LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
"What happened". Dans un livre, l'ancienne candidate Hillary Clinton revient sur sa campagne présidentielle.

Faut-il tourner la page du livre politique ?

4 min
À retrouver dans l'émission

A l'exception de quelques best-sellers, le livre politique ne fait plus recette.

"What happened". Dans un livre, l'ancienne candidate Hillary Clinton revient sur sa campagne présidentielle.
"What happened". Dans un livre, l'ancienne candidate Hillary Clinton revient sur sa campagne présidentielle. Crédits : Thimothy A. Clary - AFP

Je profite de la venue ce matin de Daniel Mendelsohn pour évoquer ces livres écrits par des responsables publics. Disons-le clairement, on n'a pas toujours rendez-vous avec la littérature avec un grand L... Certes, Pompidou publia une anthologie de la poésie française, De Gaulle et Mitterrand impressionnèrent par la pureté de leur expression et le soin porté à leur style - le second fut d’ailleurs régulièrement invité chez Bernard Pivot. Ici en 1975 pour son livre La Paille et le Grain :

Mais depuis, le livre politique a subi une double peine : celle de la désaffection pour le livre, et celle de la désaffection pour la politique. Les ventes en témoignent tristement : 303 exemplaires vendus pour le dernier ouvrage de Chantal Jouanno. Un peu plus de 400 pour celui de Michel Sapin. On est tout juste au-delà du millier pour le printemps des Libertés signé Hervé Mariton.

Si ce n’est pas à remplir les caisses des éditeurs, à quoi sert donc un livre politique aujourd'hui ? A quoi servait-il hier ?

Il était jadis un instrument important du "combat culturel" cher à Gramsci, un support de diffusion de la doctrine. Mais aussi un outil de légitimation interne au parti : le chef pense, donc il écrit.

Dans la majorité des cas, le livre politique est aujourd'hui - au mieux - un récit de l'intérieur, qui permet de comprendre, à défaut de conceptualiser. Hillary Clinton a récemment publié "What Happened", où elle tente d'expliquer sa défaite présidentielle (avec un goût modéré pour l'auto-critique). Au pire, un amas de pages servant vaguement de prétexte à des invitations médiatiques. Des interviews, selon la formule connue, où quelqu'un qui n'a pas lu le livre interroge quelqu'un qui ne l'a pas écrit.

Il reste certes des responsables publics qui manient la plume comme Bruno Le Maire, François Bayrou, Christiane Taubira ou Guillaume Bachelay. Mais la référence littéraire passe facilement pour de la pédanterie. Alors certains utilisent cette culture livresque seulement en allusions. Comme un code secret. Exemple l'autre jour, sur France 2, Edouard Philippe est face à Jean-Luc Mélenchon :

Édouard Philippe : - D'abord je n'ai peur de rien...

Jean-Luc Mélenchon : - N'exagérez pas, quand même...

Édouard Philippe : - A part peut-être de la mort. Car "ni le soleil ni la mort ne peuvent se regarder fixement", vous le savez.

Et c’est ainsi que La Rochefoucauld fut convoqué sur le plateau. Mais l'eco-système ne semble plus vraiment raccord avec ces survivances. Jean-Paul Brighelli (qui fut l'auteur caché, le "nègre", de plusieurs responsables politiques, avant de prendre d’autres trajectoires), raconte que l'une de ces personnalités lui avait demandé de concevoir de fond en comble un chapitre sur les solutions à apporter au chômage... Rassurant.

Les recettes du livre politique actuel sont hélas assez simples : il faut quelques bonnes formules (on dit désormais punchlines), destinées à être reprises sur les sites de buzz politique. Jean-Christophe Cambadélis vient justement de sortir son livre, garanti 100% fourré à la flèche du Parthe. Ou bien il convient de glisser quelques révélations qui feront les "bonnes feuilles" des hebdomadaires. C'est ainsi que Roger Karoutchi reconnait qu’un soin particulier fut apporté à l’une des pages de son livre, en 2009, celle où il révélait son homosexualité. Le reste de l’ouvrage n'étant qu'un prétexte.

Le livre est devenu un vecteur de communication plus incertain pour les politiques...

Si l'objectif est de diffuser des idées, alors le livre est évidemment lent et cher, par comparaison. Jean-Luc Mélenchon (qui compte plusieurs best sellers à son actif), privilégie d'ailleurs son blog et sa chaine Youtube, dont les contenus sont lus, vus, commentés et surtout partagés.

Cela dit, il reste des succès politiques en librairie. Mais ce qu'ils disent de l'époque n'est pas forcément de nature à nous rassurer. L'un de ces succès s'appelle "Pilleurs d'Etat", de Philippe Pascot. Une recension des petits arrangements et de la corruption ordinaire. Autre best-seller : celui de Philippe de Villers. 250 000 exemplaires pour « Le Moment est venu de dire ce que j'ai vu », qui décrit une classe politique peureuse, lâche et soumise...

Seul le moment des campagnes électorales fait un peu exception : Emmanuel Macron a vendu plus de 150 000 copies de son livre "Révolution", François Fillon 100 000 exemplaires de "Faire". Des ventes très localisées dans le temps (la période de la campagne), qui épousent d’ailleurs la courbe des baromètres de confiance : l'euphorie d'abord, la déprime ensuite.

Alors pour coller à l'air du temps, les politiques intègrent des thèmes à la mode à leurs ouvrages, comme la révolution digitale, et surtout l'écologie. Mais ces livres valent-ils toujours les arbres tombés pour eux ? Pas sûr...

Frédéric Says

Chroniques
8H19
24 min
L'Invité(e) des Matins (2ème partie)
Daniel Mendelsohn : à la recherche d’heureux pères (2ème partie)
L'équipe
Production
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......