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Hamon ou Macron ? De nombreux responsables socialistes hésitent à franchir le pas.

Hamon, Macron, les socialistes et le "ni-ni"

4 min
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#caravane2017 |Hier, Manuel Valls a apporté son soutien à Emmanuel Macron, au mépris de la charte signée lors des primaires. Derrière ce choix très médiatisé, c'est toute une partie de l'appareil socialiste qui s'interroge en silence. Exemples en Isère, où s'arrête aujourd'hui la "Caravane présidentielle".

Hamon ou Macron ? De nombreux responsables socialistes hésitent à franchir le pas.
Hamon ou Macron ? De nombreux responsables socialistes hésitent à franchir le pas. Crédits : Matthieu Spohn - AFP

Avec le déluge d’événements quotidiens qui rythment cette campagne, on finit parfois par ne plus percevoir l'absurde, l'inédit de la situation.

Imaginez donc : à moins d'un mois du premier tour, il est devenu difficile à beaucoup de personnalités socialistes de dire publiquement qu'elles soutiennent le candidat... socialiste.

L'exemple le plus parlant, ici en Isère, c'est Michel Destot, l'ancien maire de Grenoble, toujours député, candidat à sa réélection. Exemple le plus parlant ou plutôt le plus muet : impossible de lui faire prendre position entre Emmanuel Macron et Benoît Hamon. Michel Destot, figure du PS, resté 19 ans à la tête de Grenoble, refuse toutes les interviews sur le sujet. Tout juste a-t-il consenti à un billet de blog, posté il y a quelques jours. Un bijou d’ambiguïté, manifestement écrit pour différer son choix le plus longtemps possible.

Dans ce billet, Michel Destot affirme d'abord être de ceux « qui veulent voir triompher en mai prochain la solidarité et le progrès contre le repli sur soi ». Certes mais encore ? Jusqu'ici on vous suit Michel, difficile d'être contre un tel programme. Continuons la lecture de ce billet. Il dit son attachement au Parti socialiste, promet d’œuvrer à son rassemblement, mais il adresse aussi une petite pique à Benoît Hamon, sans le nommer, sur les promesses irréalisables.

Alors le contexte local n'est pas étranger à cette pique. A Grenoble, le PS et les écologistes sont à couteaux tirés, tandis qu'au niveau national, Benoît Hamon s'est allié avec l'écologiste Yannick Jadot. « Difficile de faire campagne avec des gens que nous combattons le reste de l'année, grommelle un socialiste. »

Le lecteur du blog reste un peu sur sa faim et doit se contenter d'une métaphore maritime. Michel Destot cite Jaurès : « C’est en allant vers la mer que le fleuve reste fidèle à sa source ».

Est-ce à dire qu'il compte rejoindre le navire en Marche en délaissant sur la berge Hamon le marin d'eau douce ? On ne saura pas. Les circonlocutions dissimulent un embarras qui peut se résumer en ces termes : sur le plan idéologique, Michel Destot est un rocardien, social-démocrate, comme d'ailleurs le majeure partie du PS en Isère, et plus largement le Sud et l'Est de la France. Et en même temps, difficile de jeter l'appartenance socialiste. A 70 ans, il a mené toute sa carrière sous cette étiquette, et il reste d'ailleurs le président du Conseil national du PS. Cette contradiction enserre aujourd'hui une partie de l'appareil socialiste.

D'autres responsables locaux ont bien fait un choix clair. Le président de la métropole de Grenoble Christophe Ferrari soutient clairement Benoît Hamon.

L'ancienne ministre PS de l'enseignement supérieur Geneviève Fioraso est ouvertement pro-Macron. Mais sur le terrain, c'est bien le ni-ni, ni Macron ni Hamon, ou plutôt l'attentisme qui domine au PS. A Grenoble, "sur cinq sections socialistes, quatre font campagne à reculons", nous explique un responsable local.

Les sondages en berne ajoutent au désarroi : le candidat du PS - l'un des deux grands partis historiques de gouvernement - est donné 5ème au 1er tour, derrière Jean-Luc Mélenchon.

Le lâchage de Manuel Valls, qui s'ajoute à ceux de Bertrand Delanoë et de Jean-Yves Le Drian n'arrange rien... Peut-être y a-t-il la nostalgie d'une époque où l'on trahissait déjà, mais à mots couverts, du bout des lèvres, comme Jacques Chirac vis à vis de Valéry Giscard d'Estaing en 1981 :

"A titre personnel, je ne peux que voter pour M. Giscard d'Estaing".

Trahisons, interrogations et angoisse prospective, enfin, sur les législatives : dans la future assemblée, que pèsera le PS, sera-t-il un parti godillot, une formation d'appoint, ou un élément important d'une coalition ?

En attendant, l'état d'esprit général est résumé en trois mots par l'entourage du ministre André Vallini : « wait and see ». Cet élu de l'Isère, proche de François Hollande, n'a pas eu une phrase contre Benoît Hamon, mais pas une phrase pour non plus...

Tout se passe comme si chacun pressentait la recomposition imminente. Comme si les transfuges annonçaient l'explosion à venir du Parti socialiste fondé à Epinay. Comme si chacun se mettait aux abris en attendant la déflagration.

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