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Différents tons et nuances à l'atelier de mosaïque d'Orsoni à Venise.

Face à Emmanuel Macron, 50 nuances d'opposition

3 min
À retrouver dans l'émission

Schismes et masochisme. La dynamique de La République en Marche réveille d'anciennes divisions chez ses adversaires.

Différents tons et nuances à l'atelier de mosaïque d'Orsoni à Venise.
Différents tons et nuances à l'atelier de mosaïque d'Orsoni à Venise. Crédits : Alberto Pizzoli - AFP

Peut-être vous souvenez-vous de cette période confuse de la guerre des chefs Copé - Fillon à droite, fin 2012. Une partie de l'UMP voulait faire scission et créer un nouveau groupe à l'Assemblée nationale, qui s'appelait le R-UMP. A l'époque, cela semblait extrêmement complexe, brouillon, instable. Eh bien c'était en fait extrêmement limpide par rapport à la situation qui nous attend maintenant.

Résumons. A droite, Thierry Solère, l'ancien porte-parole de François Fillon, veut créer un groupe parlementaire pro-Macron. Il est constitué de députés de droite modérée, auxquels s'ajoutent des centristes de l'UDI et des indépendants...

Mais au sein de ce groupe, deux sous-tendances se distinguent déjà : ceux qui ont annoncé qu'ils voteront la confiance au gouvernement (comme Thierry Solère), et ceux qui s'abstiendront (à l'image du centriste Philippe Vigier). Il y a donc en quelque sorte les constructifs "radicaux" et les constructifs "modérés".

Mais à côté, il reste le groupe de la droite traditionnelle. Les Républicains "canal historique", disons. Eux veulent demeurer dans l'opposition. Même si certains d'entre eux n'excluent pas de soutenir la future loi travail. Il y a donc, là aussi, en leur sein les opposants "résolus" et les opposants "pondérés".

A ces 50 nuances de bleu s'ajoute le nuancier socialiste. Alors vous me direz, ça va aller vite, compte tenu de la faiblesse des troupes - les députés PS ne sont plus qu'une trentaine. Mais cela suffit pour créer plusieurs courants. On trouve des députés hostiles au nouveau pouvoir, comme Delphine Batho. Mais aussi des élus plus mesurés, comme Stéphane Le Foll – dans la Sarthe, En Marche n'avait pas flanqué de candidat face à lui, ça aide à être dans de bonnes dispositions...

Tout cela, c'est sans compter sur Manuel Valls, qui cherche carrément à monter un groupe alternatif. Un groupe pro-Macron, au centre-gauche. Il a pour cela rencontré les députés du Parti radical de gauche (PRG). L'objectif est de rassembler au moins 15 élus, l'effectif minimum pour constituer un groupe parlementaire.

Il y a donc à gauche comme à droite, un certain appétit pour les schismes qui s'apparente parfois à du masochisme. A la défaite électorale s'ajoute la division. Au rétrécissement se joint l'éclatement.

Mais il ne faut pas y voir uniquement des clivages de postures, des désaccords de pure tactique.

Au contraire, ce dilemme autour du soutien (ou pas) au macronisme ravive en fait des clivages idéologiques profonds.

Au parti socialiste : la question de l'économie de marché, de la place de l'Etat, du modèle social.

Chez LR : la vision de l'Europe, la question du protectionnisme, les libertés sociétales.

Bref, la vague Macron a réveillé les doutes existentiels que les deux partis avaient camouflé à la faveur des victoires électorales. Il faut ajouter la division des deux autres forces d'opposition au sein du parlement. Le Front national est toujours miné par ses querelles intestines, entre la ligne souverainiste et la l'option identitaire. Et puis tout à gauche, la France Insoumise et le Parti communiste sont partis pour faire chambre à part. Des vexations et des fâcheries réciproques empêchent de cimenter un groupe anti-capitaliste unique.

Dès lors, la physionomie de cette nouvelle assemblée s'annonce inédite. Au centre, un groupe très nombreux (La République en marche), qui détient la majorité absolue sans même l'appui du groupe Modem. Et puis, si cela se confirme, deux groupes de droite, deux groupes de gauche, deux groupes France insoumise et communiste, plus quelques députés frontistes. Sept à huit groupes à l'Assemblée, du jamais-vu depuis 1958. Un émiettement de l'opposition, du pain bénit pour Emmanuel Macron.

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