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François Fillon : "abandonner la course, pour un pilote ce n'est pas naturel".

François Fillon, le chauffard de la présidentielle

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L'amateur de compétition automobile a décidé de foncer, au mépris des risques (démocratiques, entre autres).

François Fillon : "abandonner la course, pour un pilote ce n'est pas naturel".
François Fillon : "abandonner la course, pour un pilote ce n'est pas naturel". Crédits : Jean-François Monier - AFP

On lui connaissait peu de fantaisies, sinon celle de la compétition automobile. Dans cette grande course présidentielle, le pilote Fillon semble décidé à franchir coûte que coûte la ligne d’arrivée. Quels qu’en soient les moyens.

Il le dit d'ailleurs lui-même dans un entretien aujourd'hui au quotidien Midi Libre : "Abandonner la course, pour un pilote ce n'est pas naturel". Certes.

Revenons un peu en arrière : après un bon départ, grâce au carburant de la primaire, le conducteur de la droite et du centre a commis une première embardée : des imprécisions, des omissions suite aux révélations initiales du Canard enchainé. Il a laissé en route l’image du candidat de l’honnêteté et de la probité. Mais qu’importe, finalement ça allège un peu l’habitacle.

Premier virage serré : celui de la conférence de presse, début février, après de nouvelles révélations. Virage plutôt bien négocié. En tout cas François Fillon s’assure du soutien de son écurie, et remet les gaz.

Soyons justes : le Fangio de Sablé-sur-Sarthe n’est pas le seul à mener la course pied au plancher. Les enquêteurs font preuve d’une rapidité, d’une célérité inhabituelle, comme le relève ma consoeur Violette Lazard dans l’Obs.

La justice a mis le turbo grâce au Parquet national financier, créé après l’affaire Cahuzac. Qui a offert des moyens (et de la reconnaissance) aux magistrats. Difficile, dorénavant, de les semer comme au bon vieux temps. Quand vous leur mettiez deux tours dans la vue, et qu'ils vous rattrapaient longtemps après l’arrivée (ça s’appelait la prescription).

Ce changement d’époque explique sans doute la manœuvre de François Fillon : il avait d’abord juré d’abandonner en cas de mise en examen, avant de faire marche arrière. Dans cette chicane perilleuse, il a perdu un autre bout de carrosserie qu’on appelle la parole donnée.

Désormais François Fillon prend tous les risques, sans visibilité, le pied enfoncé sur l'accélérateur. Jusqu’au dérapage, en mettant en cause les institutions. Une queue de poisson à la justice, sous les vivats de ses partisans. Du moins l'espère-t-il : manifestation pro-Fillon prévue dimanche à Paris, et sans doute contre-manifestation en soutien aux juges et à l’État de droit. Voilà la physionomie que prend cette course présidentielle haletante.

Hystérie à l’intérieur de nos frontières, consternation au-delà. "Fillon risque son avenir, celui de sa famille politique et celui de la cohésion républicaine", écrit le quotidien suisse Le Temps. Au sein de l’écurie Les Républicains, certains lui conseillent de s’arrêter au stand, d’autres le lâchent, tout bonnement.

Dans cette dernière ligne droite, le bolide Fillon n’est plus qu’une épave dont les pièces se détachent une à une. Il vient encore de perdre une aile (centriste). Cela fait longtemps qu’il a délaissé les rétroviseurs, les warnings, et même le frein... Il ne reste plus que guère que les roues, un moteur crachotant et un peu de carburant. Le pilote s’accroche, seul dans sa carlingue, en sur-régime, il fonce, en chauffard de la présidentielle. Au risque d’accidenter la démocratie. A moins que le noir et blanc du drapeau à damier, au loin, ne ressemble finalement aux couleurs de la robe du juge.

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