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François Hollande, le 17 février 2016

François Hollande, le président sans étiquette

3 min
À retrouver dans l'émission

"- Êtes-vous encore de gauche ? - ..."

François Hollande, le 17 février 2016
François Hollande, le 17 février 2016 Crédits : Alexandre Marchi - Photopqr/MaxPPP

En politique, il y a parfois des bafouillages qui en disent plus longs que les propos développés. « Êtes-vous encore de gauche ? ». Question simple posée à François Hollande à la veille du week-end par Nicolas Demorand sur France Inter. S’en suit une litanie d’hésitations, de périphrases, d’évidences un peu plates, du type « je représente tous les Français », pour ne pas avoir à prononcer cette phrase : oui je suis encore de gauche.

Il est vrai que ces derniers temps une telle affirmation aurait suscité au mieux l'ironie, au pire l'indignation. La déchéance de nationalité, mais aussi l’extension de la légitime défense pour les policiers, ou encore la réforme du droit du travail, n’ont pas été puisées, c'est le moins qu'on puisse dire, dans le corpus idéologique traditionnel du PS.

Alors comment interpréter ce bafouillage ? On peut y voir une conviction et un calcul.

La conviction - celle du couple exécutif - c’est que le clivage traditionnel est en train d’être remplacé : « Ce qui compte ce n’est pas de savoir si c’est une loi de gauche ou de droite, c’est l'intérêt général », affirme François Hollande, convaincu que la dés-idéologisation générale et l’essoufflement des partis ont fait leur œuvre. C'est la version réactualisée de l’adage de Deng Xiaoping : « peu importe qu’un chat soit noir ou blanc, pourvu qu’il attrape les souris ».

Cachez-moi cette gauche que je ne saurais voir... Il y a aussi un calcul derrière cela : il s'agit de reprendre les thèmes de la droite, pour la mettre mal à l'aise, la "trianguler", l'obliger à la surenchère pour se distinguer. La surenchère ? Attaquer le SMIC, le contrat des fonctionnaires ou l’impôt sur la fortune, tout cela sur fond de concurrence pour la primaire… Ce qui permettra au gouvernement d'entonner le tube favori du Hollandisme depuis 2012 : "C'est mieux avec nous que si c'était pire avec d'autres."

Alors certes, en son temps, Nicolas Sarkozy fut accusé de trahir la politique de droite, en nommant des personnalités d’ouverture ou en créant le RSA, certes François Mitterrand fut accusé de renoncer à la politique de gauche, sur fond de virage dit réaliste, mais rarement un président avait donné une telle impression d'extra-territorialité politique.

Un président ni de gauche, ni de droite, bien au contraire. Sans étiquette, pour ne froisser personne, au risque de fâcher tout le monde.

François Hollande n’a d’ailleurs pas toujours été tendre avec les sans-étiquettes. Écoutez cet extrait de meeting que nous avons retrouvé ; il date de 2011, au moment des cantonales. Dans une de ses tirades qu’il affectionne, François Hollande s’en prend alors à tous les candidats de droite qui renoncent à leurs couleurs, qui s'affichent sans étiquette, pour se protéger de l’impopularité de Nicolas Sarkozy :

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35 sec
François Hollande et les sans étiquettes

"Attention à la destruction" en 2017. On peut nier à François Hollande beaucoup de qualités, mais pas celle de la finesse d’analyse. A moins qu’il ne s’agisse en l’espèce de prophétie politique.

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