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François Hollande, le 1er mars 2016.

François Hollande, le confident de la République

3 min
À retrouver dans l'émission

Pas un jour ne passe sans qu'un nouveau livre abreuvé d'entretiens privés avec le président ne vienne garnir les librairies. Dans quel but ?

François Hollande, le 1er mars 2016.
François Hollande, le 1er mars 2016. Crédits : Christophe Ena - Reuters

Quel déluge ! Pas un jour ou presque ne passe sans qu’un nouveau livre, abreuvé d'entretiens privés avec le président, ne vienne garnir les librairies. Les quatrièmes de couverture nous promettent des confidences exclusives, des paroles inédites, un regard introspectif... N'en jetez plus !

On a sorti le boulier : ce sont en tout plus de 100 entretiens spéciaux que François Hollande a accordés en privé aux journalistes auteurs de ces ouvrages.

Deux questions : d’abord, comment le président la 5ème puissance du monde trouve-t-il autant de temps ? Ensuite, à partir de combien d’interlocuteurs peut-on considérer qu’une confidence devient une évidence ? Qu’une indiscrétion devient de la communication ? Bref, que ces entretiens sont plus utiles à l'interviewé qu'aux intervieweurs ?

Ce n’est pas un secret, le président actuel reçoit les journalistes à tour de bras, dans son bureau ou à sa table, avec un mélange de bons mots, de récit politique, et d’analyse souvent fine des rapports de force.

D’où ce paradoxe : pour les journalistes, François Hollande est plus accessible que la plupart de ses ministres… Son numéro de portable, inchangé depuis des années, est d'ailleurs l’un des secrets les plus éventés du microcosme.

François Hollande choie les journalistes, écoute poliment leurs questions piquantes, plie mais ne casse pas. En cela il est à rebours de ses prédécesseurs : Nicolas Sarkozy les détestait, Jacques Chirac s’en méfiait. Souvenez-vous d'ailleurs de cet échange sur un plateau avec Michel Field en 1995 :

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17 sec
8h12 fc : S Billet politique - Chirac et les journalistes

Ce qui marque avec François Hollande, c’est l’étonnant décalage lié à cette profusion de confidences : jamais un président n’aura autant parlé, disséqué, analysé, commenté sa propre action. Et pourtant rarement un quinquennat aura semblé autant manquer de sens, d’explication, de ligne directrice.

François Mitterrand avait théorisé la parole présidentielle rare, pour ne pas la galvauder ; Nicolas Sarkozy avait au contraire choisi de sur-communiquer… Comment comprendre le choix du président actuel et cette multiplication de confidences ?

Il y a d'abord un phénomène proche de l'addiction : François Hollande apprécie le contact des journalistes, habitude héritée de ses fonctions de porte-parole puis de premier secrétaire du PS. Il reconnaît d’ailleurs à demi-mot cette addiction dans le livre "Confidences privées avec le président", d’Antonin André et Karim Rissouli : « il faudrait ne pas répondre », concède-t-il, sur le mode « j'en ai conscience et je me soigne ».

ll y a ensuite le besoin de se justifier : 13% dans les sondages, majorité éclatée, dans un pays qui craque, qui semble à la fois épuisé et énervé. Derrière la multiplication de ces entretiens, on peut voir la volonté d’anticiper, d’épuiser le fameux "devoir d’inventaire", avant le début de la campagne présidentielle

On peut aussi y voir la volonté de laisser sa marquer dans l'Histoire...

Ces confidences répétées dégagent aussi un arrière-goût testamentaire. « Je fais l’Histoire », avait dit François Hollande dans ce studio, au mois de mai, chez Emmanuel Laurentin.

Le chef de l’Etat semble vouloir sculpter lui-même son buste pour la postérité : il le reconnaît d’ailleurs dans une conversation avec la journaliste Elsa Freyssenet, dans un livre intitulé "ça n'a aucun sens" :

« ce qui me mobilise, ce n’est pas ce qu’on dira de moi le jour où je partirai, mais ce qu’on pourra dire 5 ou 10 ans après la fin de mon mandat ». Et il cite de lui-même l’intervention au Mali, la COP 21, la priorité donnée à l’Éducation »...

Bref, tout se passe comme si le chef de l’État écrivait ses mémoires en temps réel. Depuis 2012, il a d'ailleurs ouvert l’Élysée comme jamais : outre ces livres, deux films et une BD ont été réalisés dans les coulisses du Palais.

"Invoquer sa postérité, c’est faire un discours aux asticots", si l'on en croit Céline. Alors finalement qui ose parler à la postérité ? Ceux qui se voient un grand destin, et ceux qui pensent qu’ils vont bientôt disparaître : je vous laisse imaginer dans quelle catégorie se place François Hollande.

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