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En 2017, Emmanuel Macron souhaitait mettre en place un "spoil system", c'est-à-dire remplacer tous les hauts cadres de l'administration, afin de s'assurer qu'ils sont alignés avec sa politique.

Êtes-vous plutôt "team Bureaucratie" ou "team Technocratie" ?

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Pour expliquer les ratés face à la crise sanitaire, les uns dénoncent la bureaucratie, les autres dénoncent la technocratie. Peut-être la promesse d’un beau débat sur l'organisation de l'Etat.

En 2017, Emmanuel Macron souhaitait mettre en place un "spoil system", c'est-à-dire remplacer tous les hauts cadres de l'administration, afin de s'assurer qu'ils sont alignés avec sa politique.
En 2017, Emmanuel Macron souhaitait mettre en place un "spoil system", c'est-à-dire remplacer tous les hauts cadres de l'administration, afin de s'assurer qu'ils sont alignés avec sa politique. Crédits : François Mori - AFP

Disons-le : l’organisation des pouvoirs publics est un sujet qu’on pourrait qualifier de "bâillogène", c’est-à-dire qu’il suscite rapidement les bâillements. 

D’ailleurs, pendant les campagnes, les candidats s’attardent peu sur ces questions : faut-il réformer l’administration ? Faut-il changer l’organisation de l’Etat ? 

Le débat devient vite technique, voire inintelligible. Et les prétendants en quête de victoire préfèrent batailler sur le nucléaire, l’insécurité ou l’intégrisme. Voilà qui mobilise toujours plus les foules. 

Mais cela va-t-il changer en 2022 ? L’épisode que nous vivons, cette crise sanitaire et cette désorganisation (que nous évoquions hier), peuvent-ils être balayées d’un revers de main d’ici quinze mois ?

Sans doute pas. Même si les actualités politiques se succèdent à un rythme effréné, il est fort à parier que les programmes présidentiels ne feront pas l’impasse sur cette question : comment rendre l’Etat plus efficace ? 

D’après l’opposition, le coupable est tout trouvé, c’est l’exécutif…

Le patron du parti Les Républicains, Christian Jacob, estime par exemple qu’il ne faut pas mettre en cause l’administration. En tout cas, bien moins que les donneurs d’ordre - à savoir le gouvernement. 

Pourtant, le constat d’une déperdition entre les directives données et leur application sur le terrain, beaucoup le font, y compris à droite. 

Dans son dernier livre, "Le temps des tempêtes", Nicolas Sarkozy écrit : 

“Je connaissais par expérience la très grande capacité de la machine étatique à freiner, à retarder. Je savais que sur les 100 % d’énergie et de volontarisme qui sortaient de mon bureau élyséen, à peine 10 % arriveraient sur le terrain”. 

De ce point de vue, le candidat Emmanuel Macron avait mis en avant une solution, qu’il n’a que partiellement appliquée. Un “spoil system” à la française. Comme aux Etats-Unis, le nouveau pouvoir remplace immédiatement tous les hauts cadres de la fonction publique. 

C’est d’ailleurs une question vieille comme l’Etat. Ecoutez cette archive. En 1981, peu après la victoire de François Mitterrand, le député socialiste Paul Quilès disait ceci : 

"Personne ne nous saurait gré de laisser en place tous ces hauts responsables de l'économie ou de l'administration, qui sont nos adversaires ! Mais il ne faut pas non plus se contenter de dire - comme Robespierre à la Convention : "des têtes vont tomber ! Il faut dire lesquelles, et le dire rapidement. (...) Il en va de la réussite de notre politique”. (Congrès de Valence du PS, octobre 1981)

Alors pour ou contre le spoil system

L’avantage de tout changer, c’est d’obtenir une chaîne hiérarchique alignée avec vos projets. 

L’inconvénient, c’est l’inertie et les cassures que provoquent ces changements de poste. Les nouveaux arrivés ne sont pas opérationnels tout de suite. 

A ce propos, l’ancienne ministre Cécile Duflot a récemment fait part de son expérience sur le sujet. Elle le raconte dans un entretien à la revue en ligne “Autrement autrement”

En 2012, écologiste, nommée au ministère du logement, Cécile Duflot apprend que son directeur de l’urbanisme est considéré comme un sarkozyste. 

Que faire ? Le garder ou le renvoyer ? Elle lui propose alors d’essayer de travailler ensemble. 

Il s’avère que l’homme est opposé à certains projets du gouvernement, mais il est loyal ; c’est même lui qui déniche, dans certains textes de loi, des informations précieuses pour faire aboutir les projets de Cécile Duflot. 

Voilà pourquoi les rapports entre politiques et administration sont une affaire de loyauté, d’organisation bien sûr, mais aussi de confiance, d’abolition des préjugés mutuels. 

Faute de quoi, en temps de crise sanitaire, les fonctionnaires font penser à ces grognards, à ces soldats des campagnes napoléoniennes, dépeints ainsi par Edmond Rostand : 

“Et nous, les petits, les obscurs, les sans-grades
Nous qui marchions fourbus, blessés, crottés, malades,
Sans espoir de duchés ni de dotations;
Nous qui marchions toujours, et jamais n'avancions."

Frédéric Says

Chroniques

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