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En 1995, le "pacte" entre Jacques Chirac et Edouard Balladur vole en éclats

Existe t-il un devoir de gratitude en politique ?

3 min
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Emmanuel Macron tient ce soir son premier meeting de campagne, à Strasbourg. "Souviens-toi qui t'a fait roi", un principe démodé ?

En 1995, le "pacte" entre Jacques Chirac et Edouard Balladur vole en éclats
En 1995, le "pacte" entre Jacques Chirac et Edouard Balladur vole en éclats Crédits : Pierre Verdy - AFP

"Ingratitude" : le mot siffle entre les dents des plus proches de François Hollande. Toujours sidérés qu’un jeune homme ait pu en quatre ans bénéficier de la confiance totale du président, accéder à l’un des ministères les plus prestigieux et... s’en servir comme marchepied au détriment de celui qui l'a promu.

Il faut les voir, les Hollandais du premier cercle, pester contre cet ancien banquier qui a obtenu de François Hollande - en si peu de temps -, ce qu’eux-mêmes n’ont jamais réussi à grappiller en dix, vingt ou trente ans de fidélité politique absolue. Ingratitude ?

Emmanuel Macron a toujours tenté de se prémunir de ce reproche. Dans un curieux numéro de dédoublement, lors de sa première réunion publique, le 12 juillet dernier, il avait tour à tour dénoncé l’impuissance de l’Exécutif, et dans le même temps dit sa reconnaissance à François Hollande.

Le procédé est à la fois stratégique et rhétorique : stratégique car il ne faut pas insulter l’avenir, et si le mouvement "En Marche" venait à marquer le pas, il n’est pas exclu que Macron revienne au bercail. Rhétorique, car l’ex-jeune ministre cherche à occulter la figure de Brutus, qui lui colle à la peau, et qui imprime, qu’il le veuille ou non, chacun de ses discours.

« Il est des gens à qui je ne pardonnerai jamais les offenses que je leur ai faites » disait Clemenceau ; il n’est pas exclu qu’Emmanuel Macron ait parfois cette pensée à l’égard de François Hollande.

Cela dit, d’un point de vue strictement politique, il n’est pas certain que la figure du mentor trompé, de chef de famille politique trahi soit si préjudiciable à François Hollande. Il y a des précédents. Le plus connu est celui de Jacques Chirac, en 1995. Lâché par une partie des siens, trahi par Édouard Balladur ("un ami de 30 ans"), à qui le maire de Paris avait pourtant fait la courte échelle pour qu’il accède à Matignon, Jacques Chirac avait eu cette phrase, sur le mode : "souviens-toi qui t'a fait roi" :

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14 sec
J. Chirac sur E. Balladur : "il y a des hommes qui changent" - Billet politique 1

Chirac brisé, Chirac martyrisé… Cela suscita en fait un élan de sympathie dans l’opinion. Les Guignols présentèrent la marionnette de Jacques Chirac avec le dos lardé de couteaux. En somme, une sorte de pauvre hère, trop gentil et trop naïf… ce qui, au vu de son tableau de chasse, était comique. Le même Jacques Chirac avait accroché au-dessus de sa cheminée les têtes de Chaban, de Giscard, et de Séguin, entre mille autres. Il y a quelques mois, François Hollande a tenté d’utiliser le même registre pour Emmanuel Macron :

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9 sec
F. Hollande : "je lui ai fait confiance" - billet politique 2

La nuance est qu’Emmanuel Macron n’était pas formellement candidat, il n’avait d’ailleurs pas encore quitté le gouvernement. Vous l’entendez, le mot ingratitude, très utilisé en off par les "Hollandais", est rarement prononcé en public. L'usage de ce terme charrie plusieurs difficultés : d’abord il peut être interprété comme la preuve d'un manque de clairvoyance, voire la faiblesse politique, ce qu’il n’est pas spécialement judicieux à l’abord d’une campagne. Ensuite, dénoncer l’ingratitude, c'est donner l’impression de régir ses troupes comme une armée de vassaux, qui doivent reconnaissance et fidélité à vie.

En 2012, Nicolas Sarkozy avait déjà subi la même contrariété, à un degré moindre. Plusieurs personnalités dites "d’ouverture", Fadela Amara et Martin Hirsch, qu’il avait fait entrer au gouvernement, choisirent de soutenir François Hollande. Hors micro, il avait alors pesté contre la trahison et l’ingratitude ; en public, il s’était contenté de parler « d’inélégance ».

Les trahis pourront toujours se consoler avec cette maxime d’Alexandre Dumas : « il est des services si grands qu’ils ne peuvent être payés que par l’ingratitude ».

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