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Hollande, Sarkozy, Fillon, Montebourg... Que sont-ils devenus ?

5 min
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Le simple fait qu'on ne se pose pas la question montre la rapidité du changement d'époque politique.

C'était il y a un peu plus de six mois, autant dire une éternité.

Souvenez-vous, Alain Juppé était promis à la présidence de la République. Sauf si Nicolas Sarkozy finissait par remobiliser ses partisans. François Fillon, candidat certes réputé pour sa probité, semblait distancé et ne devait pas faire parler de lui dans cette campagne. De son côté, François Hollande allait forcément se représenter. A moins qu'Arnaud Montebourg, le plus flamboyant de ses opposants, ne le devance dans la primaire de la Belle alliance populaire. Tout cela ressemble à des photos sépias... Avec le changement d'époque politique que nous connaissons, on en oublierait presque que le paysage d'il y a quelques semaines. Alors ce matin, j'ai eu envie de me demander : que sont-elles devenues, ces figures de l'ancien monde politique, entre guillemets ? Que sont-ils devenus, ceux qui ont rythmé l'actualité politique pendant 20 ans et qui ont disparu en 20 semaines ?

De François Fillon, on ne sait pas grand-chose depuis ses derniers mots publics, le soir du 1er tour. Seul l'agenda des juges porte son nom ; il s'est rendu à leur convocation hier. Ses plus proches, Bruno Retailleau ou Jérôme Chartier ont reçu l'interdiction de parler de son cas à la presse. "Il se reconstruit dans la Sarthe, il cherche du travail dans le privé", nous explique l'un de ses compagnons de route. François Fillon ne sera pas candidat aux prochaines législatives, ni dans la Sarthe ni dans la circonscription parisienne dont il fut élu en 2012.

François Hollande, lui, n'a pas vécu les semaines les plus heureuses de sa vie après son départ de l'Elysée. Quelques vacances sur la côte d'Azur, très vite interrompues par un décès familial. Le président sortant s'est aussi rendu en toute discrétion hier soir à la mairie du XIVème arrondissement de Paris, pour le mariage posthume d'Etienne Cardiles et de son compagnon policier tué sur les Champs-Élysées, Xavier Jugelé.

Selon nos informations, ce matin, François Hollande s'installe pour de bon dans ses nouveaux bureaux parisiens, rue de Rivoli, près de la place de la concorde. Toujours entouré d'une forte présence policière, liée aux menaces terroristes, il a fait venir pour travailler à ses côtés son ancien directeur de cabinet de l'Elysée. Il commencera à recevoir dès ce matin ses amis. Auprès desquels il reste flou sur ses projets. Une période de diète médiatique est prévue. Même si l'ancien président devrait faire son apparition comme chaque année à l'hommage annuel aux 99 pendus de Tulle, le 9 juin.

Nicolas Sarkozy est aussi discret sur la scène politique qu'il est actif en coulisses. Les ténors des Républicains racontent ses coups de fils réguliers, "pour parler politique". "Il nous sonde, nous demande comment on sent le climat électoral dans nos circonscriptions", explique un député de droite. Preuve que son influence est toujours redoutée, Edouard Philippe, Bruno Le Maire et Gérald Darmanin l'ont appelé pour l'informer qu'ils allaient entrer au gouvernement. Le calendrier est aussi judiciaire. Nicolas Sarkozy est renvoyé en procès dans l'affaire du dépassement des comptes de campagne, décision pour laquelle il a fait appel. L'ancien chef de l'Etat voyage beaucoup, et reste très discret sur ses activités professionnelles, depuis qu'il est entré au Conseil d'administration du groupe hôtelier Accor.

Arnaud Montebourg prolonge son expérience dans le monde de l'entreprise. Il a quitté le fabricant de meubles Habitat à l'été dernier. Et s'occupe maintenant son conseiller des jeunes pousses et des PME innovantes. Il est en retrait de la vie politique, un peu sonné par la tournure des événements après la primaire, nous dit un très proche. "Arnaud reste très affuté sur les questions d'emplois, d'industrie", explique un autre, qui l'a vu récemment. L'homme du Made in France, loin des médias nationaux, s'est tout de même déplacé pour soutenir une poignée de proches candidats aux législatives, comme Philippe Baumel ou Kheira Bouziane... Quand on appelle Arnaud Montebourg pour en savoir un peu plus, il nous répond : "je ne brigue aucune fonction, juste ma liberté". L'ancien ministre se décrit comme "très actif", mais ne veut "pas communiquer". Pour l'instant. Mais il communiquera, "comptez sur moi", lance-t-il avant de raccrocher.

Raccrocher définitivement de la vie politique ? Hollande, Sarkozy, Fillon, Montebourg, ces quatre anciens candidats ont dû y penser. La défaite électorale y incite, le changement d'époque politique y pousse.

Et pourtant ils ont aussi en tête les règles de l'ancien monde : on n'est jamais mort en politique. Et puis après tout, Chirac et Mitterrand s'y sont pris à trois fois chacun pour accéder à l’Élysée.

Peut-être ont-ils l'espoir que tout ceci ne soit finalement qu'une parenthèse ? Un instant de folie de la Vème République, fugacement éprise d'un nouveau prétendant jeune et inexpérimenté, qui reviendra à la raison ? En tout cas, aucun d'eux n'a fermé la porte de manière définitive à la politique.

Frédéric Says

Chroniques

8H19
16 min

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