, reconnaissons-le, pour vous il n’y a que des mauvaises solutions : si vous dites que vous n’êtes pas satisfait du gouvernement, on vous traite « d’ingrat » ; et si vous dites que vous êtes satisfait, alors c’est François Hollande qui est soupçonné d’être "vendu au patronat".

A gauche, un compliment du Medef, c’est souvent un baiser politique empoisonné. Hier, dans Libération, Laurence Parisot, à qui vous avez succédé, est un modèle du genre : elle adresse ses félicitations à François Hollande, qu’elle juge « efficace », à la différence de Nicolas Sarkozy, qu’elle qualifie de trop « étatique ». Hollande, efficace pour les patrons, Sarkozy trop étatique : il n’y a pas à dire, au Medef, on a le sens du compliment dont on sait qu’il va faire plaisir. Une dernière question, Pierre Gattaz, une vérification :

Est-il vrai, comme l’affirme le Canard enchainé, que les pin’s « 1 million d’emploi » ont été partiellement produits en République Tchèque ? Et que vous avez mis à la benne tout le stock de pin’s qui vous restait ; comme on jette les objets symboliques d’une relation passée ?

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