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Emmanuel Macron, le 10 décembre 2016.

Et si les meilleurs alliés d'Emmanuel Macron se trouvaient au Parti socialiste ?

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A force de divisions, le PS offre une rampe de lancement inespérée au fondateur de "En Marche".

Emmanuel Macron, le 10 décembre 2016.
Emmanuel Macron, le 10 décembre 2016. Crédits : Yann Korbi - AFP

Et voici Vincent Peillon ! Avec cette nouvelle candidature, la primaire de gauche ressemble de plus en plus au calendrier de l'Avent. Une surprise par jour. Pendant ce temps, Emmanuel Macron trace sa route. Démissionnaire du gouvernement, en rupture avec "l'appareil" du PS, on se demande parfois qui entoure le candidat "en marche". Voici la composition de son premier cercle, recensée par Ludovic Piedtenu. Mais sans faire injure à cet entourage, les meilleurs soutiens de la campagne d'Emmanuel Macron ne sont pas là. Les meilleurs promoteurs de sa campagne se trouvent... à l'intérieur du PS. Promoteurs involontaires, certes, mais redoutablement efficaces.

D'abord avec cette multiplication infinie des candidats. Il y a eu le "Tout sauf Valls" avec Montebourg. Puis le "Tout sauf Valls et Montebourg" avec Hamon. Il y a maintenant le "Tout sauf Valls, Montebourg et Hamon" derrière Vincent Peillon. Toute ressemblance avec un congrès du Parti socialiste n'est pas fortuite.

Plus le désordre, plus la confusion, plus les manœuvres d'appareil s'installent, plus la démarche de celui qu'ils ont appelé "l'homme seul" s'en trouve renforcée. A côté de la mêlée socialiste, Macron semble en lévitation. Ajoutons que la candidature de Manuel Valls, perçue comme un coup de force contre François Hollande, dilue l'image de "Macron-Brutus".

Certes, il y avait ce samedi quelque chose de très narcissique dans le meeting d'Emmanuel Macron, au Parc des expositions à Paris. Un côté télévangéliste. Au point qu'on s'est demandé à la fin s'il ne s'était pas lui laissé emporter lui-même par sa propre transe. Un égotisme résumé par le nom du mouvement, En Marche, aux initiales de son fondateur. Au moins, la démarche personnelle est revendiquée : tout est dans le titre. A rebours d'une certaine novlangue qui a gagné les rangs du PS et dont le concept de "Belle alliance populaire" est l'exemple ultime.

On va finir par soupçonner Jean-Christophe Cambadélis de rouler en sous-main pour Emmanuel Macron : le rassemblement mitigé de cette Belle alliance populaire, le week-end dernier, avec 2 à 3000 personnes, n'a fait qu'augmenter l'effet de souffle, par contraste, du meeting Macron, avec ses 10 à 15 000 soutiens réunis ce samedi.

A tel point qu'Emmanuel Macron marche sur l'eau...

… Et qu'il bénéficie, il faut bien le reconnaître, d'une sorte d'impunité médiatique. Ainsi ses propos sur la colonisation de l'Algérie sont-ils passés relativement inaperçus. Dans le Point du 23 novembre, il affirme je cite : « en Algérie il y a eu la torture mais aussi l’émergence d’un État, de richesses, de classes moyennes, c’est la réalité de la colonisation ». On imagine la floraison de polémiques et d'articles si François Fillon avait dit la même chose.

De même, la méthode d'Emmanuel Macron - égrainer ses propositions, en remettre l'annonce complète à plus tard (façon "demain j'enlève le bas") - crée une frénésie qui empêche de se concentrer, d'analyser ce qui a déjà été annoncé.

Le candidat d'En Marche veut par exemple supprimer les cotisations salariales pour la maladie et le chômage. Il propose, pour compenser, d'augmenter la CSG. Il a été peu relevé que cette proposition risquait fortement d'être inconstitutionnelle... Un certain Manuel Valls avait déjà tenté une mesure similaire, qui avait été censurée par le Conseil constitutionnel.

Par ailleurs, une autre question demeure, qui aurait assurément été posée à tout autre candidat : avec cette mesure, n'y a-t-il pas un risque de fuites des capitaux ? Car la CSG frappe (aussi) les revenus tirés du patrimoine et des placements (actions, contrats-d'assurance-vie, intérêts du PEL...), bref les revenus du capital. Ça n'en fait pas pour autant forcément une mauvaise mesure, mais la question de la fuite des capitaux n'est tout bonnement pas soulevée.

En 1997, le gouvernement socialiste de Lionel Jospin envisageait lui-même une hausse de la CSG. Magie des internets, on a retrouvé un article de l'époque : le journal Les Echos alertait, précisément, sur le risque de "fuite des capitaux", voire d'une augmentation du nombre d'exilés fiscaux, et même d'une hausse de la fraude fiscale. Tremblez ! Allez savoir pour quoi, cet alarmisme n'est plus de mise pour Emmanuel Macron, le "Mozart de la finance".

Pour l'instant, une forme de réussite formelle et de fascination le mettent à l'abri de ces questions... Bien aidé en cela par le désordre politique, par l'embouteillage des candidatures du côté du parti socialiste. Emmanuel Macron marche sur l'eau, pendant que le PS reste bloqué sur les berges. Jusqu'à quand ?

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