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Rouge, rose, vert. A Plomeur (Finistère), le 8 avril 2020.

Est-ce le printemps pour la gauche ?

4 min
À retrouver dans l'émission

Les crises sanitaire, économique et sociale ravivent des idées défendues de longue date à gauche.

Rouge, rose, vert. A Plomeur (Finistère), le 8 avril 2020.
Rouge, rose, vert. A Plomeur (Finistère), le 8 avril 2020. Crédits : Damien Meyer - AFP

Au milieu de ce confinement, il flotte effectivement quelques airs printaniers à gauche, où l'on voit bourgeonner les idées, refleurir les tribunes, s'épanouir les réflexions sur le monde de demain.  

Est-ce parce que la réalité s'est transformée en dystopie, que la seule voie raisonnable semble l'utopie ?  

Cela fait penser à cette jolie sentence de Camus : « au milieu de l'hiver, j'ai découvert en moi un invincible été ». Une phrase qui émarge très haut dans le classement des citations les plus utilisées dans un meeting de gauche.  

Bien sûr, il faut rester prudent, entre les proclamations et les refondations, entre le verbe et l'action. La crise financière de 2008, elle aussi, avait charrié ses promesses de « plus jamais ça ».  

On parlait également de "la venue d'un monde nouveau", on vit ce qu'il en fut.  

Mais, plus que des théories nouvelles, la crise engendrée par la pandémie a redonné de l'actualité à quelques idées anciennes. A quelques personnages qui furent peut-être trop vite enterrés, et qui semblent, eux aussi, ressortir de terre.  

Lesquels, par exemple ?

Arnaud Montebourg et la démondialisation. La crise actuelle a montré l'absurdité de confier à des pays-tiers la confection et l'acheminement de produits essentiels. Cela vaut pour les médicaments et les masques aujourd'hui ; mais aussi demain pour les souverainetés alimentaire et technologique.  

Citons aussi Martine Aubry et le « care ». Au début des années 2010, la maire de Lille avait utilisé cette expression anglo-saxonne, qui définit le soin à la personne. C'était bien avant que nous applaudissions tous les soirs à 20 heures. La société du care, c'est la double idée que ce principe est à la fois généreux et efficace. Que le soin à la personne est pourvoyeur de bien-être et d'emplois.

Jean-Luc Mélenchon et la planification. Planification écologique, c'est l'un des concept-clé du dirigeant de la France insoumise. Cela signifie la fin de la gestion au fil de l'eau et le retour de la puissance publique, pensée comme centre d'organisation économique et environnemental. Et dans « puissance publique », les deux mots sont importants.   

Yannick Jadot et la solidarité européenne. Les tensions entre les États au sujet des coronabonds (c'est-à-dire les emprunts garantis solidairement par tous les pays européens) démontrent que c'est loin d'être fait. Entre les nations les plus riches et les plus pauvres, au moment de l'addition chacun regarde ses chaussures. La défiance qui monte chaque jour en Italie contre l'Union européenne montre que ce concept de solidarité n'est pas seulement idéal à long terme, mais nécessaire à court terme.  

On pourrait en citer beaucoup d'autres, comme Benoît Hamon et le revenu universel d'existence (tribune réservée aux abonnés). 

Articuler

Bien sûr, il faudra à gauche approfondir chacune de ces idées. Malgré le vent favorable, aucune d'elles ne s'imposera par la seule grâce de sa justesse présumée.  

La crise a aussi des effets de court terme qui contredisent ces ambitions, jusqu'aux cas les plus concrets de la vie quotidienne. Un exemple : c'est le grand retour du sac plastique à usage unique. A nouveau utilisé par crainte du virus qui demeurerait sur les emballages.  

Il faudra donc approfondir ces idées, et surtout les articuler entre elles, pour un programme cohérent.  

Car pour l'instant, ces réflexions sont portées par autant de chapelles différentes. Qui dans le meilleur des cas s'ignorent ; qui s'affrontent le reste du temps.  

Ainsi la passe d'armes, la semaine dernière, entre Jean-Luc Mélenchon et Julien Bayou, le chef de file d'Europe-Ecologie-Les Verts.  

Le différend porte sur de nombreux thèmes sous-jacents :  

Quelle attitude doit avoir l'opposition avec le pouvoir : frontale ou ouverte au dialogue ? Quel rapport à l'économie de marché, au présidentialisme ? Quelle démocratie interne dans les partis de gauche ? Faut-il, entre eux, une coalition, une coopération, une compétition ?  

Voilà finalement une chose aussi saisonnière que le printemps, à gauche : les fâcheries, les surprises, les réconciliations.  

Il y a là quelque chose qui tient du théâtre de boulevard, en mode « Embrassons-nous Folleville ». 

Ce qui, il faut le reconnaître, n'est d'ailleurs pas très compatible avec les gestes-barrière.  

Frédéric Says

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