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Un bureau de vote pour la primaire de la droite à Lyon, le 27 novembre 2016.

Faut-il refermer les primaires ouvertes ?

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Encensé en 2011, le processus de la primaire ouverte concentre désormais les critiques.

Un bureau de vote pour la primaire de la droite à Lyon, le 27 novembre 2016.
Un bureau de vote pour la primaire de la droite à Lyon, le 27 novembre 2016. Crédits : Jeff Pachoud - AFP

Si l’on a collectivement tressé des lauriers à cette innovation démocratique il y a cinq ans, c’est désormais une couronne mortuaire qui semble plus idoine.

La réussite de l'exercice en 2011 à gauche est à la mesure du sentiment d’échec provoqué cette année dans les deux camps.

Résumons : théoriquement, la primaire ouverte devait permettre de rassembler une famille politique, de choisir un leader incontesté et de lui offrir une dynamique qui lui permette de gagner la présidentielle.

Aujourd’hui, à gauche et à droite, aucun de ces objectifs n’est atteint.

Le Parti socialiste est fracturé, les vallsistes refusent pour la plupart de soutenir Benoît Hamon, en dépit de l’engagement pris par le candidat Manuel Valls lors des débats de la primaire :

"Laurent Neumann : - Vous engagez-vous les uns et les autres à respecter le résultat de cette primaire, quel qu'en soit le vainqueur ?

Manuel Valls : - Oui, c'est pour ça que je veux gagner."

Quand à la dynamique promise, elle est faible, avec un candidat socialiste qui plafonne pour l'instant à 13%. Certes, Benoît Hamon a réussi en partie le rassemblement, en s’unissant avec les écologistes. Mais cela s'est fait hors primaire (à laquelle Les Verts ne participaient pas), grâce un bon vieil accord d’appareil. A coups de circonscriptions électorales et d’amendements programmatiques.

A droite, le constat n’est pas plus brillant : François Fillon culmine à 19%, il est à la fois riche de son socle électoral, qui le soutient dans la tempête, mais aussi prisonnier de lui. Les multiples appels au "plan B" et les défections ont montré, là encore, que les engagements et les signatures de chartes se diluaient facilement dans les circonstances. Enfin, François Fillon, affaibli, a dû concéder une centaine de circonscriptions législatives aux centristes de l’UDI, là aussi dans un accord d’appareil et en dehors de la primaire.

Est-ce à dire que le système de la primaire ouverte est voué à disparaître ?

Le problème, c’est qu’on ne sait pas très bien aujourd’hui par quoi remplacer ces primaires ouvertes. Faut-il en revenir au candidat imposé par le comité central du parti, à huis-clos et entre amis ? L’époque est à la transparence et ne s’en accommoderait guère. Faut-il revenir à des primaires fermées, où seuls les militants encartés peuvent voter ? L’essoufflement des partis politiques (et du nombre de leurs adhérents) en ferait une démonstration de faiblesse plus que de force.

Cependant, il demeure une réalité politique : à l'heure où l'on parle, les deux candidats qui font la course en tête ne sont pas issus de primaires. Emmanuel Macron et Marine Le Pen n’ont pas perdu d’énergie à la compétition interne, n’ont pas entamé leurs finances, n’ont pas été obligés de modifier leurs propositions en fonction du moment.

Par ce contraste, on l'observe encore mieux : la primaire ouverte oblige les candidats aux violents coups de gouvernail. Il faut d’abord parler à son camp, au noyau dur, avec des propositions très marquées : ce fut le revenu universel pour Benoît Hamon. Ce fut la réforme radicale de l’État pour François Fillon. Et puis vient une deuxième phase, où il faut parler à tous les Français, élargir sa base.

C’est ainsi que le revenu universel de Benoît Hamon a été remodelé de fond en comble ; c’est ainsi que la privatisation partielle de l’assurance maladie a été supprimée du projet de François Fillon. En somme, la primaire ouverte encourage des Janus de la politique : radicaux à l’automne, modérés au printemps.

Dans l’édition du Monde datée d’aujourd’hui, le système de la primaire ouverte est critiquée par un nouveau contempteur. Je vous lis sa citation : « les primaires constituent un échec pour cette élection présidentielle et pour la Vème République ».

L’homme qui s’exprime ainsi sur la primaire ouverte en fut pourtant le principal bénéficiaire et s’appelle... François Hollande.

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