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Au lendemain de sa victoire, Donald Trump remercie ses partisans sur sa page Facebook. Capture d'écran de sa page officielle

Et si Facebook avait fait l'élection américaine ?

4 min
À retrouver dans l'émission

L'entre-soi numérique expliquerait-il la claque infligée au camp Clinton - et aux sondeurs ?

Au lendemain de sa victoire, Donald Trump remercie ses partisans sur sa page Facebook. Capture d'écran de sa page officielle
Au lendemain de sa victoire, Donald Trump remercie ses partisans sur sa page Facebook. Capture d'écran de sa page officielle

Qu'y a-t-il de pire en ce bas monde qu'un sondeur américain ? Pas grand-chose, si ce n'est deux sondeurs américains... C'est en tout cas l'impression que l'on a quand on lit les éditoriaux de la presse américaine. La presse, honteuse et coupable de n'avoir pas vu venir le phénomène. Le jour du vote, le baromètre du New York Times promettait encore 85% de chances de victoire à Hillary Clinton.

Pourtant, il existe un outil statistique qui permettait de déceler le ras-de-marée Trump. Une étudiante de l'université de Yale, Erin Pettigrew, a montré comment il était possible d'utiliser les chiffres de Facebook pour voir de quoi discutent les Américains. Le réseau social permet d'examiner les centres d'intérêts des Américains, État par État. Les centres d'intérêt, c'est-à-dire les pages que vous aimez, celles sur lesquelles vous cliquez, les liens que vous partagez avec votre cercle d'amis.

La mise à disposition de ces chiffres par Facebook n'a évidemment pas grand-chose à voir avec la philantropie scientifique ; elle permet aux annonceurs de mieux cibler les publics auxquels ils s'adressent. Or, grâce à cet outil, on pouvait s'apercevoir de l'extraordinaire intérêt que Trump suscite chez les utilisateurs, dans l'intimité de leur navigation internet. Et surtout, à quelques jours du scrutin, du désintérêt pour la campagne Clinton. Ainsi, Trump a suscité 16 fois plus d'intérêt que sa rivale dans les États traditionnellement républicains ; et tout de même deux fois plus d'intérêt dans les états démocrates. C'est ainsi que la "facebook data", comme l'appelle l'auteure, a anticipé la victoire de Trump dans deux états-clés : la Pennsylvannie et le Michigan.

Certes, il ne faudrait pas transférer la confiance aveugle dans les sondages vers une autre confiance aveugle dans cette "méthode Facebook". Elle est quantitative plus que qualitative. Le réseau social ne distingue pas - en tout cas dans les chiffres publics - si l'intérêt pour un candidat est positif ou négatif. En d'autres termes, si vous relayez sa propagande, ou si au contraire vous vous en moquez.

Cela amène une deuxième question : comment se forge désormais un choix de vote ? Comment se construit une opinion dans une campagne électorale ? Là encore, Facebook est devenu majeur : 62% des adultes américains s'informent sur les réseaux sociaux, selon le Pew research center.

On a déjà beaucoup insisté sur la perte du monopole des médias traditionnels (en l'occurrence une écrasante majorité s'était prononcée pour Hillary Clinton). Mais ce n'est pas le plus intéressant.

Ce qui change tout, c'est la manière dont nous interagissons avec notre communauté d'amis. Tendanciellement, nous créons une sorte de bulle d'opinion. Un cocon de gens qui pensent comme nous. Un entre-soi numérique. On peut d'ailleurs décider de supprimer de notre champ de visions certaines publications qui ne nous plaisent pas. Les algorithmes font le reste : ils nous proposent des contenus qui sont censés nous correspondre.

Conséquences : se crée un monde d'information partielle qui tend à confirmer ce que l'on pense déjà, comme l'explique le sociologue Gérald Bronner dans La démocratie des crédules. Ce qu'on appelle aussi les filter bubbles (bulles de filtre)."58 millions d'électeurs ont voté Trump, je n'en connais pas un seul", comme le résume le journaliste Matthew Hughes).

Dans cette configuration, que se passe-t-il quand un candidat multiplie les outrances, diffuse les rumeurs, brandit des contrevérités ? Eh bien elles sont partagées telles quelles.

Pendant cette campagne, Hillary Clinton a donc été accusée d'avoir trempé dans un trafic d'armes, d'avoir eu une villa cachée aux Maldives, etc. Autant de rumeurs relayées des centaines de milliers de fois - bien plus que n'importe quel programme politique.

"Si la nouvelle est partagée par mon entourage alors elle est sans doute vraie". C'est aussi à cause de ce raisonnement que les fameuses rubriques "fact-checking" des journaux américains n'ont rien pu faire contre les extravagances de Donald Trump. En période électorale, la transmission d'information en "silo" n'est pas spécialement compatible avec la vérité, dirons-nous. Et c'est sans doute ce qui favorisé l'élection du candidat le plus bonimenteur.

En France, les candidats l'ont bien compris : on passe ici sur les effets d'estrades les plus grossiers. Tous diffusent désormais des vidéos qui sont uniquement pensées pour le web, courtes, sous-titrées, pour permettre un partage immédiat et massif dans le silo des convaincus.

Pour finir, une indication parmi d'autres : la page Facebook de Marine Le Pen compte 1,1 million de fans. Davantage que celle de Nicolas Sarkozy et de François Hollande.

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