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Alain Juppé est venu soutenir Nathalie Kosciusko-Morizet, le 6 juin 2017.

Face au macronisme, la droite déboussolée

3 min
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Comment s'opposer sans sembler caricatural ? Comment se démarquer sans sombrer dans la posture ?

Alain Juppé est venu soutenir Nathalie Kosciusko-Morizet, le 6 juin 2017.
Alain Juppé est venu soutenir Nathalie Kosciusko-Morizet, le 6 juin 2017. Crédits : Martin Bureau - AFP

Je vous cite, pour commencer, Nicolas Sarkozy : « Emmanuel Macron, c'est moi en mieux ». Cette phrase est rapportée par le Canard enchaîné paru ce matin. Curieux propos chez l'ancien président, que l'on sait pourtant avare en compliments - et peu porté sur la diminution de ses propres mérites...

A l'image de son ancien dirigeant, la droite ne sait pas comment se positionner face au phénomène Macron. Elle ne peut guère critiquer son programme. La réforme du marché du Travail, c'est tout ce dont elle a rêvé dans ses fantasmes libéraux les plus fous. Sans oser en dire la moitié, ni en faire le quart.

Outre le fond, difficile de s'opposer sur la forme. La culture du chef (pardon, la présidence jupitérienne) pratiquée par Emmanuel Macron correspond finalement assez bien aux attentes de la droite – disons de la droite bonapartiste.

Il en va de même pour le côté martial et régalien (le premier geste du quinquennat Macron fut la visite aux soldats blessés). Sans oublier la valorisation de l'Histoire, du patrimoine et d'une certaine grandeur, comme on a pu le voir au Château de Versailles, théâtre de la rencontre avec Vladimir Poutine.

Dans ce contexte, la droite ne sait plus très bien quelles sont ses frontières, quelles sont ses valeurs, et quels sont ses adversaires.

Un symbole parmi d'autres : Alain Juppé soutient une candidate En Marche dans les Yvelines, Aurore Bergé, contre un prétendant Les Républicains proche de Christine Boutin. Mais en Gironde, sur ses terres, Alain Juppé soutient les candidats LR contre leurs adversaires En Marche.

Autant dire que les étiquettes et les logos des partis sont devenus aussi utiles qu'une carte routière de l'Ohio dans les Cévennes. D'ailleurs, certains candidats de droite se réclament de la "majorité présidentielle" sur leurs affiches, c'est le cas de Pierre-Yves Bournazel, dans la 18ème circonscription,dans le Nord-Est parisien.

D'autres font étalage de leur future bienveillance avec le gouvernement, à l'image de Nathalie Kosciusko-Morizet, qui se veut "constructive". Ce qui ne l'empêche pas d'être mise en danger par un candidat En Marche dans sa circonscription du centre de Paris.

Au milieu de ce chaos, de sa voix basse et lasse, François Baroin tente de maintenir un semblant d'unité. Il sait que son électorat ne supporterait pas d'obstruction prématurée, d'opposition trop violente, alors il promeut la "coexistence institutionnelle". Une nouvelle formule pour ne pas prononcer le mot "cohabitation".

Le chef de file de la droite n'a trouvé qu'un seul angle d'attaque contre le macronisme : "non à l'augmentation de la CSG !". C'est bien, mais ça ne façonne pas un corpus idéologique.

L'UMP, devenue LR, est panne de leader, après en avoir épuisé quatre en quatre ans : Copé, Sarkozy, Fillon, Baroin. Ce dernier, tout en menant la campagne, entend derrière lui le bruit des couteaux qui s'aiguisent. Laurent Wauquiez se prépare déjà à incarner la relève de la droite, quand tous les élus macrono-compatibles seront partis "pour servir la France", comme ils le disent, ou "pour un plat de lentilles", comme lui le traduit. Une allusion aux deux ministres LR qui dirigent l'économie et les comptes publics, Bruno Le Maire et Gérald Darmanin.

Ce coup de barre à droite d'Emmanuel Macron - à la fois dans la composition du gouvernement, dans le style de présidence, dans l'agenda des réformes -, aura atteint son but : déstabiliser l'adversaire.

Ce que Nicolas Sarkozy n'avait pas réussi à faire en 2007, malgré l''"ouverture" à des personnalités de gauche... Mais après tout, lui-même le reconnaît, il n'est que « Macron en moins bien ».

Frédéric Says

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