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François Hollande au Palais de l'Elysée.

François Hollande, le président vacant

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D'ici à la présidentielle, il devient le chef de l’État le moins puissant et le plus libre de la Vème république.

François Hollande au Palais de l'Elysée.
François Hollande au Palais de l'Elysée. Crédits : Eric Feferberg - AFP

Avec la déclaration de candidature de Manuel Valls hier soir, la page François Hollande est symboliquement tournée : il y aura bien un candidat issu de l’exécutif sortant, et ça n’est pas le président. S’ouvre donc maintenant une période de vacance.

Pas au sens où le pouvoir serait vacant durant de longs mois, comme chez nos amis belges. Une vacance, au sens où pendant les vingt semaines qui nous séparent de la présidentielle, François Hollande va maintenant vaquer à ses occupations de président. Sans autre souci que sa trace dans l'Histoire, sans grande influence sur le cours des choses.

C’est la version française du « Lame duck » (canard boiteux) aux États-Unis : ce président finissant qui reste à la Maison-Blanche le temps que son successeur soit intronisé. On a beaucoup évoqué l'aspect historique d’un président français qui renonce au bout d’un seul mandat. On a moins insisté sur le caractère inédit de la période qui va suivre.

François Hollande devient le président à la fois le moins puissant et le plus libre de la Vème république.

Libéré des derniers grands textes du quinquennat (le budget 2017 de la sécurité sociale vient d’être adopté), émancipé de la pression des sondages (d'ailleurs, ils commencent à remonter), et enfin délivré du calcul électoral pour 2017, François Hollande peut se glisser dans son nouvel habit. Un seul mandat pour être libre, affranchi des contingences de la réélection. C'était d'ailleurs - souvenez-vous - l’argument d’Alain Juppé. A tel point que certains se prennent à rêver à ce que pourrait faire ce président en quatre mois et demi : sur Twitter, des internautes l’interpellent et le poussent à réparer les déceptions du mandat : perdu pour perdu, il n’a qu’à "faire adopter le droit de vote des étrangers", écrivent les uns ; "c’est le moment de dépénaliser le cannabis", espèrent les autres, oubliant un peu vite que le pouvoir législatif ne se contourne pas si facilement, président libre ou pas.

Alors quel rôle peut jouer François Hollande dans les quatre mois et demi qui restent ?

Il serait inconséquent de l’enterrer ou de l’imaginer inaugurer des chrysanthèmes. Certes, sur la scène internationale, il est le président démonétisé, privé de toute influence. Mais justement ! Celui qui n’a plus rien à perdre peut dire la vérité. Souvenons-nous, il avait été le chef d’État occidental le plus critique sur Donald Trump avant son élection, « sa campagne me donne un sentiment de haut-le-cœur », disait-il cet été hors micro devant des journalistes. Il peut maintenant creuser ce sillon, alerter sur le danger populiste.

Sur la scène intérieure, se contentera-t-il du rôle de président spectateur de la campagne ou jouera les juges de paix si son camp se déchire ? Tout y pousse. Imaginez le contraste de ce mois de janvier : ce sera à la fois la primaire à gauche, avec Valls-Montebourg-Hamon, une opposition frontale de lignes, de personnalités et d’ambitions. Mais Janvier, c’est aussi le mois régalien par excellence. Chaque année, le chef de l’État multiplie les cérémonies de vœux aux corps constitués, aux outre-mers, aux armées, à la presse, aux syndicats…

On connaît le gout de François Hollande pour les piques discrètes mais bien senties au milieu de discours sans aspérités. Trahi par Emmanuel Macron, poussé dehors par Manuel Valls, sa parole sera guettée, attendue, d’autant plus, si elle est rare et allusive. Il faudra compter avec lui, et avec son éventuel pouvoir de nuisance. Notamment si le bilan, son seul patrimoine politique, est attaqué. D'où la nécessité de nommer aujourd'hui un nouveau chef de gouvernement ultra-fidèle, qui défende les réalisations du quinquennat quand tous à gauche voudront s'en démarquer, y compris ceux qui en sont co-responsables.

François Hollande outragé, brisé, mais François Hollande libéré. Son mandat avait commencé sur la scène de Tulle, sa ville, avec Edith Piaf, ("la vie en rose"), joué le soir de la victoire. Cinq ans après, François Hollande refermera peut-être son quinquennat là encore avec Edith Piaf, mais avec un autre morceau…

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